Dimanche 26 janvier 2020

Londres

Âge de maturité

De très bon niveau, la foire Frieze a enregistré un commerce solide sans ostentation.

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 octobre 2010 - 708 mots

Après avoir surfé pendant cinq ans sur la veine jeuniste, la foire londonienne Frieze (14-17 octobre) a enfin gagné en maturité.

LONDRES - Foin de toute frilosité, les marchands avaient fait de sérieux efforts en montrant des pièces substantielles, parfois volumineuses. Tanya Bonakdar (New York) a ainsi activé une œuvre sonore de Susan Philipsz. Parmi les solo shows remarquables, on relevait l’univers de Ryan Trecartin déployé par Elizabeth Dee (New York), ou le stand impeccablement construit de Frank Elbaz (Paris) autour du groupe Gorgona. La section « Frame » n’a pas démérité, avec l’installation du très prometteur Neil Beloufa chez François Ghebaly (Los Angeles), ou le travail de Mark Aerial Waller à partir des films de Marcel Carné, Luis Buñuel et Jean Cocteau chez Rodeo (Istanbul).

Quelques galeries avaient exhumé des pièces anciennes, à l’image du petit Bicho de Lygia Clark chez Alison Jacques (Londres), ou du spectaculaire Robert Morris chez Salon 94 (New York). Une façon de donner une assise et une aura à leurs plus jeunes protégés… Afin de maintenir à flot la cote récemment malmenée de Damien Hirst, les galeries White Cube (Londres) et Larry Gagosian (New York) avaient sorti deux grandes sculptures de l’artiste, notamment une vitrine de poissons proposée au prix coquet de 3,5 millions de livres sterling (4 millions d’euros). Les deux pièces ont été déclarées vendues dès le vernissage. Les deux marchands ont visiblement cherché à redonner confiance alors que Christie’s proposait le 14 octobre une gigantesque Butterfly Painting de l’ex-« Young British Artist », finalement vendue en dessous de son estimation.

Absence des Russes
Le commerce fut à l’image de la foire, solide mais pas tapageur. Alors que les Russes semblaient aux abonnés absents, on relevait une recrudescence des acheteurs du Moyen-Orient, plus particulièrement libanais, venus à Londres pour l’exposition « Walid Raad » présentée à la Whitechapel Gallery. Xavier Hufkens (Bruxelles) a ainsi vendu une photo d’Adam Fuss à un acheteur saoudien, tandis que Balice Hertling (Paris) a cédé une œuvre d’Oscar Tuazon au collectionneur libanais Tony Salamé, lequel leur a aussi acheté l’installation de Kerstin Brätsch, visible jusqu’au 19 décembre au parc Saint-Léger, à Pougues-les-Eaux. Andrée Sfeir-Semler (Hambourg, Beyrouth) a fait feu de tout bois, en vendant deux éditions du Palmier d’Yto Barrada, l’une à la Tate, l’autre au milliardaire François Pinault. Le Britannique David Roberts a emporté l’ensemble des pièces de Pietro Roccasalva chez Zero (Milan), tandis que la Fondation stanbouliote Vehbi Koç a acquis une pièce d’Ariel Schlesinger chez Gregor Podnar (Berlin).

Frank Elbaz a fait un carton en vendant une toile de Julie Knifer à Ginevra Elkann et deux œuvres de Mangelos, l’une à Cornelia Brandolini, l’autre à l’Américain Frank Williams. Malgré la présence de ce dernier et des vétérans Shelley Fox et Philip Aarons, les collectionneurs américains se fait plutôt discrets. Une conseillère de Rosa de la Cruz a toutefois acquis deux tableaux de Nathan Hylden auprès de Johann König (Berlin). « Beaucoup d’Américains ont préféré cette année aller à la FIAC », confiait le galeriste berlinois. À voir.

Un pavillon de belle tenue

Le Pavilion of Arts and Design (13-17 octobre) a affiché une belle tenue, avec des prestations notables, tels l’ensemble de mobilier américain chez Todd Merrill (New York), le travail en verre de Frantisek Vizner chez Clara Scremini (Paris), et l’accrochage subtil de Robin Katz (Londres) autour des œuvres sur papier de Graham Sutherland, Bridget Riley ou Lucian Freud. La plupart des galeries de tableaux devraient toutefois prendre des cours d’accrochage et d’encadrement, tant les pièces étaient souvent mal présentées. Le commerce fut globalement positif. « Le public lors de la preview était de très haut niveau », confiait François Laffanour (Paris), lequel a cédé plusieurs meubles de Jeanneret. « Le rythme est très soutenu, nous a déclaré Robin Katz. Je ne vends habituellement qu’à des Britanniques, et ici, j’ai vendu uniquement à des Américains et des Européens. » Anne Autegarden (Bruxelles) a entièrement vendu son stand le soir du vernissage, tandis que la galerie 88 (Londres) a cédé ses pièces les plus importantes dès le premier jour. The Carpenters Workshop (Londres) s’est quant à lui défait de trois éditions de l’étonnant Self-Portrait du collectif Random International. « L’Angleterre est en pleine crise, mais pas Londres », résumait Patrick Perrin, codirecteur du salon.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°333 du 22 octobre 2010, avec le titre suivant : Âge de maturité

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