Mardi 10 décembre 2019

De l’art ou de la BD ?

Par Marie Zawisza · L'ŒIL

Le 22 février 2018 - 834 mots

Une planche de BD s’inscrit dans le flux narratif d’un album destiné à être publié. Un dessin contemporain est autonome. Et pourtant, les emprunts réciproques entre ces deux modes d’expression se développent, comme le met en lumière l’exposition du salon Drawing Now.
Collectionner -  Tapez le nom du dessinateur britannique Glen Baxter sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia, vous y lirez qu’il « pratique la bande dessinée », alors qu’il n’en a jamais réalisé. « Il arrive cependant qu’il influence des auteurs d’albums et qu’on lui demande de prêter des œuvres pour des festivals du 9e art », nuance sa galeriste Isabelle Gounod. De fait, les frontières s’estompent : la bande dessinée a investi le marché de l’art, et ses auteurs sont désormais considérés comme des artistes. « Nous ne voulons pas faire la distinction entre dessin et illustration », confie d’ailleurs Amélie Payan, de la Galerie Martel, spécialisée dans la bande dessinée et l’illustration. Afin de réfléchir aux ponts entre ces pratiques, le salon Drawing Now propose pour sa douzième édition de mettre en regard dessins d’artistes et d’auteurs de BD dans une exposition conçue en partenariat avec la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême. Une occasion pour les collectionneurs d’affûter leur regard avant de parcourir les stands des soixante-douze galeries de la foire de dessin contemporain.

Si ce dialogue entre plasticiens et auteurs de bande dessinée est aujourd’hui très actif, il n’en est pas moins le fruit d’une longue évolution du regard, qui remonte au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’Andy Warhol a fait de Superman un héros pictural et que Roy Lichtenstein a fait parler ses personnages dans des bulles. En France, à la même époque, la Figuration narrative s’inspirait elle aussi de l’esthétique de la BD et, dans les années 1980, la Figuration libre prenait le relais par son éloge de la culture populaire. Depuis une dizaine d’années, avec la montée en puissance de l’Art brut, le monde de l’art découvre des œuvres, souvent narratives, où le texte a une importance particulière. Parallèlement, la bande dessinée, désormais reconnue par le marché de l’art, a fait un pas vers l’art contemporain. « Par leurs formats, leurs couleurs, leur narration, les romans graphiques se rapprochent aujourd’hui beaucoup de l’univers de l’art contemporain : certains sont presque des livres d’artistes ! », observe Émilie Ovaere-Corthay, directrice de la Galerie Jean Fournier et passionnée de BD. Désormais, on écrit avec des images comme on dessine avec des lettres.

Drawing Now
Art Fair,
du 22 au 25 mars 2018. Le Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, Paris-3e, www.drawingnowparis.com


Environ5 000 €
4_Alexandre Léger Un dessin monumental ? Un album de BD ouvert ? On hésite. Cette œuvre récente à l’aquarelle et au crayon se compose de neuf planches assemblées. Chacune représente un ouragan dont elle porte le nom : Paloma, Félix, Rita… Si ces Figures ailées constituent le premier assemblage d’Alexandre Léger, ce dessinateur passionné par les liens possibles entre les images et les mots, féru de mots croisés, a produit plusieurs séries qui incluent texte et dessin, qui ont dans ses œuvres une importance égale. Un dessin petit format d’Alexandre Léger se négocie autour de 900 €.
Galerie Bernard Jordan, Paris.
2 000-2 500 €
3_Icinori Mayumi Otero et Raphaël Urwiller, qui forment le duo d’artistes Icinori, se définissent comme « dessinateurs/plasticiens/éditeurs ». Et pour cause : ils ont un projet de bande dessinée en cours, illustrent et éditent des livres, dessinent pour la presse et… pour l’amour de l’art ! « Certains artistes ont une carrière plus vaste que celle connue du grand public, comme Tomi Ungerer, célèbre pour ses livres, moins pour ses dessins érotiques », commente leur galeriste Amélie Payan. Ce dessin d’une série hors album de Volcans et Barrages présentée en focus sur le stand de la Galerie Martel à Drawing Now en témoigne.
Galerie Martel, Paris.
3 500 €
2_Glen Baxter Un jour, Glen Baxter, diplômé des beaux-arts, est invité à New York à un colloque de poésie. Cet amoureux des surréalistes lit quelques poèmes de son cru devant la salle, en les liant à ses dessins. Le public est hilare.De ses œuvres au coloriage évoquant le monde de l’enfance et des BD, peuplées de cow-boys et de boy-scouts, se dégage un sentiment de fausse naïveté, d’incongruité, de décalage, qui fait le délice de ses amateurs et des collectionneurs (parmi lesquels le prince Charles !), toutes générations confondues. Un dessin petit format s’achète 3 500 €, un grand format 7 500 €.
Galerie Isabelle Gounod, Paris.
800 €
1_Christophe Robe Qu’importe si les œuvres de Christophe Robe bannissent tout mot qui se rattacherait à elles, jusqu’au titre… Avec leurs couleurs vives, leurs aplats, leurs contours très marqués évoquant avec poésie la « ligne claire » style Tintin ou l’univers manga, les dessins oniriques sans titre de ce grand amateur de BD éveillent l’imagination. On peut imaginer ici un paysage urbain, industriel : le décor est planté et semble contenir le début d’une narration. Chaque dessin comme chaque tableau de l’artiste, apparaît, comme portant en lui un univers aux confins du roman graphique.
Galerie Jean Fournier, Paris.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°710 du 1 mars 2018, avec le titre suivant : De l’art ou de la BD ?

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