Mercredi 13 novembre 2019

La Bretagne - La bonne cote de la côte

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 27 juin 2011 - 937 mots

Le littoral breton attire depuis plus de deux siècles les peintres. Très appréciées, les vues maritimes séduisent de très nombreux amateurs collectionneurs.

Largement diffusée au-delà de ses frontières, la peinture bretonne constitue la plus grande école régionale de peinture. Dès les années 1830, des artistes se lancent à la découverte de la Bretagne pour son aspect pittoresque : ses impressionnants sites naturels, ses vestiges celtiques (menhirs et dolmens) et son folklore (coutumes et costumes). Il n’existe pas encore à proprement parler d’école bretonne. Mais « un grand changement intervient avec l’école de Pont-Aven. La Bretagne rentre alors dans l’avant-garde picturale, note le spécialiste Romane Petroff. Dans la mouvance de Pont-Aven, de très nombreux artistes étrangers (anglais, américains, russes, polonais…) viennent travailler en Bretagne, populariser son image et, surtout, démontrer que la Bretagne est sur le plan artistique une terre d’échange, d’ouverture et d’accueil. »

Des colonies de peintres s’installent en bord de mer, notamment à Concarneau où se concentrent des artistes très divers. Ils sont séduits par le renouvellement, le mouvement permanent de la Bretagne, ses côtes, ses marées et son activité portuaire. Mais aussi par la lumière changeante, si précieuse pour la mouvance post-impressionniste, avec ses effets d’éclairage puissants. Sauf exception, les amateurs de vues maritimes bretonnes préfèrent les paysages animés de personnages ou d’éléments symbolisant l’activité humaine (un bateau rentrant au port, des filets de pêche…), où ils peuvent identifier la région.

La période de l’entre-deux-guerres est propice à l’intégration d’un langage plastique plus moderne, en même temps que persiste une farouche volonté d’exprimer le sujet. « Les peintres ont suivi l’enseignement de leur temps ; ils ont regardé ce qui se faisait ailleurs », rapporte Romane Petroff. On peut citer les peintres bretons Yves de Kérouallan (1895-1984) et Mathurin Méheut (1882-1958). Ce dernier jouit d’une importante notoriété en Bretagne dont il est un emblème artistique. Mais, s’il a été très fécond, il faut aussi faire le tri dans son œuvre, la qualité n’étant pas toujours au rendez-vous. Pour beaucoup, Méheut est davantage considéré comme un très grand illustrateur et un décorateur hors pair que comme un grand peintre. Il reste donc peu prisé sur le marché international. Sa cote atteint au grand maximum 60 000 euros.

La Bretagne moderne 

Artiste belge venu en Bretagne en 1925 et 1926, Paul Auguste Masui (1888-1981) est reparti peindre dans son atelier du Nord ses compositions de marins dans leur vie quotidienne, à partir de croquis réalisés sur place. Sa palette riche en couleurs (le rose fané de la vareuse du pêcheur) est en phase avec la vigueur de son dessin moderne. « Il évite toute anecdote, dépasse le pittoresque, va à l’essentiel. C’est une peinture forte, solidement structurée. L’artiste a choisi de rester figuratif avec un goût prononcé pour la synthèse et une touche d’expressionnisme. Si la peinture de Masui témoigne de son temps, elle est aussi intemporelle », décrit Catherine Puget, ancienne conservatrice du Musée de Pont-Aven où Masui a eu une rétrospective en 2007. 

La Bretagne mélancolique 

Peintre réaliste d’origine auvergnate, Charles Cottet (1863-1925) découvre la Bretagne en 1886, à 23 ans. Il s’installe comme d’autres artistes à Camaret et représente des scènes pittoresques de la rude vie des marins et le port de la ville dans une palette sombre. Ce qui lui vaut de faire partie de la « Bande noire », surnom donné à un groupe d’artistes français comprenant Lucien Simon, André Dauchez, Émile-René Ménard et Marcel Sauvaige qui, séduits par les violents contrastes du pays breton, réalisent des œuvres aux couleurs sombres et aux lumières rares et fragiles. Cette composition du petit port breton au soleil couchant est proche de Rayons du soir, port de Camaret (1892), au Musée d’Orsay. 

