Samedi 17 février 2018

Cheminées : des plaques d’époque

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 24 février 2010

Parce qu’elles ont épousé les décors les plus prisés de leur époque, les plaques de cheminée peuvent être considérées comme des œuvres d’art à part entière.

L'origine des plaques de cheminée remonte au XVe siècle en Europe. À cette époque, les architectes avaient coutume d’adosser la salle commune à la cuisine, qui était chauffée par la chaleur dégagée par l’arrière du fourneau. On prit l’habitude de faire une plaque en fonte de fer pour orner le fond visible du fourneau. Ces plaques, décorées en relief, étaient fabriquées dans les grandes fonderies européennes. Une rare étude sur ces éléments décoratifs nous apprend que les plaques françaises étaient supérieures en qualité aux plaques allemandes, belges ou luxembourgeoises. Les plaques, quelques fois appelées taques ou contrecœurs, sont ornées de scènes bibliques, historiques ou mythologiques, d’allégories mais aussi de chiffres, d’emblèmes et pour beaucoup d’armoiries.
 
La plaque la plus ancienne connue, aux armes du roi René d’Anjou, remonte à 1431. Conservée au musée lorrain de Nancy, elle est illustrée d’une croix de Jérusalem avec les quatre croisettes, accostée de deux croix de Lorraine, sur un fond semé de fleurs de lis. Les belles compositions commencent à apparaître à la Renaissance. Mais l’âge d’or de la plaque de cheminée date des productions sous Louis XIV et Louis XV. Certaines scènes composées rappellent alors des tableaux de maîtres ou des gravures qui circulaient beaucoup chez les ouvriers d’art. Mais à part quelques plaques allemandes, aucune n’est signée.
 
Beaucoup de plaques ont été brisées pour être refondues, en particulier sous la Terreur. Il existe un décret du 18 vendémiaire de l’an II (9 octobre 1793) ordonnant leur destruction. Pendant la Révolution française, le fait de posséder une plaque ornée d’attributs royaux ou de la noblesse suffisait à suspecter son propriétaire qui pouvait être envoyé en prison, voire à l’échafaud. Certains possesseurs de plaques se contentèrent de les retourner pour en cacher l’ornement, ce qui en sauva un grand nombre.
 
Sous le Ier Empire, plus rares se font les plaques de cheminée. Elles sont décorées de scènes mythologiques ou antiques et quelquefois frappées d’aigles impériaux ou d’autres motifs à la gloire de Napoléon Ier. À part des rééditions de modèles anciens, on ne fait plus de plaques depuis le Second Empire.

Chinoiseries
Les décors de chinoiserie commencent à prendre leur essor en France à la fin du XVIIe siècle. Ce style ornemental relève beaucoup de la fantaisie, au point de mélanger des motifs turcs, indiens, chinois et japonais dans des compositions exotiques. Au XVIIIe siècle, sous Louis XV, les chinoiseries deviennent une des caractéristiques du style rocaille que l’on retrouve dans tous les arts décoratifs : textile, architecture, mobilier, tapisserie, orfèvrerie, faïence et porcelaine, sans oublier les plaques de cheminée au décor sculpté. Plusieurs chinoiseries ont été dessinées par le peintre François Boucher et adaptées aux meubles et objets d’art. C’est le cas de cette scène décorant une plaque de cheminée du XVIIIe siècle. Un modèle similaire est conservé au musée d’Orléans.

Chinoiserie sur un décor de Boucher (1703-1770), plaque de cheminée en fonte à décor de Chinois, XVIIIe siècle, fonte de fer. Hauteur : 88 cm, largeur : 96 cm, poids : 170 kilos.
Prix : 3 500 e, galerie J.-F. Collin, Paris.

Splendeur du Louis XV
« Cette plaque est remarquable à plus d’un titre, souligne Brice Foisil, directeur du département Mobilier français et objets d’art du XVIIIe de Sotheby’s France. Tout d’abord par sa taille imposante et l’ampleur du relief de son décor. Sa forme mouvementée annonce les prémices du style rocaille. Elle se démarque d’une forme rectangulaire traditionnelle, tout en déclinant un répertoire décoratif abouti : le masque de femme en haut, les têtes de satyre et les enroulements d’acanthe sur les côtés. La date 1735 nous renseigne précisément sur la réalisation du modèle et les armoiries sur le commanditaire, comme cela se faisait souvent à l’époque. Cette plaque témoigne de l’importance des arts décoratifs dans l’aménagement des intérieurs et de ses répercussions sur chaque détail de la vie quotidienne dans la première moitié du XVIIIe. »

Plaque Louis XV, datée 1735, en fonte de fer, de forme chantournée à décor central de blason armorié soutenu par deux lions, dans un encadrement de rinceaux et de masques. Hauteur : 87 cm, largeur : 105 cm, profondeur : 9 cm.
Estimée 7 000 e, vente le 31 mars 2010, Sotheby’s, Paris.

Le goût néoclassique
Cette plaque figure une bacchanale menée par une ménade jouant du tambourin, suivie par deux satyres, l’un jouant de l’aulos (double flûte) et l’autre tenant un thyrsos (bâton dionysiaque) et accompagné d’une panthère. Le décor de cette plaque est la copie d’un relief romain en marbre découvert dans la seconde moitié du XVIIIe siècle dans la Villa des Quintili sur la Via Appia (sud de Rome) et conservé aujourd’hui au British Museum. Ce relief romain est lui-même inspiré d’un original hellénistique datant du IVe siècle av. J.-C. Preuve du succès de cette frise, il existe d’autres exemplaires romains illustrant cette procession dionysiaque dont un marbre trouvé à Herculanum (site mis au jour au début du XVIIIe siècle) et conservé aujourd’hui à Naples. Réapparu sous Louis XVI, le style néoclassique remettant au goût du jour des scènes antiquisantes, perdure jusqu’au XIXe siècle. Cette plaque a pu être fabriquée à cette époque.

Plaque de cheminée, à décor néoclassique d’une bacchanale, XIXe siècle, fonte de fer. Hauteur : 87 cm, largeur : 119 cm, profondeur : 3 cm.
Estimée 3 000 e, vente le 31 mars 2010, Sotheby’s, Paris.

Riches armoiries
Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, deuxième fils légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan, achète en 1713 l’hôtel de La Vrillière, actuelle Banque de France. Cette plaque ornait l’une des cheminées de ce vaste hôtel devenu l’hôtel de Toulouse. Les armoiries du comte de Toulouse se présentent sous la forme d’un blason orné de fleurs de lis et surmonté de la couronne des fils du roi de France. L’ancre marine représentée sous le blason fait référence au grade militaire du comte de Toulouse, nommé Amiral de France dès l’âge de cinq ans. L’ensemble de la décoration intérieure de l’hôtel de Toulouse reprend d’ailleurs le répertoire décoratif marin. Cette plaque a été achetée aux enchères par le musée Getty à Los Angeles.

Plaque de cheminée aux armes du comte de Toulouse, époque Régence (vers 1703-1725), fonte de fer, hauteur : 80 cm, largeur : 96 cm. Poids : 130 kilos.
Adjugée 26 225 e, vente du 15 décembre 2003, Sotheby’s, Paris.

Antiquaires et maisons de ventes

Galerie Origines, 15, rue des Saints-Pères, Paris VIe, tél. 01 44 50 15 15, et « Le Four à Chaux », 78550 Richebourg-Houdan, tél. 01 30 88 15 15, www.origines.fr

Galerie Marc Maison, 7, quai Voltaire, Paris VIIe, tél. 01 42 25 12 79, www.marcmaison.fr

Galerie J.-F. Collin, 3, rue Rossini, Paris IXe, www.jfcollin.com

Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe, tél. 01 53 05 53 05, www.sothebys.com. Prochaine vente le 31 mars 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°622 du 1 mars 2010, avec le titre suivant : Cheminées : des plaques d’époque

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