Arts premiers

L’Afrique et l’Océanie d’abord

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2008

Succès mitigé chez Sotheby’s à Paris pour la collection Economos d’objets de la Colombie britannique. Enchères parfois records pour l’art africain et océanien.

PARIS/BRUXELLES - Plus de deux mille objets d’art primitif africains, océaniens et amérindiens ont été proposés du 4 au 11 juin, à Paris et Bruxelles. Témoignant de la diversité et du dynamisme de ce marché, à tous les niveaux de collection, 1 300 lots ont trouvé preneurs, dans une fourchette de prix de 50 euros à plus d’un million d’euros. « Pour les arts premiers, Paris est “the place to be” », reconnaît le marchand canadien Jacques Germain, venu spécialement suivre les ventes comme beaucoup d’amateurs étrangers. Avec 8 millions d’euros de recettes, Sotheby’s reste de loin le leader de la spécialité. La maison de ventes présentait pour la première fois à Paris un ensemble de trente-huit objets de Colombie britannique et eskimos de la collection du marchand américain James Economos. Le résultat a été décevant, avec 2 lots sur 5 invendus, dont le lot phare : un masque à transformation Kwakiutl de Colombie britannique, représentant un ours au museau effilé dont la mâchoire inférieure articulée s’ouvre pour révéler un visage humain, estimé 200 000 euros. Un prix un peu trop élevé pour une pièce ancienne mais pas de la première génération des masques Kwakiutl collectés, et qui, bien que référencée, n’affichait pas de pedigree exceptionnel. Les amateurs se sont néanmoins enflammés pour un masque facial Tlingit représentant une chouette, vendu 324 750 euros au double de son estimation, ainsi que pour une parure frontale Bella Coola, provenant de l’ancienne collection du peintre surréaliste Wolfgang Paalen, estimée 40 000 euros et adjugée 156 750 euros. Deux tiers des acheteurs étaient américains ou canadiens. Mais cela ne semble pas pour autant avoir découragé Sotheby’s. « Il faut que l’on ajuste nos références et nos prix mais on y croit ! », soutient l’expert Marguerite de Sabran.

Record mondial
En attendant, l’Afrique et l’Océanie ont encore reçu tous les honneurs. Alors que les objets courants ne trouvent pas preneurs, toute pièce de qualité, inédite ou rare déchaîne les passions à l’exemple d’une rare et puissante statue kanak de Nouvelle-Calédonie, collectée par le gouverneur général Joseph Guyon entre 1924 et 1932. En l’absence de référence en vente publique, Sotheby’s l’avait estimée 30 000 à 50 000 euros. Elle s’est envolée à 696 750 euros, un record mondial pour une œuvre kanak. Autre vedette de la vente, une salière en ivoire Sapi-portugaise du Sierra Leone, du XVIe siècle, estimée 400 000 euros, est montée à 1 296 750 euros, un record pour une pièce en ivoire africaine de cette époque. Notons aussi une grande et rare statue d’ancêtre Uli du Nord de la Nouvelle-Irlande, provenant de la collection Adolf Hoffmeister, partie à 696 750 euros, au double escompté. Chez Pierre Bergé & Associés, à Bruxelles, une enchère de 369 000 euros portait au pinacle une rarissime statue Ngombe du Congo, collectée en 1906 et estimée prudemment au mieux 50 000 euros. Même bonne surprise à Paris chez Christie’s où une tête Bwende, rapportée par l’arrière grand-père du propriétaire actuel, missionnaire suédois au Congo à la fin du XIXe siècle, s’est vendue pour 150 500 euros, dix fois son estimation. « C’était la première fois qu’il en passait une en vente aux enchères depuis plus de 20 ans », commente Tim Teuten, directeur du département d’Art africain et océanien. Enfin chez Artcurial, une exceptionnelle boîte anthropomorphe Zande du Congo, de l’ancienne collection Alexis van Opstal, a rejoint une collection française pour 111 500 euros.

PBA-Bruxelles, les 4, 5, 6 mai - Estimation : 2,6 millions d’euros - Résultats : 2,3 millions d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 890/680 - Lots vendus : 57 % CHRISTIE’S, 10 juin - Estimation : 600 000 à 900 000 euros - Résultats : 653 000 euros - Nombre de lots vendus/invendus : 149/66 - Lots vendus : 69 % ARTCURIAL, 10 juin - Estimation : 1,1 à 1,6 million d’euros - Résultats : 970 000 - Nombre de lots vendus/invendus : 159/54 - Lots vendus : 74 %

SOTHEBY’S, le 11 juin Art africain et océanien - Estimation : 4 à 6 millions d’euros - Résultats : 6,4 millions d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 90/55 - Lots vendus : 62 % Collection Economos - Estimation : 2 à 3 millions d’euros - Résultats : 1,6 million d’euros - Nombre de lots vendus/invendus : 23/15 - Lots vendus : 60 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°284 du 20 juin 2008, avec le titre suivant : L’Afrique et l’Océanie d’abord

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