Mercredi 17 octobre 2018

« La Pietà Rondanini » de Michel-Ange en détention provisoire

Par Stefan Cornic · lejournaldesarts.fr

Le 8 février 2013 - 452 mots

MILAN (ITALIE) [08.02.13] – Le château des Sforza qui abrite « La Pietà Rondanini » de Michel-Ange étant en restauration, la sculpture sera présentée dans une prison milanaise voisine. Une initiative qui soulève la controverse.

Installée au château des Sforza de Milan depuis 1954, la sculpture laissée inachevée à la mort de l’artiste en 1564 va être transférée dans la prison de San Vittore au printemps 2013, pour quelques mois parmi ses détenus.

Au château, la salle spécialement conçue dans les années 1950 par les architectes du groupe BBPR pour accueillir la Pietà Rondanini, sculpture de 1,94 mètre de hauteur représentant la Vierge debout soutenant le corps du Christ, devenait inappropriée pour une telle œuvre. 350 000 visiteurs s’y rendent chaque année, ce qui est considéré comme une fréquentation relativement faible pour ce chef-d’œuvre de Michel-Ange. La salle est en outre inaccessible aux handicapés. Le musée compte lui dédier un nouvel espace, dans l’ancien « hôpital espagnol » du château.

D’ici là, la ville de Milan et le conseiller culturel Stefano Boeri ont décidé d’installer la sculpture au cœur de la prison San Vittore. Construite au XIXème siècle, celle-ci se caractérise par sa structure panoptique. La Pietà Rondanini, située au centre de l’édifice sera alors visible de toutes les ailes de la prison.

Stefano Boeri a également évoqué dans la presse italienne que des visites seraient possible, sans toutefois préciser les modalités de mise en œuvre.

La décision divise, sans surprise, l’opinion en Italie. L’historien de l’art Vittorio Sgarbi s’est fermement opposé au projet dans les colonnes du quotidien Il Giornale, qualifiant cette opération de « démagogie grotesque ». Il est aberrant, pour lui, de vouloir déplacer une telle œuvre, qui ne l’avait pas même été pour sa restauration.

Le transport, assuré par l’Institut Central de Restauration, et la préservation de la sculpture dans la prison voisine seraient financés par la Fondation Cariplo, qui a avancé 3 millions d’euros pour ce projet, précise Stefan Boeri dans une interview donnée au Corriere Milano. Elle ne coûte donc rien aux citoyens.

Les partisans de cette exposition atypique, au-delà de la résonance pertinente qui peut être trouvée entre le sujet de la piété et la condition des détenus, saluent l’initiative d’amener l’art à ceux qui n’y ont pas accès.

Toutefois, comme le soulève Rachel Forster qui enseigne l’art dans une prison en Angleterre, le fait de simplement montrer l’œuvre à des détenus et « attendre qu’il se produise quelque chose » est insuffisant.

Aucun programme de sensibilisation ou d’initiation n’est en effet prévu pour le moment, contrairement à l’opération « un jour une œuvre », mise en place par le Centre Pompidou, qui présentait récemment une œuvre de sa collection dans une maison d’arrêt française.

Légende photo

La « Pietà Rondanini » de Michelangelo - © Photo Paolo da Reggio - 2005 - Licence CC BY-SA 3.0

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