Dimanche 22 septembre 2019

L’art et la manière d’acheter une "première"œuvre

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 28 août 2019 - 869 mots

Se faire plaisir sans être millionnaire, c’est possible. À l’occasion de la rentrée, nous avons préparé un vade-mecum pour commencer ou poursuivre une collection dans les règles de l’art.
Contrairement à ce que pourraient laisser croire les records communiqués par les maisons de ventes, l’art est accessible à tous. Vous pouvez acheter une lithographie d’un artiste contemporain reconnu, un dessin du XVIIIe, un tableau ancien de bonne facture, une enluminure, une photographie ou une planche originale de bande dessinée pour quelques centaines ou milliers d’euros.
Par où commencer ?
L’art doit avant tout être un achat plaisir, spéculer sur l’art restant hasardeux et réservé aux initiés. Offrez-vous d’abord une œuvre qui vous touche, et avec laquelle vous avez envie de vivre. Ce qui n’empêche pas de prendre quelques précautions. Ainsi, il est bon de commencer par exercer son regard en visitant les musées, les galeries, les antiquaires, les salles de ventes, les salons et les foires d’art bénéficiant, tels La Biennale Paris ou Parcours des mondes ce mois-ci, d’une belle notoriété. Dans cette phase préparatoire, Internet est un allié incontournable. La Toile vous permet d’éplucher les catalogues de ventes aux enchères d’Artcurial, de Christie’s et de Sotheby’s, mais aussi ceux de Drouot qui abrite des spécialités très diverses pour des œuvres très accessibles. Vous pouvez également naviguer sur des plates-formes dédiées, comme l’américaine Artsy ou la française Artsper qui regroupent l’offre de nombreuses galeries, et vous inscrire sur Instagram, où de nombreux artistes présentent leur travail. Internet est le bon endroit aussi pour se renseigner sur les cotes des artistes, via des sites spécialisés comme Artprice et Artnet, qui compilent les résultats des ventes publiques. Vous pouvez également parfaire vos connaissances de manière conviviale, en vous inscrivant à un club de collectionneurs ou d’amis de musées, afin d’échanger avec d’autres amateurs et des spécialistes, d’assister à des conférences sur le marché de l’art ou de rencontrer des artistes.
Où acheter ?
S’offrir les services d’un conseiller en art (un art advisor) ne se justifie que si vous voulez constituer une collection ou acquérir une œuvre valant au minimum 50 000 euros. Idem pour les gestionnaires de patrimoine aux départements spécialisés, comme IP Art ou We Are Partners, qui proposent aussi de la location avec option d’achat. Quant aux quelques banques privées qui interviennent dans le secteur, à l’instar de BNP Paribas et de Neuflize OBC, elles ne s’intéressent qu’à des transactions d’au moins 60 000 euros. Si vous disposez d’un budget très serré, Internet peut être la solution pour acquérir des multiples : photos, estampes, gravures… Michel-Édouard Leclerc a ainsi créé la société MEL Publisher, dont l’offre porte sur des artistes soigneusement sélectionnés par un ancien d’Artcurial : on y trouve des lithographies de Barthélémy Toguo, de Loustal et de Françoise Pétrovitch à des prix très abordables pour un tirage limité à une trentaine d’exemplaires par œuvre.

Il est possible aussi d’acheter directement auprès de l’artiste si celui-ci n’a pas de galerie, ce qui peut être le cas pour un jeune créateur. Mais les talents reconnus du marché voient leur carrière rapidement prise en main par un galeriste : l’accès à leur atelier est alors souvent réservé aux collectionneurs importants, lesquels ont de plus en plus tendance à négocier, après ce repérage, une remise de 20 à 30 % auprès du galeriste, selon l’art advisor Laurence Dreyfus.
Vos alliées, les galeries
Autrement, si vous possédez un budget confortable mais néanmoins raisonnable, mieux vaut, selon Katia Raymondaud, directrice des Amis du Palais de Tokyo, passer par une galerie pour un premier achat : elle saura vous conseiller et défendre tel ou tel artiste. Le Comité professionnel des galeries d’art rassemble les plus sérieuses. Vous pouvez commencer par acquérir une œuvre sur papier, souvent moins chère, et néanmoins unique. À Paris, les galeries sont souvent concentrées dans certains quartiers, dans le Marais ou autour de l’avenue Matignon, voire dans le quartier plus populaire de Belleville. Toutefois, il pourra sembler parfois moins intimidant pour un primo-collectionneur de pousser les portes d’une galerie en province, sur son lieu de vacances par exemple.

Si vous optez pour un achat sur Internet, mieux vaut choisir une enseigne ayant pignon sur rue. Vérifiez aussi au préalable les conditions générales de vente, et exigez un rapport de condition, qui renseigne sur l’état de conservation de l’œuvre. Les grandes maisons de ventes aux enchères offrent les mêmes responsabilités juridiques sur le web que dans leurs salles, même si « les enchérisseurs imaginent que les règles sont les mêmes que pour n’importe quel achat en ligne avec un délai de rétractation de 14 jours. Or, ce principe ne s’applique pas aux ventes publiques en ligne… », met en garde le Conseil des ventes volontaires. N’oubliez pas qu’acheter aux enchères sur Internet, comme dans une salle de ventes, implique d’ajouter environ 25 % du prix adjugé pour payer les commissions exigées par la maison de ventes : cela change la donne.

L’art n’est pas une marchandise comme les autres. Il existe donc quelques facteurs objectifs à prendre en compte, comme la provenance de l’œuvre (souvent garante de son authenticité), le fait que celle-ci ait été exposée dans un musée ou une galerie reconnus, etc. Les phénomènes de mode influent aussi, même si l’art reste un placement aléatoire et potentiellement volatile.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°726 du 1 septembre 2019, avec le titre suivant : L’art et la manière d’acheter une "première"œuvre

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