Mercredi 14 novembre 2018

Du bronze au prix de l’or

Splendeur de la sculpture Louis XIV en vente à Drouot

Le Journal des Arts

Le 18 avril 2003 - 754 mots

La vente par la SVV Beaussant-Lefèvre le 25 avril prochain à Drouot d’un exceptionnel ensemble de bronzes français de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe, provenant des collections de Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville, contrôleur général des Finances et ministre de la Marine de Louis XV, promet d’être un des événements du printemps sur le marché de l’art parisien.

PARIS - Le 25 avril à Drouot, la SVV Beaussant-Lefèvre proposera trois bronzes d’époque Louis XIV montés sur des socles en bronze doré d’époque Louis XV marqués au “C” couronné, apposé sur tout ouvrage contenant du cuivre vendu entre 1745 et 1749. Il s’agit d’Apollon terrassant le serpent Python (haut. 68,5 cm), estimé 50 000-60 000 euros et d’une paire d’Enlèvements, l’un de Déjanire par le centaure Nessus (haut. 49,5 cm), l’autre d’une Sabine par un cavalier (haut. 48 cm), estimée entre 80 000 à 100 000 euros. Ces sculptures proviennent des collections de Jean-Baptiste de Machault, comte d’Arnouville (1701-1794), qui fut une des personnalités politiques les plus importantes du règne de Louis XV : maître des requêtes en 1738, contrôleur général des Finances en 1745, ministre d’État en 1749, garde des sceaux en 1750, ministre de la Marine en 1754. Ayant hérité des terres d’Arnouville en 1750, il y fit construire un château, qui ne fut jamais achevé. L’homme tomba en disgrâce en 1757. Entre-temps, il avait fait des dépenses somptuaires pour meubler sa propriété et constitué une collection d’objets d’art, de la fin des années 1740 jusqu’au début des années 1760. Arrêté lors de la Révolution, il mourut emprisonné pendant la Terreur le 12 juillet 1794, tandis que ses biens furent saisis. Sa famille put cependant les récupérer et, lors de la prisée du mobilier d’Arnouville réalisée en 1798 dans le cadre de la succession, l’inventaire mentionna près de 1 180 lots. Les propriétaires actuels de ces bronzes sont les descendants en ligne directe, à la septième génération, de Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville.
Les bronzes de la collection Machault d’Arnouville datent de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe et présentent des intonations bien françaises. Celui représentant Apollon vainqueur du serpent Python offre une iconographie rare en France à cette époque et semble trouver son inspiration dans un groupe de la deuxième moitié du XVIe siècle, de deux mètres de hauteur, conservé au Musée du Louvre et attribué à Giovanni Francesco Rustici (1474-1554). Il fut présenté au XVIIIe siècle dans les jardins du château de Meudon, acheté par Louis XIV en 1694 pour l’offrir à son fils le grand dauphin. L’Enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus et L’Enlèvement d’une Sabine par un cavalier sont directement inspirés de Jean de Bologne et de son élève Antonio Susini, mais restent typiquement français. Ils pourraient avoir été créés par un ou des artistes de l’entourage de François Girardon.
Au cours de la même vente, les amateurs pourront être tentés par d’autres modèles de la collection, tels : La Venus de Médicis et L’Antinoüs du Belvédère, estimés entre 20 000-30 000 euros la paire, des réductions de statues antiques conservées à Rome et à Florence ; une rare paire de statuettes en bronze doré et argenté intitulée Les Braconniers  (haut. 28,5 cm) et Chasseurs à la lanterne et au filet (haut. 29,5 cm), fondue en Allemagne au XVIIe siècle et réalisée d’après des gravures de Dürer, estimée 80 000 euros, ou encore par un Lion attaquant un cheval (haut. 22 cm, long. 31 cm), un travail italien du XVIIe siècle de l’entourage de Susini, estimé 45 000 à 60 000 euros. Pour Guillaume Dillée, expert de cette vente, le fait que les bronzes de la collection Machault d’Arnouville aient été conservés dans la même famille depuis la fin du XVIIIe siècle constitue déjà un intérêt certain pour les amateurs, indépendamment de l’attribution des socles au “C” couronné, établie avec certitude à Jean Duplessis, bronzier de la cour. “Ce sont de superbes sculptures, nous a déclaré l’expert. J’espère bien que les estimations seront largement dépassées, non seulement pour les pièces de la collection Machault mais aussi pour cette rare paire de statuettes en bronze doré et argenté du XVIIe siècle, l’une inspirée du modèle de Jean de Bologne pour l’oiseleur [Les Braconniers] et l’autre créée pour faire pendant.”

MOBILIER ET OBJETS D’ART

Vente le 25 avril, Drouot-Richelieu, salle 1 et 7, 14 heures, SVV Beaussant-Lefèvre, tél. 01 47 70 40 00 ; expert : Guillaume Dillée, tél. 01 53 30 87 00, exposition le 24 avril 11h-18h et le 25 avril 11h-12h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°169 du 18 avril 2003, avec le titre suivant : Du bronze au prix de l’or

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