Vendredi 20 juillet 2018

Espagne

L’ARCO en petite forme

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 18 février 2005 - 720 mots

De qualité inégale, la foire madrilène d’art contemporain qui s’est déroulée du 10 au 14 février a manqué d’énergie.

MADRID - L’ARCO est un salon ambigu, qui nous réjouit car il ne succombe pas au moule anglo-saxon ou bâlois, tout en nous laissant sur notre faim, l’alternative n’étant pas toujours probante. Avec un certain courage, la foire madrilène d’art contemporain s’attache à montrer que l’art ne se résume pas à la quinzaine d’artistes plébiscités à prix fort par le marché. Entre un Ernesto Neto sans saveur chez Fortes Vilaça (São Paulo) ou un spot painting (peinture de points) peu inspiré de Damien Hirst chez Haunch of Venison (Londres), il n’y avait d’ailleurs pas matière à s’attarder devant les maigres échantillons des stars actuelles. Cette résistance à la mode a toutefois son revers, celui du local pur jus. L’arsenal « d’espagnolades » est ainsi à l’ARCO ce que les kilomètres de barbouilles allemandes sont à Art Cologne. Dans ce registre, la galerie Claude Bernard (Paris) figurait en pole position avec son accrochage discutable mais lucratif de chromos de Pedro Moreno-Meyerhoff. Certains spécimens de la jeune scène ibérique avaient aussi des allures de resucées. Les personnages de MP & MP Rosado (13 000 et 15 000 euros) chez Pepe Cobo (Madrid) empruntaient beaucoup à Maurizio Cattelan. Chez Salvador Diaz (Madrid), la reconstitution par le collectif El Perro de la photographie montrant une militaire américaine traînant un prisonnier irakien d’Abu Ghraib (40 000 euros) fleurait la provocation made in Young British Artists.

Stupas des Temps modernes
En dédiant ses « Project rooms » à des créateurs très familiers comme Kcho, Jan Fabre ou Berlinde De Bruyckere, l’ARCO n’a pas fait œuvre de prospection. Toutefois, même si les œuvres semblaient décalées par rapport à l’art ou au marché contemporain, les allées ont permis quelques découvertes. À la Galerie Judin (Zurich), les troublantes photos du Tchèque Miroslav Tichy réalisées à partir de la camera obscura ont emporté l’adhésion des amateurs entre 4 000 et 6 000 euros. Il en allait de même à la galerie Bitforms (New York) où une installation très op art de l’Israélien Daniel Rozin (65 000 euros) jouait sur la notion de mouvement et de représentation. Comme toute tentative de panorama national, l’accent porté sur les Mexicains avait ses hauts et ses bas. Derrière un certain fonds de commerce baroque, on retenait chez Enrique Guerrero (Mexico) une installation de grands volumes tressés de plastique par Pedro Reyes (18 000 dollars, près de 14 000 euros). Chez OMR (Mexico), les sculptures du Texan Thomas Glassford (15 000 dollars), élaborées à partir de matériaux cheap comme les plateaux de mélaminé utilisés dans les prisons mexicaines, faisaient office de stupas des Temps modernes. Les amateurs de dessins pouvaient enfin faire une affaire juteuse avec le mur de cinquante-deux dessins de Javier Pérez (52 000 euros) chez Salvador Diaz.

Une foire attachante
En prétendant ouvrir ses vannes au plus contemporain, l’ARCO a réduit sa section moderne. Dominé par le bel accrochage de la galerie Jan Krugier, Ditesheim & Cie (Genève) et la profusion de dessins de Julio González, ce secteur comptait d’ailleurs peu de chefs-d’œuvre. Les adeptes des chemins de traverse pouvaient toutefois apprécier à la Galerie 1900-2000 (Paris) la sélection de collages du surréaliste chilien Jorge Cáceres (1500-2 000 euros). Cette enseigne avait d’ailleurs vendu dès la première heure un Óscar Domínguez à son confrère Guillermo de Osma (Madrid) et une sculpture en marbre d’Augustin Cárdenas à la galerie Oriol (Barcelone) !
Globalement, il manquait à l’ARCO l’énergie et la fraîcheur de ses beaux jours. L’allant commercial n’était pas plus au rendez-vous, sauf à la Galerie Lelong (Paris) dont les ventes d’estampes ont engrangé 75 000 euros dès le premier jour. À noter également, Edward Tyler (New York) a vendu quatre pièces importantes dont un Barceló de 1999 et un tableau de Richter, cédé avant l’ouverture. L’explosion d’une voiture piégée à proximité de la foire le matin même de l’inauguration officielle avait d’ailleurs jeté un certain froid, réduisant notablement la foule de visiteurs du premier jour. En dépit de ses faiblesses, la foire reste toujours attachante, d’autant plus que le fort soutien municipal laisse plus d’un étranger rêveur. Mais dans la bataille que se livrent les salons pour occuper la seconde place après Bâle, aucune manifestation ne peut plus reposer sur ses lauriers, fussent-ils institutionnels.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°209 du 18 février 2005, avec le titre suivant : L’ARCO en petite forme

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