Mercredi 20 janvier 2021

La troisième salle de ventes de Christie’s et Sotheby’s

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2008 - 412 mots

Ville Janus, l’ancienne colonie britannique jouit d’un marché de l’art explosif mais manque d’infrastructures culturelles.

HONGKONG - Une ville peut-elle être simultanément un désert culturel et une place dynamique de marché de l’art ? Apparemment oui. Hongkong est ainsi devenue la troisième salle de ventes de Christie’s et Sotheby’s (1), malgré une absence criante de plateformes culturelles. « Il y a eu peu d’investissements dans ce domaine, peut-être parce que les gens étaient inquiets sur les questions de pérennité après la rétrocession à la Chine. Personne n’a regardé à long terme, regrette Claire Hsu, directrice du Asia Art Archive, centre de ressources sur l’art asiatique basé à Hongkong. La culture est entre les mains de fonctionnaires qui ne s’engagent pas dans la continuité. Notre système éducatif ne tient pas compte de l’art. » Hormis un centre d’art associatif, Para/Site, l’absence de voix curatoriale indépendante a laissé le champ libre au commerce.
La palette des spécialités développées par les auctioneers reste très spécifique, des montres aux bijoux en passant par l’art classique et contemporain asiatique. « À Hongkong, on vend des bijoux contemporains et modernes, alors que le vintage est envoyé à Genève. Nous ne vendons pas ici des chevaux Tang mais des pièces impériales », indique Pansy Ku, business manager chez Christie’s. L’écurie de François Pinault organisera aussi le 29 novembre une vente inaugurale de vin. Ce domaine avait jusque-là été évité, l’alcool étant une des rares denrées taxées. De son côté, Sotheby’s arrêtera à partir de 2009 ses ventes d’art contemporain asiatique à New York pour les concentrer à Hongkong. « En 2004, 80 % des acheteurs étaient occidentaux ; depuis un an, 60 à 70 % des acheteurs comme des vendeurs sont asiatiques », explique Kevin Ching, P-DG de Sotheby’s à Hongkong.
La cité ne risque-t-elle toutefois pas d’être distancée par la vitrine commerciale de Shanghaï, laquelle brigue le statut de capitale artistique ? « Hongkong est un carrefour, à deux heures de Shanghaï, quatre heures de Tokyo. Il n’y a pas de droits de douane à l’import ou à l’export, contrairement à la Chine continentale, défend le spécialiste Jean-Marc Decrop. L’avantage de vendre à Hongkong par rapport à la Chine continentale, c’est qu’on touche les deux marchés chinois et étrangers et pas seulement le local. » Enfin, pour Kevin Ching, la ville offre aussi des garanties plus sûres, notamment contre les mauvais payeurs.

(1) Avec un chiffre d’affaires respectivement de 473 millions et 334,42 millions de dollars en 2007.

Le West Kowloon Cultural District renaît de ses cendres

Enterré par référendum en 2006, le projet de West Kowloon Cultural District ressort des limbes sous l’appellation M . Le comité consultatif composé d’une vingtaine de personnes a proposé de réunir sous un même toit les quatre musées initialement séparés, dédiés à l’encre, au design, aux images mouvantes et à l’art contemporain. Une structure de préfiguration devrait voir le jour en 2010, les autorités misant avec un brin d’optimisme sur une ouverture en 2014. L’heure est aussi davantage au partenariat avec les grands musées internationaux qu’à l’implantation pure et simple de ces derniers. Le Centre Pompidou, qui avait un temps songé à une antenne à Hongkong, s’en tient aujourd’hui au simple rôle de conseil.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°288 du 3 octobre 2008, avec le titre suivant : La troisième salle de ventes de Christie’s et Sotheby’s

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