Le centre d’art Transpalette à Bourges fait peau neuve

Par David Robert (Correspondant à Rio de Janeiro) · lejournaldesarts.fr

Le 11 octobre 2016 - 639 mots

BOURGES (CENTRE-VAL DE LOIRE) [11.10.16] - Au milieu de la friche pluridisciplinaire de L'Antre-Peaux, le centre d’art Transpalette rouvre au public après deux ans de travaux. Samedi 8 octobre, toutes les collectivités concernées ont inauguré dans le lieu restauré l’exposition Entropia, qui annonce la signature « post-identitaire » de la programmation.

A l’heure où des centres d’art ferment, d’autres naissent (ainsi Amilly, fin septembre), ou renaissent, comme celui de Bourges inauguré samedi 8 octobre. Après deux ans et 2,9 millions d’euros de travaux financés essentiellement par la région Centre (40 %) et la DRAC (40 %), Transpalette jouit maintenant de tous les outils nécessaires à un centre d’art labellisé d.c.a (association française de Développement des Centres d'Art).

La friche L'Antre-Peaux qui accueille le centre d’art n’est plus qu’une demi-friche. Côté Ouest, des entrepôts déconfits rappellent le passé industriel des quartiers sud de Bourges, sauvegardant aux murs quelques photos de l’époque punk. Côté Est se dressent trois niveaux de béton brut à la peinture fraîche, où une membre d’Emmetrop, l’association résidente, est montée au dernier étage pour la première fois depuis... 18 ans : son fauteuil roulant a enfin pu bénéficier de l’ascenseur construit cette année.

Dans le reste de la friche, outre une salle de concert (neuve) pour les musiques actuelles, des studios de répétition et une unité de production d’art vidéo numériques (bandimages) profiteront de la dernière phase de travaux, dont Transpalette a été la première réalisation achevée.

Si la ville de Bourges finance en pointillé Transpalette par la mise à disposition gracieuse des espaces, le discours du maire de Bourges (UDI) a pourtant été particulièrement écouté. Dans une des villes les plus endettées de France, le mandat de Pascal Blanc n’élude pas la question culturelle, entre la priorité budgétaire donnée à l’historique Maison de la culture (la première inaugurée par Malraux) et la suppression de la biennale de Bourges. Mais avec des travaux permis notamment par un redéploiement de crédits régionaux et nationaux prévus initialement pour la ville de Tours, l’aventure de la friche L'Antre-Peaux a pu se poursuivre.

Il semble régner entre le maire centriste et Emmetrop une bienveillance inattendue. Pourquoi inattendue ? Il faut remonter à l’histoire du lieu pour comprendre la vocation de Transpalette. Créée par une municipalité communiste, le centre d’art a toujours privilégié une programmation atypique, laissant une grande liberté aux artistes de sortir des cadres habituels. Il s’agissait de privilégier la démarche intellectuelle -mais peu grand public- sur l’objet produit. Par ailleurs, la thématique post-identitaire de la programmation (« queer, trans et travailleurs du sexe », résume Erik Noulette, co-fondateur) donne une idée de l’engagement politique de l’équipe d’Emmetrop : le mot de direction n’y est guère prisé, la gestion étant « collective » et la programmation à la charge d’un « comité artistique ». Reste que Transpalette et L’Antre-Peaux se sont imposés comme un rouage local important de la diffusion de l’art contemporain et que l’équipe municipale élue en 2014 semble en être convaincue. La friche fonctionne au total avec 750 000 euros de budget annuel (essentiellement les coûts fixes, assurées à 75 % par la DRAC et la région), mais Transpalette ne dispose que d’un budget de production modeste (30 000 euros pour 3 expositions annuelles).

« Entropia », présentée jusqu’au 8 janvier prochain, expose dans une scénographie soignée les œuvres d’une artiste et d’un collectif d’artistes : Art Orienté Objet dédie le rez-de-chaussée à Aby Warburg, fondateur de l’iconologie, avec un néon, une vidéo et une grande installation, Herbe noire, qui commémore aussi les trente ans de la catastrophe de Tchernobyl. Smith, sur les deux niveaux supérieurs, présente un ensemble de pièces (photos, vidéos, sculptures) autour d’une fiction qu’elle a imaginée sur deux amis cosmonautes. La négligence du premier causant la mort du second, le survivant est sujet à une transformation identitaire (notamment sexuelle), à la tonalité mythologique. Des performances sont aussi prévues durant l’exposition.

ENTROPIA

Jusqu’au 8 janvier 2017 au Transpalette
Friche de L’Antre-Peaux, 26 route de la chapelle, 18000 Bourges
Site internet : www.emmetrop.fr

Légendes Photos :
Haut : Transpalette réhabilité - Photo Pascal Vanneau
Bas : Photo Elisabeth Delval
courtesy Emmetrop

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque