Samedi 22 février 2020

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L’art de Papouasie-Nouvelle-Guinée

Par Marie Potard · L'ŒIL

Le 26 août 2015 - 746 mots

La vallée du Sepik, région de Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui sera bientôt mise à l’honneur au Musée du quai Branly, a produit un art très apprécié des collectionneurs.

Le Parcours des Mondes, qui se tient à Paris dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, du 8 au 13 septembre, est l’événement incontournable dans le domaine des arts premiers. Depuis sa création en 2001, l’art africain y règne en maître même si, petit à petit, l’art océanien gagne du terrain. « L’art océanien, d’une grande variété d’expression, représente environ 10 % du Parcours alors qu’à sa création, il en représentait 2 à 3 % », souligne Pierre Moos, aux commandes de l’organisation. « C’est un art plus abordable que l’art africain. À qualité égale, il est 30 % moins cher », poursuit-il. « Il est moins confidentiel aussi parce que le public, en voyant ces objets souvent très réussis, très expressifs, en redemande. Et les ventes aux enchères l’ont remis sur le devant de la scène », explique Jean-Édouard Carlier (Galerie Voyageurs et Curieux).

Au sein de l’art d’Océanie, celui de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) est le plus prospère, avant tout parce qu’il s’agit d’un des plus grands pays du continent, donc avec une masse d’objets importante. La PNG regroupe plus de 700 langues et est divisée en plusieurs aires (Sepik, Hautes Terres, golfe de Papouasie, aire Massim…) regorgeant de groupes ethniques (Abelam, Biwat, Kerewa, Iatmul, Korewori…). Le Sepik, du nom du fleuve qui coule au nord, est une région très fertile et constitue la zone stylistique la plus aboutie et variée. Parmi les objets récurrents, les bouchons de flûte Biwat, les crochets porte-crânes, les masques ou les représentations d’ancêtres.

Les prix restent très aléatoires, variant d’un objet à l’autre, avec une fourchette pré-pondérante entre 5 000 et 50 000 euros.

À titre d’exemple, une lance peut aller de 1 500 à 5 000 euros en moyenne, un bouclier peut atteindre 200 000 euros quand un masque se négocie entre 1 000 et 500 000 euros… Le record aux enchères est détenu par une figure de faîtage Biwat (collection Friede) adjugée 2,5 millions d’euros chez Christie’s Paris en 2013. « Ce qui fait le prix d’une œuvre est le prix qu’on l’a payée, l’engouement qu’elle suscite en nous, l’engouement du marché, sa conservation, bien que le ravinement peut être une plus-value absolue pour certains. La rareté ? Parfois, elle peut poser problème car elle empêche la comparaison », explique Anthony JP Meyer (Galerie Meyer).

Le nez crochu
Les figurations du Bas-Sepik ont ceci de reconnaissable qu’elles présentent généralement un visage allongé au long nez. « Ici, le prix est basé sur la combinaison qualité, rareté, provenance et prix réalisés pour des masques similaires », explique Michel Thieme. « Les masques de danse, qui représentent des esprits puissants, étaient portés directement sur le visage ou attachés à une armature en vannerie placée au-dessus de la tête. »
Masque, Papouasie-Nouvelle-Guinée, rivière Sepik, bois, bambou, pigments naturels, collecté entre 1896 et 1935. H. : 36,5 cm. Prix : 90 000 €. Galerie Michel Thieme, Amsterdam.

Puissante représentation anthropomorphe
« Figurant un ancêtre ou un esprit protecteur, la fonction exacte de cette représentation reste difficile à déterminer. Il s’agit probablement d’une amulette de chasse, de guerre ou d’un charme d’amour », commente Jean-Édouard Carlier. Regard envoûtant et nez disproportionné sont autant d’éléments qui participent à la beauté et au prix de l’œuvre.
Statuette, région des lacs Murik, estuaire du Sepik, Papouasie-Nouvelle-Guinée, bois et ocre rouge. H. : 30 cm. Prix : 35 000 €. Galerie Voyageurs et Curieux, Paris.

Couleur et expression
« L’art de PNG peut être d’un extrême raffinement ou au contraire très brutal, puissant, doté d’une expression archaïque qui vous laisse bouche bée », souligne Michael Hamson. Ce masque représente l’esprit d’un ancêtre et provient de l’ancienne collection Jolika, de Marcia et John Friede, le plus grand collectionneur d’art de PNG, contraint de vendre sa collection il y a quelques années. C’est une provenance en or et l’objet qui en est issu ne tarde jamais à trouver preneur.
Masque, culture Abelam, région des montagnes du prince Alexander, Papouasie-Nouvelle-Guinée, XIXe-début du XXe siècle, bois. H. : 71,8 cm.  Prix : 50 000 €. Galerie Michael Hamson, Palos Verdes Estates (Californie).Paris.

Figure iconique le bouchon de flûte
Ces figures wusear obturaient l’extrémité de longues flûtes sacrées en bambou par lesquelles la « voix » des ancêtres se faisait entendre quand l’instrument était joué. Ici, la figure dont la large tête exprime la puissance est ornée de plumes de casoar et de divers ornements. Le prix dépend aussi de la présence ou non de ces éléments (nacre, dents de phacochère, coquillages…).
Bouchon de flûte, aire Biwat, Cours moyen de la rivière Yuat,  Bas-Sepik, Papouasie-Nouvelle-Guinée. H. : 59 cm. Vendu 1,4 M€. Christie’s Paris. 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°682 du 1 septembre 2015, avec le titre suivant : L’art de Papouasie-Nouvelle-Guinée

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