Vendredi 23 février 2018

Le quartier Drouot en fête

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 20 novembre 2007

Du quartier Drouot, on ne connaît souvent que le crépitement des enchères ou le tohu-bohu des fins de ventes. Derrière le vaisseau amiral de l’hôtel des ventes s’affaire une cohorte de métiers fédérés depuis 1997 par l’association Quartier Drouot. Pour la sixième édition des Trois Jours du quartier Drouot, l’association dirigée par Jean-François Chabolle insiste sur une appréhension globale de cette ruche, de l’expert à l’imprimeur en passant par le tabac. Chose improbable voilà encore cinq ans, plusieurs commissaires-priseurs ont progressivement rejoint la manifestation. La réforme du marché français a modifié les relations entre experts, marchands et commissaires-priseurs, les deux premiers n’étant plus des vassaux mais des partenaires des sociétés de vente. Malgré la crise, le quartier affiche une bonne santé relative. Grâce à la vente Breton, Drouot peut se targuer d’une progression de 15 % de ses ventes pour le premier semestre 2003. De leur côté, les galeries, habituées à ventiler régulièrement leurs stocks, observent une baisse de 20 à 30 % de leurs chiffres d’affaires, fléchissement modeste au regard des chutes drastiques enregistrées dans d’autres quartiers.
Les marchands de Drouot ne sont pas de simples fantassins des poids lourds du faubourg Saint-Honoré. Les transactions entre marchands sont certes majoritaires, mais, au fil du temps, plusieurs enseignes ont acquis leurs galons. On connaît bien sûr l’intronisation ancienne de Camille Burgi à la Biennale des antiquaires, celle récente de Maurizio Canesso à Maastricht ou encore l’arrivée d’Alexis Bordes et Agnès Aittouares au Salon du collectionneur. Rappelons qu’en 1913 le quartier comptait près de vingt galeries dont celles de Paul Durand-Ruel et Ambroise Vollard. L’art contemporain est aujourd’hui absent des vitrines, mais les marchands ne déméritent pas par leur énergie et leur réactivité.
La typologie des galeries se situe à mi-chemin entre les Puces et le Carré rive gauche. L’absence de décorum et le goût des objets « dans leur jus » rappellent les venelles du marché Vernaison. Des Puces, les marchands ont conservé un esprit de brocanteur. « On aime les objets, mais on ne les sacralise pas », résume Julie Maillard, galeriste spécialisée dans les estampes. Pourtant, certaines galeries ont procédé au toilettage de leurs enseignes. Tel est le cas de la galerie Jean-Christophe Pouliquen installée dans une ancienne quincaillerie de la rue de la Grange Batelière. Gratifiés plusieurs fois du prix de la curiosité, les duettistes Jean-François Collin et Jacques Delbos sont aussi réputés pour leur touche de décorateur.
Depuis le réaménagement de son espace, Jean-François Chabolle constate d’ailleurs une augmentation de 20 % de sa clientèle de particuliers. Si, pendant longtemps, l’hôtel des ventes constituait un marché de gros et demi-gros, les amateurs s’y sont tracé un chemin, fourrageant dans les manettes avec la même acuité que les marchands. Leurs visites à Drouot sont de plus en plus ponctuées de haltes dans les galeries. « Ceux qui vont dans les ventes courantes viennent dans les galeries pour faire des bonnes affaires », rappelle Alexis Bordes. C’est que le quartier Drouot est l’un des rares endroits à Paris où chiner retrouve son véritable sens : chercher des occasions à des prix raisonnables.
En témoignent les tarifs proposés par les marchands à l’occasion des Trois jours. La galerie Frédérick Chanoit, spécialisée dans les tableaux du XIXe siècle, en propose une sélection de vingt et un. Un paysage lunaire d’Octave Pinguilly L’Haridon, artiste inclassable salué par Baudelaire, est proposé pour 9 500 euros. Le tableau le plus cher de sa sélection, une réduction d’un portrait de madame de Pompadour par Drouais s’offre pour 38 000 euros. Julie Maillard organise son accrochage d’estampes autour de deux spectaculaires almanachs, dans une fourchette entre 150 et 3 000 euros. Alexis Bordes déploie aussi ses dessins dans une gamme de 4 000 à 10 000 euros, notamment un nu féminin allongé de Jean-Baptiste Marie Pierre dans le goût de Boucher. Denis Ozanne et Sophie Marcellin, généralistes installés depuis six ans dans le quartier, proposent tableaux et curiosités entre 100 et 30 000 euros. Enfin l’enseigne New-List, spécialisée dans les listes de mariage, offre un ensemble de chaises Directoire pour 9 000 euros et un service d’une centaine de pièces de vaisselle anglaise pour 5 500 euros. Histoire de satisfaire de jeunes trousseaux en quête d’originalité.

Sixième édition Les Trois Jours du quartier Drouot, « À l’heure du temps », PARIS, IXe, tél. 01 47 70 41 73, www.paris-quartier-drouot.com, 25-27 septembre.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°550 du 1 septembre 2003, avec le titre suivant : Le quartier Drouot en fête

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