Dimanche 18 février 2018

De l’Islam tranquille

Ventes sans surprises chez Mes Boisgirard et Tajan

Le Journal des Arts

Le 16 novembre 2009

L’absence d’acheteurs européens, et parfois de certains clients proche-orientaux, la surabondance d’objets mis en vente à Drouot depuis un an fragilisent le marché de l’art islamique, habituellement plus dynamique et à l’abri de la morosité économique am­biante. En témoignent deux ventes récentes.

PARIS - Une collection de vingt-deux céramiques de Çanakkale, ville turque célèbre depuis la fin du XVIIe siècle pour ses faïences – rarement vues sur le marché parisien –, se trouvait au cœur de la vente "Arts d’Orient" de Me Claude Boisgirard les 19 et 20 octobre. Toutes, sauf trois de ces plats et statues d’animaux du XVIIe au XIXe siècle, vigoureusement dessinés et colorés, se sont vendues, souvent bien au-dessus de leur estimation. Un grand plat aux fleurs, décoré en bleu de cobalt, vert et rouge, adjugé 57 000 francs, a triplé son estimation. Un autre, décoré d’un médaillon en blanc et engobe bleu, a quadruplé la sienne pour partir à 54 000 francs.

Ce sont surtout des acheteurs turcs, grecs et arméniens qui assistaient à cette vente. L’art ottoman, en général, et la calligraphie, en particulier, se sont bien vendus, mais moins bien les autres spécialités – notamment la céramique – en partie du fait de l’absence d’acheteurs européens. Un peu plus de la moitié des lots ont trouvé preneur.

Le secteur du tableau orientaliste
Réalisant un produit total de 3 385 750 francs, avec deux tiers des lots vendus, la vente "Art d’Islam" de Me Tajan organisée le 7 novembre, pendant la foire d’Istanbul, a néanmoins pâti de l’absence d’enchérisseurs turcs et de quelques amateurs marocains importants. D’où le manque d’intérêt pour certains beaux manuscrits en maghribi, la graphie caractéristique de l’Afrique du Nord, tels ce Coran marocain de 1619, estimé entre 15 000 et 20 000 francs, ou un recueil de prières de 1625, estimé 7 000 à 10 000 francs, tous deux invendus.

Recherchées par des acheteurs du Proche-Orient – qui étaient dans certains cas accompagnés de leurs interprètes –, les armes, en revanche, se sont pour la plupart bien vendues. Un tufenk, ou fusil à silex ottoman du XVIIIe siècle, est parti à 52 000 francs, en dessous de son es­timation, mais d’au­tres fusils, dont deux moukahla algériens du XIXe siècle, richement ornés de laiton ciselé et de corail, vendus 12 000 et 16 000 francs, ont facilement dépassé la leur. Quatre frises en bois, l’une égyptienne XIe-XIIIe siècle, les autres marocaines XIVe siècle, ont également attiré de bonnes enchères en raison de leur rareté.

Le secteur du tableau orientaliste reste pourtant bien fragile. Me Tajan n’a vendu qu’un peu plus de la moitié des 58 œuvres de cette école, avec toutefois quelques bons résultats : La grande caravane d’Eugène Girardet a été adjugée 440 000 francs, son estimation, et Caravane de pèlerins allant à la Mecque, par Théodore Frère, 130 000 francs, son estimation haute, tandis que Maison et café au bord de l’eau en Asie Mineure, de Charles-Émile Vacher de Tournemine (estimation 80 000-120 000 francs) partait à 135 000 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : De l’Islam tranquille

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