Mercredi 21 février 2018

Autographes

Le marché lève l’encre

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 20 mai 2009

Traces historiques ou sentimentales, anecdotiques ou capitales, les autographes connaissent une progression constante sur le marché.

Coups de cœur ou de griffes, vindictes ou déclarations, idées naissantes ou billet mondain… Le monde de l’autographe, dont on peut découvrir de nombreux spécimens au Salon international du livre ancien et de l’estampe, est un océan charriant grande et petite histoire. Les ratures ou repentirs sont autant de signes, de clins d’œil nous permettant d’entretenir une relation quasi intime avec leurs auteurs. Ces envois manuscrits touchent tout particulièrement à l’heure de la lettre dactylographiée, du courriel, du dictaphone ou du texto. Car comme le souligne le marchand Alain Nicolas, « L’autographe est une espèce en voie de disparition ».

Un marché préservé des faux ?
Certaines lettres se situent à mi-chemin entre l’histoire littéraire et politique. C’est le cas d’une missive de Louis XVI, donnant son veto au Mariage de Figaro de Beaumarchais. Derrière les lignes rédigées d’une écriture sage, on devine le vacarme à venir de la Révolution française. « Monsieur, j’ai lu et fait lire l’œuvre de Monsieur de Beaumarchais. Le censeur ne doit en autoriser ni la représentation ni l’impression », écrit le monarque, alors que la pièce sera finalement jouée sous la pression de la reine Marie-Antoinette et des frères du roi.
L’univers de l’autographe compte son lot de grandes énigmes. On ne connaît ainsi aucun paraphe de Molière, si ce n’est des signatures sur des actes notariés. Ce vide a même conduit l’écrivain Pierre Louÿs à prétendre que les pièces qui lui sont attribuées seraient en fait l’œuvre de Corneille !
Pour ce qui est des faux, le marchand Frédéric Castaing les juge rarissimes. Car une contrefaçon réussie suppose la prise en compte de nombreux paramètres, comme l’écriture, l’encre, le papier mais aussi et surtout la cohérence du texte. À la fin du XIXe siècle, une grande affaire de faux avait toutefois secoué le Landerneau scientifique. Un escroc du nom de Vrain-Lucas avait réussi à convaincre le mathématicien Michel Chasles, fausses lettres à l’appui, que la paternité de la théorie de la gravitation revenait à Pascal et non à Newton ! Le pot aux roses fut finalement découvert lors d’un retentissant procès.
 
La rareté fait la cote
Ces dix dernières années, le marché des autographes a connu des envolées significatives. En 2002, le milliardaire Bill Gates avait dépensé 650 000 francs pour décrocher une lettre d’amour envoyée par l’Empereur Napoléon à Joséphine. En 2008, Sotheby’s a adjugé pour le prix record de 3,4 millions de dollars la réponse d’Abraham Lincoln à une pétition lui demandant d’affranchir les enfants esclaves du pays.
Le prix dépend de la notoriété de l’auteur, de la rareté de ses écrits, du destinataire, mais aussi de la qualité et de la longueur du document. Un billet de rendez-vous de Victor Hugo vaut dans les 200 euros, tandis qu’un extrait autographe des Châtiments, du même auteur, taquine les 5 000 euros. En revanche, le moindre griffonnage de Rimbaud, beaucoup plus rare que la montagne de feuillets d’Hugo, vaudrait dans les 15 000 à 20 000 euros.
L’expert Thierry Bodin remarque pour sa part que les lettres des peintres impressionnistes jouissent d’une cote supérieure à celles d’autres peintres. Du coup, si une lettre banale du peintre Eugène Delacroix vaut dans les 400 à 500 euros, une autre de Monet frise les 1 200 à 1 500 euros.
Les autographes ont ceci d’émouvant qu’ils dévoilent la faiblesse des hommes. « Je conçois très bien votre ennui de voir l’indifférence du gros public et la mauvaise volonté des gredins de journalistes, mais vous devez avoir assez de force de caractère pour vous moquer de tous les idiots et ne compter qu’avec les gens intelligents… », écrivait le marchand Paul Durand-Ruel à Claude Monet dans une lettre estimée autour de 10 000 euros chez Artcurial en 2006, Qui aurait imaginé le peintre de Giverny tenaillé par le doute ? Les autographes révèlent décidément les monstres sacrés sous un nouveau jour…

Le salon du livre ancien

Cette année, comme en 2008, le livre ancien fait salon commun avec celui de l’estampe sous la verrière du Grand Palais, à Paris.

Salon international du livre ancien,du 19 au 21 juin 2009, www.salondulivreancienparis.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°614 du 1 juin 2009, avec le titre suivant : Autographes

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