Dimanche 25 octobre 2020

La collection Mugrabi « prise en otage » par son entreposeur

Par Shahzad Abdul (correspondant à Washington) · lejournaldesarts.fr

Le 31 octobre 2017 - 551 mots

NEW YORK (ETATS-UNIS) [31.10.17] - La famille Mugrabi poursuit en justice Mana Contemporary qui lui bloque l’accès à sa collection de 1 300 œuvres d’art que Mana stocke pour elle. L’entreposeur réclame le paiement de ses factures.

David Mugrabi, fils du très influent marchand américain d'art qui possède la plus grande collection d'Andy Warhol -1 000 pièces, dit-on- est engagé depuis plus d'un mois dans un bras de fer avec l'entreprise Mana Contemporary, qu'il accuse de tenir « en otage » la collection d'art familiale. Le clan Mugrabi a porté l'affaire devant la Cour suprême de New York lundi dernier, pour pouvoir retrouver les 1 389 oeuvres qu'il ne peut ni vendre, ni exposer, car l'entreprise de stockage d'art lui refuse l'accès à son entrepôt situé dans le New Jersey, juste en face de Manhattan.

Le fond de l'affaire est une histoire de gros sous : l'entreprise du milliardaire israélien Moishe Mana réclame 519 000 dollars d'impayés à l'entreprise des Mugrabi, Fashion Concepts Inc., pour le stockage des peintures, sculptures et autres pièces. A l'inverse, David Mugrabi, fils du collectionneur Jose Mugrabi, assure s'être acquitté du loyer pour le stockage jusqu'à ce qu'un nouveau contrat soit signé par son père, stipulant que les oeuvres pourraient être stockées gratuitement. En échange, la très influente famille de collectionneurs devait faire profiter Mana de son carnet d'adresse et lui renvoyer des clients.

Dans sa plainte auprès de la Cour suprême locale, que Le Journal des Arts a pu consulter, David Mugrabi réclame 10 millions de dollars de dommages-intérêts mais craint que les oeuvres ne « souffrent de dommages importants et imminents difficilement quantifiable dans le monde de l'art et qui ne peuvent pas être complètement compensés par de l'argent ». Il précise par exemple que 11 oeuvres ont été endommagées. La « mauvaise conduite répréhensible et intentionnelle de (Mana Contemporary) qui tient en otage la collection Mugrabi a nui et détruit le commerce » familial et « empêche les Mugrabi d'exposer ou vendre à des clients potentiels des oeuvres d'art d'une valeur de plusieurs millions de dollars », poursuit la plainte. « Les collectionneurs d'art et les revendeurs n'achètent tout simplement pas des oeuvres qui ne peuvent pas être livrées. »

Les propriétaires des oeuvres soulignent d'ailleurs avoir vendu trois pièces auxquelles ils n'ont pas accès et promis deux autres à « de prestigieux musées », dont un new-yorkais, pour des expositions. Le juge en charge du dossier a réclamé, en urgence le 25 octobre, que l'entreprise rende ces cinq oeuvres en échange d'une offre d'un million de dollars, sous peine de devoir restituer la totalité des biens.

Ni les avocats de la famille Mugrabi, ni Mana Contemporary ou leurs avocats n'ont répondu aux sollicitations du Journal des Arts, et l'on ne savait toujours pas mardi 31 octobre si un accord a été trouvé. Dans une réponse à l'agence Bloomberg, qui a révélé le contentieux, l'avocat de Mana s'est contenté d'expliquer que l'entreprise n'avait « pas d'autre choix » que de réclamer son dû auprès de Fashion Concepts Inc.

Reste que si les Mugrabi sont prêts à payer (cher) pour avoir accès à leurs propres oeuvres, c'est qu'ils ont conscience que le temps joue en leur défaveur. En matière d'art, a reconnu le collectionneur dans sa plainte, la valeur des biens change très vite.

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Exposition Occupy Mana dans les locaux de Mana Contemporary © Photo Mana Contemporary

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