Mercredi 28 octobre 2020

L’Autorité de la concurrence arbitre en faveur de Drouot Live contre Le Figaro

Par Alexis Fournol (Avocat à la cour) · lejournaldesarts.fr

Le 12 octobre 2017 - 464 mots

PARIS [12.10.17] - Saisie en septembre 2012 par le Figaro, alors concurrent de Drouot pour les services de live, l’Autorité de la concurrence vient de décider le 6 octobre 2017 que le recours exclusif et obligatoire à la plateforme Drouot Live pour les ventes cataloguées réalisées à l’Hôtel Drouot n’est pas constitutif d’un abus de position dominante.

La pratique avait fait grincer des dents à l’époque : qui vend à Drouot, utilise Drouot Live. Et ce, sans exception. Pourtant, de nombreux autres services de retransmission par Internet des ventes en salle existent, à l’image de celui auparavant proposé par la société du Figaro à travers Figaro Enchères. Dans une circulaire du 5 novembre 2010, le directeur général d’@uctionpress concluait à la nécessité du recours exclusif aux services du live de Drouot pour assurer son succès et sa valeur ajoutée. Les réfractaires éventuels étaient sommés de s’y conformer, sous peine de se voir privés de connexion Internet en pleine vente, comme ce fut le cas pour l’OVV Pierre Bergé en mai 2011.

Quelques mois plus tard, le conseil d’administration de Drouot Patrimoine rendait obligatoire le recours au service interne pour toute vente cataloguée se tenant à l’Hôtel Drouot. De nouveau, les réfractaires furent mis à l’index. Ainsi, l’opérateur Tajan ne put réserver une quelconque salle à compter du mois de juillet 2013, en raison d’un contrat d’exclusivité qui le liait au concurrent Invaluable, jusqu’au mois d’octobre 2013 après que l’opérateur eut accepté, « contraint et forcé », d’utiliser effectivement Drouot Live.

L’enjeu économique sous-jacent est de taille. Selon les éléments évoqués dans la décision de l’Autorité de la concurrence, le chiffre d’affaires de Drouot en matière de prestations live était de 56 100 euros en 2011, 201 900 euros en 2012, 393 900 euros en 2013 et 503 700 euros en 2014. Le chiffre d’affaires actuel est assurément encore supérieur au regard de l’engouement attaché à la passation d’ordres d’achat sur Internet, un service précieux permettant de toucher une clientèle internationale et plus diversifiée que celle en salle.

Néanmoins, l’Autorité a conclu que sur le marché considéré de la location événementielle de salles parisiennes aux fins de ventes aux enchères d’objets d’art et de collection, la position dominante du groupe Drouot n’était pas démontrée. Cette conclusion tient à la spécificité de Drouot et à son histoire, car la quasi-totalité des clients du groupe sont ses actionnaires et exercent, en ce sens, un véritable pouvoir décisionnel à tous les niveaux. Il existe donc, selon l’Autorité, un véritable « contre-pouvoir » au sein de Drouot permettant aux opérateurs actionnaires de « peser largement sur les conditions commerciales qui leur seront applicables ». L’abus de position dominante ne peut donc être retenu, puisque théoriquement les actionnaires-clients de l’entreprise imposent leur point de vue à l’entreprise et non l’inverse.

Légende photo

Impression édran du site Drouot Live inséré par LeJournaldesArts.fr dans l'image d'un ordinateur sous license CC0 Creative Commons

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