Brésil, une génération vive

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 juin 2005

Connus au gré des ventes d’art latino-américain, les artistes modernes brésiliens sortent de l’ombre.

Brésil terre d’avenir, écrivait l’Autrichien Stefan Zweig dans les années 1940. Brésil marché d’avenir, à n’en pas douter. Dans un continent sud-américain où émergent plus généralement des figures isolées, le Brésil est sans doute le seul pays à offrir plusieurs générations d’artistes talentueux.
L’art moderne y appose sa pierre de touche en 1816, avec la création de l’académie des Beaux-Arts,
la seconde en Amérique latine après le Mexique. Pionnier entre tous, Vincento do Rego Monteiro (1899-1970) se nourrit d’influences multiples, du cubisme à l’art amérindien. Ses toiles des années 1920-1930 sont les plus recherchées entre 50 000 et un million de dollars. « Les amateurs s’attachent à ces années et non au reste. On ne veut voir en lui que le pionnier de l’art moderne », remarque le marchand brésilien Jean Boghici. Élève de Fernand Léger et d’André Lhote, Tarsila do Amaral (1886-1973) arbore un primitivisme proche du Douanier Rousseau et une rondeur des formes héritée de Léger. Depuis la somme d’1,3 million de dollars déboursée par le collectionneur argentin Eduardo Costantini pour Abaporu chez Christie’s en 1995, ses prix sont en constante progression. En galerie, ses œuvres se négocient entre 60 000 et 3 millions de dollars. Dire que dans les années 1950, le grand collectionneur Gilberto Chateaubriand achetait ses pièces pour 500 dollars !

Entre folklore et avant-gardes
Inspiré par les femmes monumentales peintes par Pablo Picasso vers 1922-1923, Emiliano di Cavalcanti (1897-1976) a fait de la mulâtresse l’emblème du peuple brésilien. Négociés entre 30 000 et 500 000 dollars, ses tableaux illustrent des ambiances un brin étouffantes, dans des tons sépia et rouges. Une réévaluation se perçoit aussi pour Cicero Dias, inspiré aussi bien par les folklores exubérants de son pays que par les avant-gardes cosmopolites. On sent dans ses dessins des années 1920 l’empreinte de Chagall avec ses figures en lévitation et ses compositions lyriques. « Son dessin rappelait les traits des images populaires. Sa thématique était celle des plantations de cannes à sucre, des usages ruraux, du monde des seigneurs mélangés aux restes du monde des esclaves. Il faisait connaître le Nord-Est pauvre et précaire, mais aussi la poésie de la couleur, de l’improvisation, d’une atmosphère éloignée du faste de la modernisation », écrit Maria Izabel Branco Ribeiro dans l’ouvrage Cicero Dias, Decada de 20 e 30. Lié aux surréalistes à son arrivée à Paris en 1937, il opte pour l’abstraction géométrique en rejoignant la galerie Denise René. Ses dessins de jeunesse tombent alors dans des oubliettes dont ils n’émergent timidement que vers les années 1970. Ses aquarelles s’apprécient aujourd’hui entre 30 000 et 50 000 dollars contre 10 000 dollars voilà dix ans. Une aquarelle titrée Bagunça (1928) a doublé son estimation en décrochant 85 000 euros chez Christie’s à Paris en juin 2004. L’enthousiasme que la scène internationale témoigne pour les jeunes artistes brésiliens conduira peut-être à regarder d’un autre œil les grands ascendants de l’entre-deux-guerres.

PARIS, « Cicero Dias, années 1920, années brésiliennes » , maison de l’Amérique latine, 217 bd St-Germain, VIIe, tél. 01 49 54 75 00, jusqu’au 11 juin. « Brésil = foot et art », galerie 1900-2000, 8 rue Bonaparte, VIe, tél. 01 43 25 84 20, jusqu’au 23 juillet.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : Brésil, une génération vive

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