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ART CONTEMPORAIN

La très contemporaine Chantal Akerman

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2022 - 519 mots

PARIS

Alors qu’un colloque est consacré aux « Intérieurs sensibles » de la cinéaste, la Galerie Marian Goodman présente deux de ses installations vidéo, dont l’une est inédite.

Paris. Lorsqu’on évoque le nom de Chantal Akerman, c’est à sa filmographie d’avant-garde et notamment à son chef-d’œuvre stupéfiant, Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975), que l’on pense. Cependant la cinéaste belge a également créé, entre 1995 et 2015, une vingtaine d’installations vidéo, présentées dans de nombreux musées français et étrangers. En 2002, elle participe à la Documenta XI à Cassel, en 2010 à la Biennale de São Paulo et en 2015, Now, sa dernière grande installation, est montrée à la Biennale de Venise.

Du cinéma à la galerie

Pourquoi passer des salles de cinéma à l’espace de la galerie ou du musée ? Deux de ses installations vidéo, exposées en ce moment à la Galerie Marian Goodman, permettent de le comprendre un peu. Tandis que ses films suivent une narration, le dispositif vidéo offre à la cinéaste une nouvelle écriture. Ainsi lorsque Chantal Akerman crée son installation Je, tu, il, elle en 2007, elle le fait à partir de son premier long-métrage de fiction du même nom (réal.1974). Je, tu, il, elle met en scène trois personnages, deux femmes et un homme. Seul le personnage principal, interprété par la réalisatrice elle-même, rencontre les deux autres : le camionneur qui la prend en stop, puis son amante qu’elle retrouve chez elle, dans un joyeux désordre de draps froissés. Sur l’écran où cohabitent trois projections simultanées, ces trois actions sont réunies dans une même temporalité. La trilogie est manifeste, tout comme l’espace mental ainsi suggéré dans lequel chacun peut se projeter. « […] je ne suis pas de fil, c’est magique, les possibilités multiples surviennent tandis que je malaxe la matière et c’est elle qui m’entraîne. Je la travaille, elle devient autre, et voilà on y est. L’invention provient de la transformation, le processus est libre et fascinant, une pure jouissance », déclarait Chantal Akerman à propos de ce travail (1).

Au sous-sol de la galerie, From the Other Side (2002) donne à voir, en même temps que l’aspect plus documentaire de son œuvre, les possibilités architecturales permises par l’installation vidéo. Il s’agit d’une version remontée et spatialisée de son documentaire De l’autre côté, conçu la même année. Pour le tourner, Chantal Akerman est allée à la rencontre de migrants mexicains qui cherchent à passer aux États-Unis. Elle incorpore au film des images d’archives en noir et blanc des autorités américaines. Diffusées sur des moniteurs placés en quinconce, les vidéos forment une sorte de labyrinthe, créant un sentiment physique d’impasse, d’errance.

Un colloque international consacré à l’œuvre de la cinéaste, intitulé « Intérieurs sensibles de Chantal Akerman : films et installations – Passages esthétiques » (2) et organisé par l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel, se tient justement ce mois-ci. On en apprendra peut-être davantage sur les raisons de son entrée dans le monde de l’art.

(1) Entretien avec Nicole Brenez, 2011, in Chantal Akerman, Bande(s) à part, Bobigny, 2014. (2) Le 27-28 janvier, INHA, Centre Pompidou, Centre à Paris de l’université de Chicago.

Chantal Akerman, From the Other Side,
jusqu’au 5 février, Galerie Marian Goodman, 79, rue du Temple, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°581 du 21 janvier 2022, avec le titre suivant : La très contemporaine Chantal Akerman

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