La Bretagne  post-impressionniste 

« Je suis dans un pays superbe de sauvagerie, un amoncellement de rochers terrible et une mer invraisemblable de couleurs », écrit Claude Monet à Gustave Caillebotte en 1886. Le peintre impressionniste se trouve à Belle-Île, la plus grande des îles bretonnes, restée peu visitée par les artistes du XIXe siècle. L’artiste est venu peindre des paysages différents, dans une nature peu facile à apprivoiser avec des falaises à pic et un temps changeant sans cesse. À sa suite, les peintres post-impressionnistes Henry Moret (1856-1913) et Maxime Maufra (1861-1918) viendront y saisir leur vision des éléments marins, dans des gammes chromatiques audacieuses, respirant une intense poésie de la mer, à l’instar de cette peinture de Moret où l’espace est rythmé par les roches. L’extraordinaire vibration atmosphérique marine est rendue à l’aide de couleurs intenses (bleu, vert, violet).

La Bretagne aujourd’hui 

Le paysage maritime trouve un renouveau à travers quelques artistes contemporains inspirés par les côtes bretonnes, dont Matthieu Dorval. Tendant vers l’abstraction, les œuvres du peintre empruntent à la nature maritime ses couleurs, ses lignes et sa force géologique originelle. Elles font l’impasse sur toute présence humaine. Pour Françoise Livinec, « Matthieu Dorval initie une écriture singulière en lien direct avec la nature. L’instantanéité de son geste, la vivacité des couleurs, l’harmonie de ses compositions expriment l’immuable force poétique des éléments ». L’artiste est exposé au Port-musée de Douarnenez jusqu’au 2 novembre 2011.

Acheter des bords de mer bretons

Maison de ventes Dupont & Associés, 37, rue de Paris, Morlaix (29), tél. 02 98 88 08 39, www.morlaix-encheres.com

Maison de ventes Thierry-Lannon & Associés, 26, rue du Château, Brest (29), tél. 02 98 44 78 44, www.thierry-lannon.com

Galerie Françoise Livinec, 25, rue du Pouly, Huelgoat (29), tél. 02 98 99 75 41 et 29/33, avenue Matignon, Paris-8e, tél. 01 40 07 58 09, www.galeriesfrancoiselivinec.com

Galerie Louis Rançon, 12, rue de la Visitation, Rennes (35), tél. 02 23 20 05 18, www.galerie-rancon.com

Questions à… Sandrine Dupont De Pascali Commissaire-priseur à Morlaix

Armelle Malvoisin : Pourquoi vos ventes de « Traditions bretonnes » incluant des tableaux maritimes attirent-elles un public international ?
Sandrine Dupont De Pascali : Depuis le XIXe siècle, des peintres venant des quatre coins de l’Europe ont sillonné la Bretagne et ses bords de mer, attirés par son côté pittoresque et les effets chromatiques de sa lumière. Nombre de collectionneurs sont à la recherche de toiles de leurs artistes nationaux ayant séjourné en Bretagne, ouvrant ainsi le marché des sujets bretons. Par exemple, une vue de Roscoff par le pointilliste Théo Van Rysselberghe séduira des amateurs belges.

A.M. : À quoi s’attachent les amateurs de vues de mer bretonnes ?
S.D.D.P : Les amoureux de la mer ne s’attachent pas uniquement à la Bretagne : chaque tableau illustrant la mer (en Bretagne ou ailleurs) est choisi pour la beauté des éléments (plutôt une eau calme qu’une mer agitée) et la poésie qui s’en dégage. Les collectionneurs régionaux recherchent une peinture maritime plutôt ancrée dans le pays et les mœurs de leurs ancêtres, avec un paysage correspondant à un lieu identifié qu’ils affectionnent et des éléments de folklore local (un sardinier, des goémoniers…).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°637 du 1 juillet 2011, avec le titre suivant : La Bretagne - La bonne cote de la côte

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