Dimanche 21 octobre 2018

États-Unis

De l’abondance à la surabondance

Des foires pour tous les goûts et toutes les bourses

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 921 mots

La multiplication des foires d’art et d’antiquités aux États-Unis entretient une compétition acharnée entre organisateurs, comme en témoigne le retour significatif de l’Art 1995 Chicago. Un foisonnement de manifestations qui se traduit par une grande disparité des publics concernés : de la contre-culture aux amateurs opulents.

NEW YORK - Parmi la pléthore de foires d’art et d’antiquités qui ont lieu aux États-Unis, cinq d’entre elles jouent un rôle de premier plan : l’Art 1995 Chicago, au Navy Pier, un projet de Thomas Blackman Associates ; le San Francisco Fall Antiques Show ; l’Art Show de New York, organisé par l’Art Dealers Association of America (ADAA) ; l’International Fine Art and Antique Dealers Show de New York (IFAAD), organisé par Brian et Anna Haughton, et le Winter Antiques Show, toujours à New York. Ces foires sont préparées par des comités de bénévoles d’importantes associations caritatives, et donnent toujours l’impression d’un équilibre heureux entre antiquaires, œuvres d’art et visiteurs.

Mais la concurrence reste féroce : après plusieurs années d’affrontements entre les trois foires d’art contemporain de Chicago, l’Art 1995 Chicago revient triomphalement au Navy Pier (du 11 au 16 mai). Thomas Blackman règne désormais en maître, après avoir supplanté son ancien directeur, John Wilson, du Lakeside Group, et David J. Lester, président d’Inter­national Fine Art Expositions.

La manifestation de Chicago – en ayant lieu au même moment que les plus grandes ventes de printemps de Christie’s et Sotheby’s New York – a été très importante pour le marché de l’art à la fin des années quatre-vingt et conserve encore son excellente réputation. Alors que la foire Art 1995 Chicago se limite strictement à l’art contemporain, l’Art Show de New York (du 23 au 27 février) est un étonnant mélange d’art moderne et d’art contemporain, qui regroupe des exposants tous adhérents de l’ADAA, le club huppé des marchands d’art américains.

Le San Francisco Fall Antiques Show, la première foire d’antiquités de la côte Ouest, attire une clientèle très fortunée. Une manifestation dominée par les décorateurs, au cours de laquelle les objets les plus voyants et les plus spectaculaires se sont bien vendus en octobre dernier.
Le Winter Antiques Show de New York a lieu chaque année en janvier.

Cette élégante doyenne des foires américaines n’a subi aucune concurrence pendant des décennies, jusqu’à l’émergence, en 1989, de l’IFAAD. Depuis le succès phénoménal de cette première édition de l’IFAAD, le Winter Antiques Show a adopté une procédure de sélection à l’européenne, en instituant un examen destiné à authentifier les œuvres d’art exposées.

Les artistes de la"Génération X"
Des foires moins importantes, telles que celle des Artistes américains de Philadelphie – organisée par le comité des femmes de l’Académie des beaux-arts de Pennsylvanie –, proposent des œuvres bon marché aux musées qui cherchent à compléter leurs collections :“C’est une foire qui couvre l’ensemble de l’art américain", déclare Lily Downing, l’un des directeurs de la galerie Geral Peters à New York.

Parmi les manifestations qui retiendront l’attention en 1995, la Gramercy International Contem­porary Art Exhibition – créée par les marchands de Soho Pat Hearn et Paul Morris –, s’installera en mai au Gramercy Park Hotel de Manhattan. Sur la côte Ouest, la San Francisco Art Fair – organisée par Heike Kempken, la fondatrice de l’UNFAIR de Cologne – vient de fermer ses portes le 29 janvier au Phoenix Hotel. Ces réunions sont devenues des foyers de l’art contemporain, proches de la contre-culture et relativement bon marché, où l’on découvre les nouvelles tendances.

Exposer dans ces hôtels, où les marchands louent des suites et accrochent les œuvres aussi bien dans les toilettes que sur les murs, est devenu une obligation pour les jeunes artistes de la"Génération X" qui souhaitent faire parler d’eux. Atmosphère mondaine de rigueur.

Concurrencer les salles des ventes
La prolifération des foires aux États-Unis provient pour une grande part de l’envie qu’ont les marchands de rivaliser avec les grandes ventes organisées dans les salles de vente. Ils souhaitent, eux aussi, attirer les riches collectionneurs. Comme l’explique Barbara Mathes, spécialisée dans l’art moderne et contemporain,"les foires, comme les ventes aux enchères, forcent la décision d’achat. Le collectionneur craint toujours que quelqu’un se porte acquéreur de l’œuvre de ses rêves."

La plupart des marchands américains participent aux foires."J’essaie de choisir les foires prestigieuses et celles où je peux espérer rencontrer de nouveaux clients", confie Mary-Anne Martin, grande spécialiste de l’art d’Amérique latine à New York."En un sens, ce sont les foires qui vous choisissent", explique Gaylord Dillingham, de Dillingham and Company, le marchand de meubles anglais de San Francisco."Ma décision de participer à l’IFAAD a été simple : j’étais flatté qu’on me le demande ! Plus sérieusement, le marché émane de New York, et je souhaite exposer là où se trouvent les clients."

Cependant, en dépit du nombre croissant de foires, certains galeristes persistent à ne pas y participer, alors même que plusieurs organisateurs offrent des espaces gratuits aux marchands de renom afin d’attirer le maximum d’exposants."Je n’ai jamais participé à une foire d’art", souligne Michael Rosenfeld, un marchand spécialisé en art moderne américain. "J’ai une grande galerie sur la 57e Rue, où les clients sérieux peuvent me trouver.

Les foires d’art demandent beaucoup d’énergie. J’ai été tenté parce que c’est un bon moyen de rencontrer de nouveaux clients, mais je n’ai pas vraiment le temps". Ivan Karp, de O.K. Marris Gallery, précise de son côté :"Nous avons été présents à trois ou quatre foires, mais elles sont incroyablement chères et de qualité très inégale. Nous faisons cinquante expositions par an dans notre galerie : c’est presque une foire perpétuelle."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : De l’abondance à la surabondance

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