Mardi 11 décembre 2018

L’art d’Asie en plein essor

L’Asian Week de New York rencontre un succès considérable

Le Journal des Arts

Le 2 mai 1997 - 950 mots

La Semaine asiatique a remporté un succès considérable le mois dernier à New York. À l’origine, l’Asian Week ne concernait que les ventes de Christie’s et Sotheby’s. Elle s’est ensuite élargie à un ensemble de manifestations, dont la seconde édition, très bien accueillie, de l’International Asian Art Fair (foire internationale d’Art asiatique).

NEW YORK. Depuis ces quinze dernières années, New York est devenu le principal centre du marché – en plein essor – de l’art asiatique, Hong Kong cédant peu à peu sa place. Ce courant a été confirmé par l’Asian Art Fair organisée par Brian et Anna Haughton, considérée comme une grande réussite, voire un "événement historique". Le nombre d’exposants y a été plus important que l’an dernier, les acheteurs venant du monde entier et pas seulement des États-Unis. Les marchands ont vendu avec succès la plupart des pièces importantes, et l’art asiatique s’est à nouveau affirmé comme un domaine en expansion attirant de nombreux investisseurs. Ce marché n’a en effet pas été touché par les hausses et les baisses brutales qui ont tant affecté les peintures impressionnistes. Sa croissance régulière a été renforcée depuis peu par les acheteurs d’Asie, qui décideront de son avenir. Un nombre important d’acheteurs étaient des conservateurs de musées américains venus enrichir leurs collections. Leurs collègues européens étaient plus rares, peu encouragés par une TVA qui pénalise les importations. La foire proposait peu de pièces chinoises anciennes, à l’exception notable du stand de Gisèle Croës, où l’on trouvait des figures en poterie et des bronzes, certains ayant été déjà présentés à Maastricht. D’autres marchands, dont la Chinese Porcelain Compa­ny, présentaient des figurines funéraires, que les collectionneurs chinois commencent eux aussi à acheter, renonçant peu à peu aux tabous liés aux objets provenant des tombes. Or la plupart des objets anciens, surtout ceux qui ont atteint des prix élevés ces dernières années, viennent, bien entendu, de mobiliers funéraires. Parmi les pièces anciennes, l’une des plus admirées était un superbe fragment de textile, daté, d’après les analyses, de la période Tang, comparable à celui qui est conservé à Shoshoin. Exposé chez le marchand londonien Francesca Galloway, il est à l’image de sa recherche constante de la qualité. Les textiles attirent les amateurs et suscitent toujours l’intérêt des spécialistes. Une grande partie des pièces chinoises proposées étaient d’époques tardives, du XVIe siècle à nos jours, une récente évolution constatée sur le marché. Ce changement s’est traduit en 1995, à Londres, par l’obtention d’un prix plus élevé pour un porte-pinceaux en bambou du XVIIe siècle que pour une poterie néolithique. Le goût évolue actuellement vers une nostalgie du XIXe siècle, et un désir renouvelé d’acquérir des "chinoiseries". Toutefois, cette évolution est sans doute due également à la raréfaction des objets anciens, l’une des principales préoccupations de nombreux marchands, en raison de l’imminent retour de Hong-Kong à la Chine. Il devient toujours plus difficile de trouver des antiquités, tandis que davantage de faux apparaissent sur le marché et se vendent. Quand viendra "la fin de Hong-Kong", il sera intéressant de voir où s’approvisionneront les plus grands marchands.

Eskenazi crée l’événement
Très recherchés jusqu’en 1996, les jades chinois ont été pratiquement absents de la foire. Très peu d’amateurs se risquent désormais à les acquérir, de crainte qu’ils ne soient pas authentiques, ce qui n’a pas empêché une galerie new-yorkaise d’art chinois de réussir à vendre un petit groupe de jades extrêmement douteux. "Les jades sont un domaine très complexe où seuls quelques experts chinois sont compétents", explique Jacques Barrère, l’un des trois exposants français de cette "foire incontournable", rendez-vous des plus grands collectionneurs du monde et des conservateurs de musées qui y recherchent des chefs-d’œuvre indiscutables. "L’Asian Fair a démarré juste après les ventes de Sotheby’s et Christie’s, qui ont brassé environ 180 millions de francs", souligne Jacques Barrère. Giuseppe Eskenazi, pour sa part, a présenté une sélection d’objets extraordinaires, exposés et en grande partie vendus la veille de la foire dans un hôtel particulier. Son souhait est de maintenir une nette indépendance entre son activité de marchand et les recherches des spécialistes. Il demande ainsi à des experts de rédiger des essais en préface de ses catalogues. Dans le catalogue de son exposition à New York, une étude de Regina Krahl était consacrée à un ensemble de statuettes en céramique des dynasties Han à Tang. Son fils Daniel a apporté une contribution importante à cette exposition qui s’est révélée un événement majeur de la Semaine asiatique, à laquelle le grand marchand participait pour la première fois.

Attention aux faux
Depuis peu, un certain nombre de faux bien imités sont arrivés sur le marché, et divers spécialistes renommés, de Chine comme des pays occidentaux, ont fait part de leurs doutes quant à l’authenticité des objets mis en vente ou même conservés dans les collections publiques ou privées. Ainsi, une pièce de l’exposition des "Trésors du Musée du palais de Taipei", récemment présentée au Metropolitan Museum de New York, puis à Washington, a été qualifiée de "jade de la période de Liangzhu" et datée du néolithique, alors qu’il aurait été plus raisonnable de la considérer comme une réplique du XVIIIe siècle créée à la demande des empereurs Qing, désireux de se procurer des œuvres "antiques". Ceci montre bien l’importance des examens en laboratoire, déjà pratiqués en Chine, surtout sur les jades anciens. Toutes les catégories d’œuvres d’art chinois donnent lieu à des imitations, qu’il s’agisse d’objets en métal, de poteries, de porcelaines ou de peintures. Au cours de la Semaine asiatique de New York, un œil exercé pouvait du reste repérer des faux ici et là. Ce problème est d’une importance cruciale car, à moyen et long terme, il pourrait affecter le marché de manière irréparable en sapant la confiance des amateurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°37 du 2 mai 1997, avec le titre suivant : L’art d’Asie en plein essor

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