Mercredi 17 octobre 2018

Drouot, la saison reprend

Les ventes d’automne : école de Pont-Aven, céramiques islamiques, monnaies, faïences

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 1017 mots

La saison reprend à Drouot avec une vente de tableaux de Pont-Aven chez Me Buffetaud, le Portrait de Ramel par David, estimé entre 6 et 10 millions de francs, chez Me Binoche, une belle collection de céramique islamique chez Me Boisgirard, des monnaies chez Mes Delorme et Fraysse, et deux grandes vacations de faïences, chez Me Tajan et Mes Pescheteau-Badin, Godeau & Leroy.

PARIS - Une très importante collection de tableaux de l’école de Pont-Aven, constituée par le sculpteur et architecte d’intérieur Jean Le Corronc et conservée par sa fille unique Marcelle, décédée cette année, sera dispersée par Me Éric Buffetaud le 30 octobre. Gardé à Lorient dans la maison néogothique que Jean Le Corronc avait lui-même dessinée, l’ensemble comprend une cinquantaine de tableaux, estimés, très modestement, entre 3 et 4 millions de francs.

Des couleurs presque fauves
De Gustave Loiseau, l’un des tout premiers peintres de Pont-Aven, Me Buffetaud présente dix-sept tableaux – quelques aimables natures mortes et paysages, estimés autour de plusieurs dizaines de milliers de francs, ainsi que de belles scènes impressionnistes, estimées de 150 000 francs (Le champ de blé) à 500 000 francs pour Le quatorze juillet, rue de Clignancourt. Les sardiniers, une scène de mer très longue (1,35 m) et très mouvementée par Henry Moret, est estimée entre 100 000 et 150 000 francs. Du même artiste, La rade de Lorient, vers 1895-1896, est, elle, estimée entre 400 000 et 500 000 francs.

Le style de Pont-Aven, chez un artiste étranger comme O’Connor, est magnifiquement illustré par deux portraits de Bretonnes, estimés chacun entre 150 000 et 200 000 francs. La première, peinte en 1887, peu après son arrivée en Bretagne, est anecdotique et sentimentale – victorienne, en somme. Radicalement différente, la seconde toile, datée de 1895, est composée de vifs à-plats de couleur, dénués de détails.

La vente comprendra un beau paysage au pastel d’Émile Jourdan, estimé 100 000 francs, et un paysage d’O’Connor de 1893, d’une intensité de couleurs presque fauve. La vue d’un verger d’Émile Bernard, qui date de sa première visite à Pont-Aven en 1886, à l’âge de dix-huit ans, est une œuvre déjà plus qu’affirmée. L’aquarelle La barrière de Gauguin, estimée 800 000 francs, une rare œuvre de Charles Laval, a été exécutée en même temps, et du même point de vue que la célèbre huile sur toile de Gauguin, La barrière.

Des motifs animaliers pré-islamiques
Le 18 octobre, trois études parisiennes, celles Me Jean-Claude Bino­che, Mes Rieunier, Bailly-Pommery et Mes Oger, Dumont, mettront en vente le très sobre, très intelligent et surtout très rare portrait par Jac­ques-Louis David du ministre des Finances révolutionnaire Domi­nique-Vincent Ramel-Nogaret, estimé entre 6 et 10 millions de francs (lire le JdA n° 17, octo­bre, p. 49).

De nombreux lots de mobilier, ainsi que dix pièces provenant de la collection Eudoxe Marcille, constituée au début du XIXe siècle, seront également dispersés : un portrait au pastel de Voltaire par Maurice-Quentin de La Tour, estimé 1,5 million de francs, celui du maréchal Junot attribué à David, et cinq dessins de Prud’hon, dont Joseph et la femme de Putiphar, estimé un million de francs. À quelques semaines de la vente, le David et le La Tour n’avaient toujours pas reçu leur certificat de libre circulation...

Racheté chez Sotheby’s
88 lots de céramique islamique, collection d’un docteur suisse, constituent la première partie de la vente "Arts d’orient" organisée par Me Claude Boisgirard le 5 octobre. Particulièrement vaste, d’excellente qualité et en très bonne condition, cet ensemble couvre les périodes abbassides et mongoles, du XIIIe au XIVe siècle. Les pièces vont de seize lots de céramiques "de trois couleurs" de Samarcande et de Nichapour, du IXe au Xe siècle, décoré de motifs animaliers pré-islamiques, inspirés de modèles sassanides et byzantins, jusqu’à des coupes des XIIe et XIIIe siècles, fabriquées avec la technique "de petit feu", parmi les plus rares et les plus précieuses de la production musulmane.

La plupart des estimations sont modestes, la plus importante étant celle de 80 000 à 90 000 francs pour une coupe Minai, XIIe-XIIIe siècles en bleu, rouge et turquoise sur glaçure blanche, son centre décoré d’un beau cavalier. Traversée d’une inscription coufique en bleu de cobalt sur une glaçure opaque, une coupe abbasside d’Iraq, du VIIIe siècle, est estimée entre 25 000 et 35 000 francs.

Le clou de la vente de Me Marc-Arthur Kohn, le 19 octobre à Drouot-Montaigne, sera Nu dans un intérieur, 1908, une très bonne toile peu connue de Pierre Bonnard, estimée entre 5 et 6 millions de francs. Danse italienne à Frascati, la copie par Corot d’un tableau de Michallon, actuellement au Louvre, est estimée entre 1,2 et 1,5 million de francs – soit environ 150 000 livres, la somme à laquelle le tableau, dont la mauvaise condition décourageait les enchérisseurs, a été racheté le 15 juin 1994 à Londres, chez Sotheby’s.

Les petites manufactures du Nord
Madame Hessel au chapeau chez sa cousine Madame Aron, future Madame Bernard, 1912, d’Édouard Vuillard, estimée autour de 600 000 francs seulement chez Me Kohn, avait été vendue en 1989 chez Me Francis Briest pour 1,4 million de francs. En revanche, Femme mettant ses bas, vers 1908, de Bonnard, est estimée entre 4,5 et 5 millions de francs, nettement plus que son prix de 500 000 dollars, soit 3,2 millions de francs de l’époque chez Sotheby’s New York, en mai 1989.

Les 18 et 19 octobre, Mes Delorme et Fraysse disperseront quelque 800 lots de monnaies provenant de deux collections, l’une consacrée à des pièces grecques, celtes, byzantines, et surtout romaines, l’autre à la période 1750-1950, et plus particulièrement de la Révolution française et celles de l’Empire.

Le 2 octobre, Me Jacques Tajan mettra aux enchères un ensemble de céramiques françaises et européennes, principalement du XVIIIe siècle, qui comprend une collection de faïences des petites manufactures du Nord telles que Desvres, Hesdin, Lille, Saint-Omer et Saint-Amand. Le lendemain, Mes Peschetau-Badin, Godeau et Leroy disperseront plus de deux cents lots de faïences et porcelaines anciennes, françaises et étrangères, dont douze assiettes en porcelaine dure de Paris, peintes par Feuillet au début du XIXe siècle, estimées 50 000 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Drouot, la saison reprend

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