Dimanche 25 février 2018

Foire

La FIAC change de pilotes

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2007

Tout juste nommé, le nouveau comité de la FIAC se gorge de « bonnes résolutions ». Qu’en sera-t-il dans les faits ?

PARIS - Après avoir nommé Jennifer Flay directrice artistique de la FIAC, Reed Expositions France a révélé le 19 novembre la composition du comité de pilotage (1) remplaçant le Cofiac. Ce nouveau comité comprend deux sections, l’une votante, regroupant neuf galeristes chargés de la sélection, l’autre purement consultative, constituée de cinq « membres associés » issus des institutions, des entreprises et des médias. Ce groupe de travail compte muscler la section « Perspectives » et renforcer l’équilibre entre modernes et contemporains. L’antienne habituelle.
Outre les rescapés du Cofiac (Marcel Fleiss, Ursula Krinzinger, Jill Silverman et Anne de Villepoix), le casting comprend une majorité de galeries européennes d’art contemporain. Nulle enseigne américaine, pourtant plus à même de prêcher la bonne parole aux États-Unis. On s’étonne aussi de n’y trouver qu’un seul représentant des modernes, Marcel Fleiss, alors que l’objectif claironné consiste à renforcer la section classique. Les susceptibilités du comité des galeries d’art sont quant à elles sauves avec la présence de son vice-président, Bernard Zürcher. « Plutôt que de prendre des personnalités spectaculaires, qui ne seront là que de façon artificielle, comme ce fut le cas l’an dernier avec les Américains de “Perspectives”, le comité est constitué de gens qui connaissent bien le marché et viennent à la FIAC depuis longtemps », estime Anne de Villepoix. « J’ai ressenti de l’oxygène lors de la première réunion. Les membres sont motivés », assure de son côté Lorenzo Fiaschi, de la galerie Continua (San Gimignano).
Autant la section des galeries arbore une tessiture européenne, autant celle des membres associés pèche par son inflexion franco-française. Le choix de Fabrice Bousteau, directeur de la rédaction de Beaux Arts magazine, est par ailleurs imprudent. Reed ne semble pas très rancunier après la manchette assassine du numéro d’octobre : « FIAC 2003 Anniversaire ou enterrement ? » ! Fabrice Bousteau nous a déclaré : « Je me mets en péril en participant à la FIAC. Je ne serais pas crédible si je critiquais avec autant de virulence et si je ne cherchais pas à agir . » Le rôle d’un journaliste est-il de conseiller une société commerciale ou d’informer ? Le magazine pourra aussi disposer en avant-première d’informations. « Fabrice Bousteau a un accès privilégié aux informations, mais il ne pourra pas les exploiter. Tous les membres ont signé un contrat de confidentialité », insiste Jean-Daniel Compain, directeur général du pôle Culture, Sports et Loisirs de Reed Expositions France. Inversement, on peut reprocher à Reed de vouloir neutraliser les médias : on voit mal comment un magazine pourrait critiquer une manifestation qu’il contribue à organiser. Enfin, d’autres représentants de la presse, notamment étrangère, pourraient par la suite rejoindre le noyau actuel.

Comité évolutif et perfectible
Cette section compte aussi Martin Béthenod et Christophe Girard, émissaires respectifs de la délégation aux Arts plastiques (DAP) et de la Mairie de Paris. Alors que l’implication des institutions dans le marché français prête le flanc à la critique, cette présence plus voyante fait tiquer. « Il ne s’agit aucunement d’envisager une participation opérationnelle ou financière de la DAP au sein de la FIAC, mais de mettre en commun des idées, des points de vue, de coordonner des initiatives, précise Martin Béthenod. La FIAC est une manifestation à enjeux multiples, un salon commercial certes, mais aussi un événement culturel, et un révélateur du dynamisme et de l’attractivité de la scène artistique française. Ces deux derniers points nous concernent directement, comme ils concernent l’ensemble des acteurs, publics ou privés, du monde de l’art. Le ministère n’a pas, à cet égard, à intervenir de manière hégémonique, mais au contraire dans un climat de confiance et de solidarité. » La synergie souhaitable entre les entreprises et les pouvoirs publics n’est pas une nouveauté. Elle existe dans toutes les foires d’envergure. Est-il nécessaire de la formaliser de la sorte ? De plus, il est assez probable que l’agenda chargé des institutionnels ne leur permette pas de siéger régulièrement dans les discussions.
Le comité, qui se réunira une deuxième fois les 16 et 17 décembre, est supposé être « évolutif » et « perfectible ». « Nous ne souhaitons pas que les choses soient figées. Les membres actuels ne détiennent pas la vérité. Le comité est une base qui fera appel à d’autres personnes dans le cadre de cellules de travail. Toutes les idées sont les bienvenues », assure Jean-Daniel Compain. Reste à voir si les galeries prendront vraiment leurs bâtons de pèlerin pour convaincre leurs confrères étrangers. Sinon, ces idées œcuméniques se résumeront à des vues de l’esprit.

(1) Lorenzo Fiaschi (Galleria Continua, San Gimignano), Marcel Fleiss (Galerie 1900-2000, Paris), Xavier Hufkens (Bruxelles), Michael Janssen (Cologne), Ursula Krinzinger (Vienne), Thaddaeus Ropac (Paris-Salzbourg), Jill Silverman van Coenegrachts (Lisson Gallery, Londres), Anne de Villepoix (Paris), Bernard Zürcher (Paris) – Membres associés : Rémi Babinet (président BETC-Euro RSCG), Martin Béthenod (délégué aux Arts plastiques), Fabrice Bousteau (directeur de Beaux Arts magazine), Christophe Girard (adjoint au maire de Paris - chargé des Affaires culturelles), Pascal Morand (directeur général de l’Institut français de la Mode).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°182 du 5 décembre 2003, avec le titre suivant : La FIAC change de pilotes

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