Le Mémorial d’Auschwitz reçoit un tableau de l’artiste et ancien déporté David Olère

Par Cléo Garcia · lejournaldesarts.fr

Le 12 décembre 2014 - 470 mots

OSWIECIM (POLOGNE) [12.12.14] – Le Mémorial d’Auschwitz ne détenait encore aucune œuvre de David Olère, qui témoigna après 1945 de son expérience dans les camps d’Auschwitz-Birkenau dans ses peintures et dessins. Celui-ci vient d’acquérir une œuvre de cet artiste polonais de naissance et français d’adoption, forcé à travailler dans le Sonderkommando.

Un tableau de l’artiste David Olère, ancien détenu dans le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau a été donné au Mémorial d’Auschwitz par Serge Klarsfeld, vice-président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et membre de l’International Auschwitz Council ainsi que de la Fondation Auschwitz-Birkenau, qui conservait la peinture dans sa collection privée.

« J’ai décidé de donner cette peinture à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la libération d’Auschwitz », explique Serge Klarsfeld. « La femme et le fils de l’artiste m’ont confié la mission de remettre l’œuvre d’Olère à un musée. J’ai choisi le Mémorial d’Auschwitz-Birkenau », poursuit-il.

David Olère, peintre juif-polonais né en 1902 à Varsovie, a vécu et étudié en Pologne, en Allemagne et en France. En février 1943, il est déporté à Auschwitz-Birkenau, où il doit travailler en tant que membre du Sonderkommando dans les chambres à gaz et les fours crématoires. Son vécu dans les camps hante son œuvre d’après-guerre : il représente des scènes extrêmement violentes, des corps nus squelettiques agonisants aux yeux blancs révulsés, enveloppés d’ondes grises figurant les gaz mortels des chambres d’extermination dans Gazage, des cadavres enchevêtrés dans une charrette tirée par des détenus du camp, dans Arrivée d'un convoi et charrette transportant des cadavres retirés d'un précédent convoi.

Le tableau donné au mémorial d’Auschwitz est un autoportrait. L’artiste en uniforme rayé marche dans la neige, près d’un soldat SS qui serre son fusil contre lui, une expression de dégout et de haine sur le visage. A l’arrière plan, le ciel rouge est envahi de la fumée et des flammes qui jaillissent des cheminées des fours crématoires. David Olère, qui devait travailler pour les SS qui l’employèrent comme traducteur pour sa maîtrise de l’anglais, du français et du polonais représente ici sa proximité forcée avec ses bourreaux.

Le Musée du mémorial d’Auschwitz possède la plus grande collection d’œuvres réalisées par des détenus du camp, aussi bien pendant la guerre qu’après leur libération. La collection est composée de plus de 4 500 pièces, mais le tableau donné par Serge Klarsfeld est la première œuvre de David Olère conservée à Auschwitz.

Le 19 janvier 1945, Olère fut évacué du camp polonais vers celui d’Ebensee en Autriche, auquel il parvient après une longue Marche de la mort. Ce camp ne sera libéré par les Américains que le 6 mai 1945. Après sa libération, Olère retourne en France, s’étant fait naturaliser Français avant la guerre en 1937, et y peint ses souvenirs des camps. Il meurt à Noisy-le-Grand en région parisienne le 2 août 1985.

Légende photo

Le tableau de David Olère qui a été donné au Mémorial d'Auschwitz

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque