Jeudi 19 septembre 2019

Art contemporain

Retour en grâce de Frieze

Organisée du 14 au 17 octobre, la foire londonienne voit revenir les galeries qui l’avaient boudée en 2009.

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 7 octobre 2010 - 719 mots

Marquée par la désertion d’un nombre important de galeries en 2009, la foire londonienne d’art contemporain Frieze Art Fair a repris du poil de la bête. Pour sa huitième édition, elle poursuit sur sa lancée tout en gagnant en maturité. Une énergie qui favorise l’éclosion de nouvelles foires off.

LONDRES - Plus de peur que de mal. La dernière édition de la foire londonienne Frieze avait défié les pronostics catastrophistes. « En janvier 2009, les gens pensaient que le monde s’effondrait. En octobre, ils ont vu qu’il était toujours en place », résume Matthew Slotover, codirecteur de la manifestation. Moralité, sept ans après sa création, le salon continue bel et bien sur sa lancée. Mieux, il a mûri sans abandonner pour autant la carte juvénile, via le secteur « Frame » inauguré avec succès l’an dernier. Ce recentrage sur les jeunes pousses a toutefois provoqué le retrait d’Yvon Lambert (Paris, New York). « L’énergie du salon était moins bonne l’an dernier et toute notre équipe parisienne et new-yorkaise n’avait pas envie de recommencer, confie Olivier Belot, directeur de la galerie à Paris. Le créneau jeune ne correspond pas forcément à notre galerie, et pas vraiment non plus à l’air du temps. Nous avons pu constater, à la foire de Bâle en juin, que les gens veulent des valeurs sûres et du très haut de gamme. » Ou des revivals, comme celui de l’octogénaire Ion Grigorescu proposé dans « Frame » par Andreiana Mihail Gallery (Bucarest), ou du groupe Gorgona en majesté chez Frank Elbaz (Paris). 

Le retour des « off »
Dix-sept des galeries qui avaient fait faux bond l’an dernier sont de retour. Parmi les revenants, majoritairement germaniques et américains, on relève les New-Yorkais Tanya Bonakdar et Andrew Kreps, et les Berlinois Giti Nourbakhsch et Büro BQ. « Les galeries se sont battues en 2009 pour leur survie. Maintenant, elles ne s’inquiètent plus pour chaque penny dépensé et elles savent qu’elles doivent aller vers le monde, car le monde ne vient pas à elles », précise Matthew Slotover. Aussi, le salon a-t-il eu davantage de candidatures que les années précédentes, ralliant même Xavier Hufkens (Bruxelles) et Stefania Bortolami (New York). La résilience de la place britannique a aussi provoqué un bourgeonnement de nouvelles foires off. Moniker International Art Fair fait son entrée sur l’échiquier, en se concentrant sur l’art urbain. Profitant de la disparition de Zoo Art Fair, le nouveau salon Sunday a également dragué nombre d’anciens de la section « Frame » de Frieze, notamment Croy Nielsen (Berlin). Plus déroutant est le lancement d’une foire de multiples, baptisée « Multiplied », par Christie’s dans ses locaux à South Kensington. Le mélange des genres ne semble plus avoir de limites.

Un nouveau fonds franco-britannique

La France et la Grande-Bretagne ne se regardent plus en chiens de faïence. Quelques artistes français ont déjà rejoint des galeries londoniennes, à l’instar de Raphaël Zarka représenté par Bischoff/Weiss, ou Benoît Maire par Hollybush Gardens. Pendant Frieze Art Fair, Cyprien Gaillard expose au Chelsea College of Art and Design, tandis que Tatiana Trouvé est à l’affiche de la South London Gallery. Pour renforcer ces liens bipartites, l’ambassade de France à Londres a lancé, en juin dernier, un fonds franco-britannique baptisé « Fluxus », sur le modèle du fonds franco-américain « Étant donnés » créé en 1994. À la différence près que Fluxus ne soutient que les arts plastiques. « L’idée est aussi de soutenir les artistes britanniques en France, faire en sorte que les deux pays se rencontrent davantage, et favoriser les allers-retours », explique Caroline Ferreira, attachée culturelle à l’ambassade de France à Londres. Pour son lancement, le fonds a levé 15 000 livres sterling (17 500 euros). Il ambitionne toutefois une manne annuelle de 50 000 à 60 000 livres sterling (59 000 à 70 000 euros), afin de soutenir une moyenne de cinq projets par an, notamment des courtes résidences pour des curateurs des deux pays. La particularité de Fluxus est de faire appel aux collectionneurs, moyennant un ticket d’entrée de 3 000 livres sterling (3 500 euros). En s’adossant à la Charity mise en place lors de l’opération « Paris Calling » en 2006, Fluxus permet une défiscalisation des dons à hauteur de 22 %. Mais, bien sûr, cet avantage ne touche que les collectionneurs payant leurs impôts en Grande-Bretagne…

FRIEZE ART FAIR

Du 14 au 17 octobre, Regent’s Park, Londres, www.friezeartfair.com, les 14, 15 et 16 octobre 11h-19h, le 17 octobre 11h-18h

Direction : Amanda Sharp et Matthew Slotover
Nombre d’exposants : 150
Tarif des stands : 269 livres sterling (315 euros) le mètre carré
Nombre de visiteurs en 2009 : 60 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°332 du 8 octobre 2010, avec le titre suivant : Retour en grâce de Frieze

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