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Panorama africain

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2011 - 528 mots

Organisée par André Magnin et Éric Hussenot, une exposition souligne à Paris la diversité de l’art africain contemporain.

PARIS - Si la galeriste parisienne Ghislaine Hussenot a surtout développé par le passé un axe germanique et américain, son fils Éric s’oriente plutôt vers les marchés émergents. Il s’associe ainsi jusqu’au 23 avril au marchand André Magnin pour offrir un petit panorama de l’art africain. La conscience politique domine les maîtres Chéri Samba et Romuald Hazoumé. Une politique relayée par le filtre de l’humour et d’une peinture haute en couleur dans le cas de Chéri Samba. Éminemment autobiographique, l’un des deux tableaux de l’exposition dévoile l’artiste jeune, puis greffé d’une queue de sirène, entouré d’oreilles démultipliées représentant son écoute attentive du monde. Une autre œuvre, érotico-drolatique, joue quant à elle sur ses fantasmes. Malicieusement signée de l’épitaphe « premier tableau vibrant de Chéri Samba », cette pièce se présente à la fois comme un vade-mecum et une grille tarifaire de positions amoureuses telles que « glougloutage du poireau avec pression de la main » ou « suçage à la menthe ». Cette toile délirante à l’humour quasi belge mérite à elle seule le détour. 

C’est un registre plus sérieux qu’aborde Romuald Hazoumé avec sa sculpture Elf rien à foutre, ou une Peugeot encastrée dans un mur et entourée de bidons d’essence. Dans cette pièce, l’artiste qui a toujours été sensible à l’histoire, qu’il s’agisse de l’esclavage ou de la corruption actuelle des systèmes politiques, illustre l’économie parallèle développée autour d’un trafic d’essence entre le Nigeria et le Bénin. C’est au groupe des « Eza-Possibles », en lutte contre l’académie et un certain recyclage à l’africaine, qu’appartiennent les beaux dessins de Kura Shomali, inspirés de la ville dense de Kinshasa (Congo) et de ses passants extravertis. 

Les flyers des marabouts
À l’étage de la galerie, on remarque le travail en surface, presque épidermique de la Sud-Africaine Billie Zangewa, il est réalisé à partir de broderies de soie. Une chronique du monde à travers le filtre de l’autobiographie qui détonne avec l’esthétique pop plus bruyante d’un autre Sud-Africain, Cameron Platter. Celui-ci décline en mantra l’injonction « unlock your life (déverrouillez votre vie) » inscrite sur les flyers distribués par les marabouts. De son côté, Joël Andriamomearisoa (Madagascar) expose de poétiques tableaux textiles. L’absence de fil rouge entre les œuvres souligne une diversité de démarches irréductible à une vision monolithique de l’art africain. Néanmoins, la multiplicité des voix n’engendre pas de polyphonie, mais révèle plutôt des inégalités de tessitures. Car entre Hazoumé, Samba ou Billie Zangewa, et d’autres bien moins puissants comme Moshekwa Langa, le hiatus est flagrant.

Bien qu’inégal, cet accrochage apporte sa pierre à la construction d’un marché pour l’art africain contemporain. Les grands collectionneurs internationaux comme François Pinault s’y mettent enfin. En juin, sa nouvelle exposition organisée à la Pointe de la Douane à Venise fera la part belle à El Anatsui, Nicholas Hlobo et Félix Bruly Bouabré. Le travail mené depuis vingt ans par André Magnin commence à porter ses fruits. 

ART AFRICAIN CONTEMPORAIN, jusqu’au 23 avril, galerie Hussenot, 5 bis, rue des Haudriettes, 75003 Paris, tél. 01 48 87 60 81, www.galeriehussenot.com, du mardi au samedi 11h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°343 du 18 mars 2011, avec le titre suivant : Panorama africain

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