Mercredi 17 octobre 2018

Van Dongen

Le voyage en Allemagne de 1941 : la photo qui dérange

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 19 juin 2008 - 338 mots

À défaut de commentaires dans les biographies concernées, restent quelques photos.

Sur l’une d’entre elles, la petite troupe pose un peu raide sur un quai de la gare de l’Est. Chapeaux, gants, valises et longs manteaux, on devine l’hiver. Il y a là quelques officiels nazis en uniforme, les artistes Despiau, Dunoyer de Segonzac, Friesz et tout au centre de la photo, en patriarches de prestige, Vlaminck, Van Dongen et Derain.

Arno Brecker (1900-1991) organise l’excursion
On est en novembre 1941 et le Reich a commencé son entreprise de séduction auprès de l’élite culturelle française. Arno Brecker, sculpteur francophile nazi qui servit de guide à Hitler lors de sa visite à Paris en juin 1940, organise le voyage médiatique d’une poignée de peintres et de sculpteurs vers l’Allemagne. Au programme : observer les efforts du Führer envers ses artistes.
À l’heure où leurs anciens compagnons de palette expressionnistes ont déjà été balayés par le régime fasciste, difficile de comprendre comment le trio de vieux fauves anarchisants a pu se faire l’instrument de la propagande nazie. Van Dongen et Derain ne s’en expliqueront guère, mais Vlaminck signera en juin 1942 un article passablement nauséeux dans la revue Comoedia fustigeant un art cosmopolite dont Picasso serait le parangon. Othon Friesz, comme d’autres, se justifiera en avançant la promesse de libération de prisonniers ou la nécessité d’une union des artistes. Même si les consciences ne sont pas bien claires, pour la plupart la compromission n’est pas véritablement politique.
Chez Van Dongen, c’est comme souvent un sens lucide de l’opportunisme qui l’emportera. En 1942, le peintre saisit encore l’occasion pour monter à la galerie Charpentier une colossale rétrospective dont Sacha Guitry préface le catalogue. Le public et la critique boudent mais le marché, même moribond, suit. L’artiste est brièvement inquiété à la Libération aux côtés de ses compagnons d’excursion et vaguement privé de Salon d’automne. Le purgatoire sera de courte durée, Van Dongen se fait discret avant de s’installer à Monaco et de retrouver pinceaux, toiles et une partie de sa clientèle.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Le voyage en Allemagne de 1941 : la photo qui dérange

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