Néo-expressionisme

Markus Lüpertz, un classique rebelle

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 29 octobre 2014 - 544 mots

À travers une quarantaine d’œuvres, la galerie Suzanne Tarasieve donne à voir le face-à-face entre un artiste et la grande histoire de l’art.

PARIS - Radicales, brutales, en quête d’absolu. Telles pourraient être définies les œuvres de Markus Lüpertz, cet artiste de 73 ans aux allures de dandy. Né en Bohême et devenu allemand, ce peintre-sculpteur indomptable a mené sa carrière avec pour boussole son intuition et une foi farouche en l’art.
C’est la cohérence de cet engagement que donne à voir la galerie Suzanne Tarasieve qui travaille avec l’artiste depuis seize ans et qui présente actuellement une quarantaine de ses œuvres (des dessins, des peintures et des sculptures). On redécouvre ainsi quelques-unes de ses toutes premières toiles : les « peintures dithyrambiques » des années 1960. Des morceaux de réalités énigmatiques, tel ce ballon de foot jaune monumentalisé et isolé sur une pelouse verte. Les couleurs sont vives, la touche brutale et le cadre en bois brut. Les dessins « dithyrambiques » possèdent une énergie similaire, la gravité en moins. Cinquante ans plus tard, Lüpertz poursuit toujours sa quête picturale. Les peintures récentes (datées de 2013 et 2014) exposées sont le produit d’une même force créatrice qui ne cède rien aux effets de mode. Sur fond de paysage, revient de manière récurrente un nu masculin de dos, figure obsédante et envoûtante brossée à grands coups de pinceaux. Plus rarement, une autre figure apparaît de face, prête à hurler comme dans le fameux Cri de Munch.

Inspiré par la mythologie grecque
C’est au fond toute l’histoire de la grande peinture qui est convoquée. De Poussin à Matisse et Picasso, en passant par Hans von Marées. Des dieux et des héros antiques puisés dans notre histoire collective refont surface. Et pour ce faire, Lüpertz ne craint pas la disharmonie ni la dissonance, que ce soit quand il inscrit ses corps dans le paysage ou quand il choisit ses couleurs. « Toute renaissance est bonne, toute restauration est mauvaise », déclare-t-il. C’est un combat similaire qu’il livre avec la sculpture depuis les années 1980. Évoquant souvent la découverte des nus de Maillol en 1975 une nuit devant le Louvre, il développe ses sculptures en dialogue avec celles de l’Antiquité grecque comme en témoignent les sculptures en bronze récemment produites et ici présentées. Lüpertz a suscité beaucoup d’incompréhension. Il est peut-être plus difficile que d’autres, mais il est l’une des figures majeures de la génération d’artistes allemands nés pendant la guerre. Avec le temps, il va se révéler comme un artiste très important, du même niveau que Baselitz ou Polke, souligne Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la ville de Paris qui lui consacrera une grande rétrospective au printemps prochain. Les jeunes peintres comme Peter Doig, Joe Bradley ou Christopher Wool ne s’y sont pas trompés et lui vouent déjà une immense admiration.

Les prix proposés commencent à 4 000 euros pour les dessins. Les peintures vont quant à elles de 40 000 à 180 000 euros, et les sculptures de 40 000 à 65 000. Des prix bien raisonnables pour un artiste de cette envergure, au regard des prix à sept chiffres atteints par un Baselitz ou un Polke.

Markus Lüpertz

Nombre d’œuvres : une quarantaine
Prix : de 4 000 à 180 000 €

Markus Lüpertz. Promenades (1963-2014)

Jusqu’au 20 décembre 2014, Galerie Suzanne Tarasiève, 7 rue Pastourelle 75003 Paris, ouvert mardi-samedi 11h-19h et sur rendez-vous, www.suzanne-tarasieve.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°422 du 31 octobre 2014, avec le titre suivant : Markus Lüpertz, un classique rebelle

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