La Fondation Gianadda fête ses 30 ans

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 6 août 2008 - 880 mots

MARTIGNY (SUISSE) - [22.08.08] - Il y a 30 ans Léonard Gianadda créait une fondation en l’honneur de son frère récemment décédé. Doté d’une personnalité hors pair, ce business man, petit-fils d’émigré italien a hissé sa Fondation parmi les lieux culturels suisses les plus visités.

Impossible d’ignorer la Fondation Gianadda quand on arrive à Martigny en Suisse. Panneaux de signalisation routière, affiches de l’exposition en cours, arrêt de bus, jusqu’aux carrefours agrémentés de sculptures offertes par Léonard Gianadda, on trouve partout des évocations du mécène. Il faut dire qu’à part ses montagnes et ses vestiges gallo-romains, la capitale artistique (autoproclamée) du Valais a des allures d’une simple ville de province.

Léonard Gianadda, enfant du pays et petit-fils d’un émigré italien, a fait fortune dans l’immobilier et veut « rendre à sa ville ce qu’elle lui a donné ». En 1976, alors qu’il construit un nouvel immeuble sur l’emplacement d’un ancien temple gallo-romain, son frère Pierre décède dans un accident d’avion. Pour honorer son frère, il décide de remplacer cet immeuble par un site culturel, tout à la fois, musée, lieu d’exposition et auditorium. La Fondation Pierre Gianadda est inaugurée en 1978. On fête donc cette année son trentième anniversaire.

Un bâtiment multifonctions

La Fondation n’est qu’à quelques centaines de mètres du centre ville et pourtant elle occupe un magnifique parc arboré. Les abords sont cependant progressivement mités par des petits immeubles. Contre toute attente, l’architecture du bâtiment n’est pas ouverte sur l’extérieur comme celle de la Fondation Beyeler ou Maeght. Le bâtiment semble replié sur lui-même et évoque irrésistiblement un mausolée. La raison en est que la grande nef sert à la fois de lieu d’exposition, d’auditorium et d’écrin aux vestiges gallo-romains. En sous-sol, ce qui devait être le parking de l’immeuble projeté initialement, accueille une magnifique collection de voitures anciennes.

Le meilleur en réalité est à l’extérieur, dans le parc parsemé de sculptures. Leonard Gianadda a acquis au fil du temps des œuvres de Dubuffet, Max Ernst, Maillol, Henry Moore, Jean-Pierre Raynaud, Rodin, Niki de Saint Phalle ... au point de constituer une véritable collection de sculptures. En été, il n’y a pas plus grand plaisir que de déambuler dans le parc, avant de se rafraichir à la terrasse du restaurant.

La PME Gianadda


Léonard administre la Fondation en véritable chef d’entreprise. Une nécessité pour un lieu qui ne vit que du tourisme. Ce ne sont pas les maigres subventions publiques qui couvrent les dépenses d’entretien du site, d’organisation des expositions et les salaires des quelques 40 personnes qui y travaillent en moyenne. Et puis Martigny est à l’écart des grands axes de circulation. Il y a bien un train de Lausanne, mais il faut compter plus de 45 minutes pour rejoindre Martigny. Il faut donc frapper fort avec des expositions très grand public : Chagall, Manet, Van Gogh, Picasso, Miro ; que des grands noms, de préférence des peintres figuratifs pour brasser large. Habile communicant Léonard Gianadda a su attirer de plus en plus de monde à ses expositions temporaires : 8 millions de visiteurs. La Fondation Gianadda est sans doute le premier centre d’exposition suisse, ou pas très loin de la Fondation Beyeler. La moitié des visiteurs vient de Suisse, l’autre moitié de France ou Belgique. Un chiffre dit bien la réussite mais aussi la faiblesse de la Fondation : 63 % des visiteurs viennent expressément pour les expositions.

La barre est haute, il faut au moins 160 000 visiteurs par exposition, pour couvrir les dépenses. Deuxième objectif : augmenter le panier moyen par visiteur, en clair vendre le plus de choses possibles aux visiteurs. Catalogues bien sur, mais aussi calendrier, cartes postales, affiches, buvette, restaurant etc ... Léonard Gianadda décline parfaitement la liste des produits dérivés, et surveille quotidiennement les ventes dans de grands registres qu’il continue à remplir lui-même au crayon.

Un personnage séducteur


L’autre attraction des lieux c’est Léonard Gianadda lui-même. On ne peut pas le rater : une carrure d’athlète, une belle toison sur la tête, une voix chaude et énergique, un séducteur. Monsieur Gianadda (73 ans) a les yeux sur tout, paye lui-même ses consommations, et porte en permanence avec lui un dictaphone avec lequel il enregistre à la volée des tâches à réaliser. Sa Fondation est devenue la grande chose de sa vie, c’est elle qui lui permet de rencontrer les grands artistes, des peintres comme Balthus qu’il allait souvent voir à la Rossinière, ou des musiciens ou chanteurs d’opéra, telle Cécilia Bartoli. Car Léonard Gianadda est un mélomane averti, il organise très régulièrement des concerts de musique classique. Académicien depuis 2003, il semble aussi à l’aise, comme le dit le catalogue un tantinet hagiographique d’une exposition qui lui est consacrée, sur les chantiers que dans les lambris dorés. Pour les 30 ans de la Fondation, la médiathèque de Martigny rend hommage au mécène en exposant les photographies prise par le jeune Léonard quand il était reporter pendant ses études. On y découvre des clichés fort intéressants conjuguant valeur documentaire et qualité de la prise de vue : Le Caire en 1956, les processions Paris-Chartres (1957), Moscou, Rome (1957)... Les photographies en noir et blanc évoquent les images humanistes d’un Brassai.

Homme d’affaires, mécène, académicien, mélomane, collectionneur, il ne manquait plus que les talents de l’artiste pour compléter un parcours exceptionnel.

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