Dimanche 18 février 2018

Bijoux Art déco

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 30 août 2007

La cote des bijoux Art déco est au beau fixe. Les signatures de Cartier ou Van Cleef & Arpels déchaînent les passions et
rivalisent avec les prix des grands créateurs de meubles.

L’engouement pour les bijoux des années 1920 à 1930 ne se dément pas. Les prix de certaines parures dépassent même ceux des grands meubles Art déco. Il en va ainsi d’un ensemble composé d’un collier et de boucles d’oreilles Tutti Frutti de Cartier (1936) adjugé 3,8 millions de francs suisses (2,4 millions d’euros) en mai 1991 chez Sotheby’s. Soit plus cher que le fauteuil Sirène d’Eileen Gray (1,7 million d’euros) ou Le bureau Tardieu de Ruhlmann (1,8 million de dollars, soit 1,5 million d’euros) !

Les bijoux Art déco ont la cote
« L’Art déco a toujours été très en vogue et les bijoux de ces années se sont toujours bien vendus, même lorsque le marché de la joaillerie n’était pas au plus haut, observe François Curiel, président de Christie’s France. Plusieurs raisons à ceci : tous les objets sont uniques, ils ont été conçus et mis sur le marché à une époque de grande prospérité économique mondiale. Les pierres sont généralement de grande qualité et, le temps n’aidant pas, il y a de moins en moins de pièces sur le marché. En cela, les bijoux s’apparentent à des objets d’art et non simplement à des pierres. »
Les bouleversements économiques et sociaux modifient la forme des bijoux. Dans les années 1920, ces derniers s’adaptent à l’émancipation féminine et aux changements vestimentaires. Diadèmes et grands ornements de corset sont remisés dans les coffres. « La mode des bras nus favorise les larges bracelets, et le sautoir complète les robes tuniques », rappelle Gabriella Mantegani, spécialiste de Sotheby’s.

Le prix de l’innovation
Les smokings se féminisent avec des nœuds papillons en diamant que Van Cleef & Arpels crée en 1924. Les montres-bracelets font leur apparition. Le bijou devient plus sobre et géométrique. Les créateurs introduisent davantage de couleur et utilisent la laque et l’émail noir. Des influences exotiques se dessinent. Cartier lance ses fameux Tutti Frutti, mélange baroque de pierres de multiples couleurs, inspiré des joyaux indiens. En novembre 2005, un bracelet Tutti Frutti (1930) est parti pour 1,1 million de dollars (922 000 euros) chez Christie’s à Genève.
La découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922 précipite la vogue égyptienne. Sphinx, fleurs de lotus, scarabées et hiéroglyphes se déclinent sur les bracelets. La palette des pierres se dote d’associations inédites comme la cornaline et le lapis-lazuli. En 1990, un bracelet à motif égyptien de Lacloche Frère (1925) s’est vendu à 308 000 francs suisses (197 000 euros) chez Sotheby’s.
Dans les années 1930, les créateurs de bijoux jouent plutôt sur des oppositions entre deux tons de couleur. Les bracelets s’élargissent et gagnent en relief. Le platine et l’argent sont très prisés. En novembre dernier, une paire de bracelets Art déco de Van Cleef & Arpels a décroché une enchère à 3,3 millions de francs suisses (2,1 millions d’euros) chez Sotheby’s à Genève. Outre qu’ils provenaient de la collection de la milliardaire Daisy Fellowes, ces bracelets avaient la particularité de se réunir en collier.
Car dans les années 1930, les grandes marques rivalisent d’invention. En 1933, Cartier dépose le brevet pour le serti invisible, mode de fixation des pierres qui leur permet de se joindre sans séparation métallique. La même année, Van Cleef & Arpels dépose celui du serti mystérieux. Le bijoutier lance aussi la minaudière, nécessaire de beauté portatif. En décembre 1999, une minaudière de 1938 s’est propulsée à 740 000 francs (113 000 euros) chez Calmels-Chambre-Cohen.

Quelques affaires à faire
En marge de ces envolées, il est possible de dénicher de jolis bijoux Art déco non signés à des prix raisonnables. En décembre dernier, une paire de clips d’oreilles en diamant d’une finesse remarquable s’est adjugée pour 14 400 euros chez Sotheby’s. Griffée, elle aurait sans doute dépassé les 20 000 euros. La cote des bijoux des années 1940 est encore calme. Cette décennie porte l’empreinte de la guerre. Le platine est ainsi abandonné au profit de l’or jaune moins coûteux. De même, les pierres précieuses cèdent la place aux pierres fines. Certaines pièces sortent toutefois du lot. C’est le cas d’une broche Oiseau du paradis par Van Cleef & Arpels (1942), adjugée pour 487 500 francs suisses (311 800 euros) en mai 1998 à Genève.
L’heure est plutôt aux bijoux transformables et aux bracelets à gros maillons torsadés qu’on trouve entre 2 000 et 3 000 euros. Des accessoires passe-partout particulièrement adaptés au mode de vie actuel.

Repères

Cartier Née en 1847, la maison brille dans les années 1930 par son inventivité. Son nom est associé au modèle « Tutti Frutti », inspiré des parures indiennes et au serti invisible, permettant de relier les pierres sans trace de monture. Van Cleef & Arpels Cette maison centenaire est synonyme d’invention technique et de rigueur classique. On lui doit le serti mystérieux (pendant du serti invisible de Cartier) et la création de la minaudière. Raymond Templier Ce joaillier occupe une place à part parmi les grandes marques. Cofondateur de l’Union des artistes modernes (UAM) en 1929, ses bijoux s’inspirent notamment des thèmes du sport et de l’industrie.

Galeries/expositions

Galerie Hervé Balian. Paris, 2-4, allée Odiot Le Louvre des Antiquaires ; 2, place du Palais-Royal, tél. 01 42 60 17 05. Expertise mais également vente et achat de bijoux anciens du XVIIIe à nos jours. Galerie Huybrechts Willy. 10, rue Bonaparte, Paris vie, tél./fax 01 43 54 29 29. Art nouveau et Art déco sous toutes leurs formes dans cette galerie que les amateurs de belles pièces années 40 affectionnent particulièrement. Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, Paris, iie. Le musée Carnavalet présente jusqu’au 25 juin l’exposition « Bijoux de stars ». Les 200 pièces exposées sont issues de la collection du National Jewelry Institute de New York. Cartier, Tiffany and Co, Van Cleef & Arpels sont largement représentés.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°579 du 1 avril 2006, avec le titre suivant : Bijoux Art déco

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