Mercredi 11 décembre 2019

Art contemporain

Le temps suspendu de Pierrette Bloch

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2018 - 513 mots

La galerie Karsten Greve rend hommage à l’artiste avec une rétrospective qui souligne la liberté et la fragilité de son œuvre.

Paris. L’année dernière, la galerie Karsten Greve organisait une rétrospective de Pierrette Bloch en deux temps. Le premier, de janvier à mars, et le second jusqu’en mai. L’artiste, née en 1928, avait participé au choix des œuvres et à l’accrochage, bien que déjà malade. Elle décédera peu de temps après, en juillet 2017. Pour lui rendre hommage, la galerie présente une nouvelle rétrospective, bien différente de la première.

Ne sont en effet présentées cette fois que 45 œuvres (contre une centaine dans le premier opus). Aucune d’entre elles ne figurait dans la sélection précédente et bon nombre sont même inédites, en provenance de collections particulières et surtout de l’atelier de Pierrette Bloch, puisque cela fait bientôt dix ans que la galerie soutient son travail. L’ensemble s’en trouve forcément beaucoup plus aéré et, particulièrement bien accroché, alterne les tirs groupés, les rythmes, les alignements, les étagements ou les isolements d’œuvres, comme cette longue ligne constituée par une encre noire sur papier de 4,79 m (!) de longueur sur 5,5 cm de hauteur. Ou encore cet ensemble de papiers également tout en longueur superposés à intervalles réguliers comme des portées musicales ; un terme qui sonne ici d’autant mieux que l’artiste a toujours travaillé sur les fréquences, les rythmes, les fugues. Et le temps. Dit autrement, l’accrochage met en quelque sorte en abyme le travail même de Pierrette Bloch qui, toute sa vie, a joué sur l’enchaînement de points, la succession de virgules comme autant de lignes d’écritures, l’inscription de lignes de signes, mais sans significations, de taches, de touches, de pattes de mouches, de hachures, de pleins, de déliés, de boucles même – à l’exemple de ces deux œuvres, l’une en chanvre tricoté monté sur feutrine de 1977 et l’autre en crins de cheval, comme un entrelacs de traits suspendus au mur.

En général de petits ou moyens formats, les œuvres, comme en apesanteur, donnent à l’ensemble une grande légèreté et font preuve de fragilité. Deux aspects qui correspondent aux caractéristiques mêmes du travail de Pierrette Bloch avec, d’une part, la façon dont elle écrit de façon ténue, ses traits, ses inscriptions, ses ponctuations et tous ses points en chapelet ; et d’autre part, la relative discrétion, et même subtile timidité, de son œuvre, souvent même qualifiée de modeste (comme elle d’ailleurs) compte tenu des formats, de l’économie de moyens, de l’encre ou du pastel sur papier, du noir et blanc. « J’entreprends un long voyage sur une feuille, je m’enveloppe dans ce parcours ; ce n’est plus une surface, mais une aventure dans le temps. Le format n’existe plus », disait-elle. Les prix, eux, sont moins modestes, qui vont de 900 euros pour une toute petite œuvre (4,1x 6 cm) à 80 000 euros pour l’œuvre en chanvre tricoté (60 x76 cm), avec une moyenne de 35 000 euros pour les œuvres de taille intermédiaire.

 

 

Pierrette Bloch, Quelques traits,

 

 

jusqu’au 28 juillet, galerie Karsten Greve, 5, rue Debelleyme, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°502 du 25 mai 2018, avec le titre suivant : Le temps suspendu de Pierrette Bloch

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