Ventes publiques

Marché de l’art

Jurassic Park, le retour

Par Martine Robert · L'ŒIL

Le 21 février 2019 - 787 mots

PARIS

Le dinosaure est tendance. Au-delà des muséums d’histoire naturelle, il intéresse particuliers et entreprises. Mais du fait de sa rareté et de sa taille, il reste évidemment un marché de niche.

Le 16 avril 2019, la maison de ventes aux enchères Binoche et Giquello proposera à Drouot quatre dinosaures : un couple d’Hypacrosaurus, des carnivores provenant du Montana et datant de l’ère du crétacé, il y a 65 à 75 millions d’années, estimé autour de 500 000 euros ; une scène de combat entre un bipède herbivore Othniela et un prédateur carnivore Ornitholestes hermanni de la formation de Morrison, au milieu de l’âge du kimméridgien, soit il y a environ 154 millions d’années, évaluée entre 750 000 et 900 000 euros. Un an auparavant, la même maison adjugeait en ligne sur Drouot Digital un Allosaurus aux « 60 dents affûtées » et un Diplodocus « de 12 m du nez à la queue » pour plus de 1,4 million d’euros, bien au-delà de ce qui était espéré. On attendait 550 000 à 650 000 euros de ce carnivore vieux de 150 millions d’années, complet à 60 % et long de près de 3,8 m, et pas plus de 450 000 à 500 000 du Diplodocus vivant à la même période dans la zone ouest de l’Amérique du Nord.

« Ces résultats sont exceptionnels, même s’il ne s’agit pas de records. Le même acheteur a acquis les deux dinosaures, un particulier étranger », se félicitait Drouot. « Cela révèle l’intérêt d’une nouvelle génération envers l’ère jurassique », renchérissait Iacopo Briano, paléontologue expert de la vente. Le commissaire-priseur Claude Aguttes a lui aussi dépassé les attentes le 4 juin dernier. Il avait ingénieusement exposé au premier étage de la tour Eiffel le squelette d’un carnivore de 9 m de long et de plus de 152 millions d’années. Ce spécimen de la famille des théropodes, armé de 72 dents, estimé 1,2 à 1,8 million d’euros, avait été cédé pour plus de 2 millions.

Rareté

Ces animaux quasi mythologiques fascinent depuis le XVIe siècle, disputés par les amateurs de curiosités et les collectionneurs d’ossements préhistoriques, fossiles et minéraux. Les artistes relancent au XXe siècle l’attrait pour ces objets, source d’inspiration et d’expérimentation. Aujourd’hui, alors que ces squelettes à vendre ne sont pas légion, leur adjudication peut rapporter un, voire plusieurs millions d’euros, car ils sont convoités à la fois par les musées, les grands collectionneurs privés européens, les entreprises et de nouveaux amateurs venus de Chine et de Russie.

« Le marché des fossiles n’est plus réservé aux scientifiques, les dinosaures sont devenus branchés, de véritables objets de décoration », expliquait encore Iacopo Briano lors de la vente Binoche et Giquello de l’an dernier. « Nombre d’entreprises savent désormais combien le dinosaure est un parfait ambassadeur commercial… Vous voulez qu’on parle de vous, de votre société ? Alors achetez un dinosaure, c’est un produit à la mode », renchérit l’expert Éric Mickeler.

La rareté du spécimen, le pourcentage d’os véritables, la beauté du crâne, la qualité des os déterminent le prix. Plus un squelette est complet, plus l’animal préhistorique vaut cher. Généralement, les carnivores sont davantage cotés que les herbivores et les traces de combats ou de maladies incurables constituent plutôt des atouts permettant d’enrichir la narration dans les catalogues de vente.

Mais attention, prévient Éric Mickeler, « seuls les dinosaures “en règle” se vendent excellemment bien, un peu comme les tableaux de maître, c’est la preuve d’un marché qui s’autorégule ». Ainsi, les deux géants carnassiers de l’ère jurassique (148 à 154 millions d’années), un Allosaurus et un Camptosaurus, découverts dans le Wyoming aux États-Unis, et mis en vente par un collectionneur chez Artcurial à Paris le 21 novembre, n’ont pas trouvé preneur. Estimés chacun entre 500 000 et 800 000 euros, ils n’ont pas atteint leur prix de réserve. Et pour cause : Éric Mickeler avait contesté la formulation de leurs notices et introduit une requête auprès du Conseil des ventes volontaires. Si celui-ci, après délibérations, avait décidé de rejeter les contestations et de ne pas suspendre la vente aux enchères, la démarche de l’expert avait suffi à insinuer le doute chez les acheteurs potentiels.

« Un dinosaure est un bon placement si vous savez acheter un spécimen avec toutes ses garanties, la copie de la concession minière octroyée, sa carte de fouille, sa carte ostéologique, ses documents douaniers acquittés », insiste Éric Mickeler. Très investi dans la promotion du dinosaure, l’expert promet « une année 2019 remarquable ». Il va d’ailleurs exposer un squelette « dans un aéroport britannique très fréquenté » et créer le « Label Éric Mickeler Fossile » destiné à garantir les meilleurs spécimens. Le marché des dinosaures reste néanmoins petit, vu les prix demandés et la taille de ces carcasses préhistoriques : il se vend rarement plus de cinq spécimens par an aux enchères dans le monde.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°721 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : Jurassic Park, le retour

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