Dimanche 24 janvier 2021

Asie

Singapour et ses foires d’empoigne

Art Stage, la foire établie de Singapour fait face à la première édition de la Singapore Contemporary Art Show venue de Hongkong et déterminée à s’implanter.

SINGAPOUR - En janvier 2016, Art Stage, la foire d’art contemporain du sud-est asiatique créée par le Suisse Lorenzo Rudolf fêtera son 6e anniversaire. Au même moment, s’ouvrira la première édition de Singapore Contemporary Art Show, une foire née à Hongkong il y a quatre ans. Un nouveau rendez-vous qui suscite des interrogations de la part des observateurs et des acteurs du marché de l’art. Comment cette foire va-t-elle réussir là où tant d’autres n’ont pas passé le cap de la première édition ? Douwe Cramer, le cofondateur de la foire est rodé pour répondre à cette question. « Lorsque nous avons décidé il y a sept  mois de venir à Singapour, explique-t-il, tout le monde disait : “pas encore une autre foire !” » s’amuse-t-il.

Pragmatique, l’homme d’affaires qui reconnaît volontiers ne pas être un professionnel du monde de l’art est convaincu du potentiel de Singapour et met en avant les points communs avec Hongkong où il organise deux foires par an. « Comme Hongkong, Singapour est un marché émergent avec une population locale et expatriée fortunée, observe-t-il. Comme à Hongkong, nous ciblons une population qui commence à s’intéresser à l’art mais qui ne passe pas nécessairement ses week-ends dans les galeries. »  Pour séduire le plus grand nombre, les organisateurs de la foire misent sur des prix « moyen de gamme » entre 10 000 et 100 000 $ et une diversité des œuvres présentées. Singapore Contemporary prévoit un pavillon indonésien avec plus de 200 œuvres et sculptures d’artistes confirmés, mais aussi une présentation de la scène chinoise avec China Encounters et 400 œuvres d’artistes à la fois émergents et établis. « Nous avons également prévu des solo shows pour que le public puisse aller à la rencontre des artistes et engager un dialogue », explique Douwe Cramer. Confiante dans le marché singapourien, l’équipe de Singapore Contemporary Art Show a signé un contrat de trois ans avec Suntec, le centre d’exposition et de conférences qui hébergera la foire. « Installer une foire est un travail de long terme, explique Douwe Cramer. La première année nous savons que nous allons perdre beaucoup d’argent, beaucoup trop à mon goût, mais c’est un investissement nécessaire pour créer notre réseau. » Pour cette première édition, la date n’a pas été choisie au hasard. La nouvelle foire aura lieu aux mêmes dates qu’Art Stage qui a attiré plus de 50 000 visiteurs en 2015. « À New York, à Miami, comme dans toutes les capitales culturelles, il y a toujours plusieurs foires en même temps, observe Douwe Cramer. C’est important qu’il y ait une alternative à Art Stage pour le visiteur. »

« Pas de place pour deux »
Mais dans son bureau du quartier de Chinatown et derrière ses lunettes bleues, Lorenzo Rudolf, le fondateur d’Art Stage voit pourtant les choses d’un autre œil. « Je ne pense pas que nous pouvons comparer Singapour à Miami et je pense que le marché n’est pas suffisamment important pour avoir deux foires en même temps. » En profitant au passage pour lancer quelques piques à son adversaire. « Je ne vois pas quel est le concept derrière cette foire et il serait faux de croire qu’il suffit d’avoir plusieurs foires pour faire grandir un marché, ajoute Lorenzo Rudolf. Pour réussir il faut avoir une identité forte. » Depuis six ans, c’est précisément l’identité d’Art Stage que le Suisse essaie de façonner. Avec l’arrivée d’Art Basel à Hongkong en 2013, Art Stage a renforcé son identité régionale. « Je suis devenu réaliste, reconnaît Lorenzo Rudolf. Le slogan d’Art Stage c’est We are Asia (Nous sommes l’Asie), mais en réalité nous sommes le sud-est asiatique ». Pour l’édition 2016, Art Stage développe le concept du « forum » autour d’une réflexion sur l’urbanisation. « C’est une thématique pertinente tant à l’échelle régionale que globale », explique Lorenzo Rudolf. Aux côtés des artistes, architectes, sociologues politiciens participeront également aux débats. C’est ainsi par exemple que l’architecte Rem Koolhaas, le commissaire-priseur Simon de Pury ou encore Jean de Loisy, le président du Palais de Tokyo, réfléchiront aux liens entre art et urbanisation. « Je veux montrer que l’artiste fait partie de la société, explique Lorenzo Rudolf. Dans le même temps je cherche aussi à ouvrir Art Stage à d’autres cercles que celui du monde de l’art. »

Selon Benjamin Hampe, le fondateur de la galerie Chan Hampe, spécialisée en art contemporain singapourien, il y a de la place pour plusieurs foires à Singapour. Le problème ne viendrait pas du manque de vitalité du marché, mais plutôt de la qualité des foires qui s’aventurent à Singapour. « Singapour mérite mieux que les foires qui sont présentes aujourd’hui, déplore-t-il. Nous avons besoin d’organisation professionnelle, nous avons besoin de foires qui attirent davantage de personnalités, et surtout, nous avons besoin de foires qui développent de bonnes relations avec les galeries existantes afin d’avoir un véritable soutien de la part de la communauté artistique de Singapour. » À bon entendeur !

Art Stage
Du 21 au 24 janvier 2016, Marina Bay Sands Expo & Convention Centre, Singapour.

Singapore Contemporary Art Show
Du 21 au 24 janvier 2016, 2016, Suntec Singapore Convention & Exhibition Center, Singapour.

Légende photo
Vue de Singapour, avec le Suntec, centre de congrès où se déroulera la nouvelle foire. © Singapore Contemporary.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Singapour et ses foires d’empoigne

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