Jeudi 13 décembre 2018

New York

La vente Humphris sans relief

Sotheby’s dispersait la collection du célèbre marchand

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 753 mots

Sotheby’s prenait un gros risque en dispersant la collection Cyril Humphris les 10 et 11 janvier. Mis en vente par le célèbre marchand après qu’il eut décidé d’abandonner le monde de l’art pour se concentrer sur ses chevaux de course et la production de films, cet ensemble de sculptures et d’œuvres d’art (essentiellement les invendus du marchand) ne pouvait guère prétendre s’inscrire dans les annales de la maison de ventes.

NEW YORK (de notre correspondant) - Les pièces de la collection Humphris ont souffert d’être généralement bien connues des professionnels et des collectionneurs, ainsi que d’estimations et de prix de réserve élevés, souvent égaux ou supérieurs à ce qu’en demandait Humphris dans sa galerie. Le bruit a couru que Sotheby’s avait garanti la collection, ou tout au moins avancé à Humphris un pourcentage avant la vente. Quoi qu’il en soit, la maison n’a pas ménagé ses efforts de promotion, faisant circuler les plus beaux objets en Europe et en Amérique avant de les exposer à New York avant la vente.

Une attribution de dernière minute par le professeur Peter Mellor, de l’université de Santa Barbara, voyant dans une Cléopâtre allongée – un bronze signalé dans le catalogue comme"français, milieu du XVIe siècle, École de Fontainebleau", estimé 25 à 35 000 dollars – une œuvre égarée de Benvenuto Cellini, combla d’aise le vendeur et la maison de ventes.

Les résultats de la vente du soir, sans être aussi catastrophiques que les spécialistes l’avaient prédit, furent très modestes. La plupart des lots les plus précieux ont été boudés : parmi eux, une paire de reliefs en bronze attribués à Bartolomeo Ammanati, vendue 700 000 dollars (3,8 millions de francs) ; le buste en bronze d’Ottavio Farnese par Pietro Paulo Galeotti, vendu 675 000 dollars (3,6 millions de francs) ; celui de Cosme de Médicis par Giambologna, estimé 600 à 900 000 dollars et vendu 425 000 dollars (2,3 millions de francs) ; le buste en marbre d’une Marie-Antoinette hautaine par Louis-Simon Boizot, estimé 600 à 800 000 dollars et vendu 290 000 dollars (1,6 million de francs).

Un très bel émail de Jean Pénicaud
Les émaux de Limoges ont obtenu un vif succès. Un très beau portrait en émail de Marguerite d’Angoulême, reine de Navarre par Jean II Pénicaud, avec au dos une Sainte Marguerite et le dragon, estimé 18 à 20 000 dollars, a été adjugé 125 000 dollars (680 000 francs) au marchand londonien Reiner Zeitz, après une offre de la Frick Collection, entre autres. Une boîte à bijoux en émail"grisaille" et bronze doré, par Pierre Reymond, estimée 80 à 120 000 dollars, est partie sur enchère téléphonique à 160 000 dollars (870 000 francs).

Zeitz et Daniel Katz, individuellement ou ensemble, ont acquis un nombre considérable de lots, dont la belle Pietà en albâtre du début du XVe siècle – achetée 25 000 dollars par Humphris à la vente von Hirsch de 1978 – ; le bronze"Visconti-Annoni", exécuté vers 1580, estimé 150 à 200 000 dollars, acquis pour 90 000 dollars (490 000 francs) ; la paire d’aiguières françaises du XVIe siècle en bronze doré, représentant des chimères cornues à la gueule béante et dentée, estimée 250 à 350 000 dollars, acquise pour 180 000 dollars (980 000 francs) ; la Vénus en bronze du XVIIe siècle, attribuée à Hubert Le Sueur, qui figurait dans les inventaires royaux de Louis XIV, estimée 150 à 200 000 dollars, acquise pour 120 000 dollars (650 000 francs) ; le buste en argent et bronze de Charles II, prince de Galles, par Francesco Fanelli, estimé 350 à 450 000 dollars, acquis pour 400 000 dollars (2,2 millions de francs) ; le buste d’un Olivier Cromwell idéalisé, marbre posthume exécuté par Francis Harwood au XVIIIe siècle, estimé 120 à 180 000 dollars, acquis pour 50 000 dollars (270 000 francs) ; et un énorme buste du comte Agostino Paradisi, au visage charnu, marbre du XVIIIe siècle attribué à Bartolomeo Cavaceppi, estimé 150 à 200 000 dollars et acquis pour 105 000 dollars (570 000 francs).

Si la première partie de la vente a obtenu des résultats mitigés, celle du lendemain matin fut un succès. Elle proposait des sculptures de plus petit format et aux estimations plus modestes, parmi lesquelles des plaques, des bronzes, des terres cuites et des œuvres du XIXe siècle. Presque tous les lots ont trouvé preneur mais, en dépit du battage qui l’entourait, le"nouveau" Cellini s’est vendu, sur enchère téléphonique, bien en dessous des espoirs de Sotheby’s, à 90 000 dollars (490 000 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : La vente Humphris sans relief

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque