Art moderne

XXE SIÈCLE

Vlaminck au-delà du fauvisme

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 6 juillet 2020 - 342 mots

DREUX

Une sélection d’œuvres raconte le parcours du peintre et ses fécondes dernières années, passées en Eure-et-Loir.

Maurice de Vlaminck (1876-1958), Les Meules, vers 1945-1950, huile sur toile, 60 x 73 cm, collection particulière. © photo Boris Veignant / Adagp, Paris 2020
Maurice de Vlaminck (1876-1958), Les Meules, vers 1945-1950, huile sur toile, 60 x 73 cm, collection particulière.
© Photo Boris Veignant / Adagp, Paris 2020

Dreux. Peintre autodidacte, musicien, coureur cycliste, collectionneur d’art africain, écrivain, anarchiste, libertaire mais aussi complaisant, pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les Allemands (et non avec Hitler qu’il méprisait)…, Maurice de Vlaminck (1876-1958) a tout fait pour brouiller les pistes. Mais si les historiens de l’art préfèrent souvent ne pas trop s’approcher de ce talent brut à l’aura sulfureuse, ils n’oublient pas qu’il faisait partie du groupe qui a fondé le fauvisme. Celui-ci laissa place à un cézannisme évoluant dès les années 1910 vers un réalisme sombre, expressionniste, veine que l’artiste devait creuser jusqu’à la fin de sa carrière. Profondément attaché à la nature, le peintre la chercha en Île-de-France, s’éloignant peu à peu de Paris. Toujours rattrapé par la modernité, il finit par s’établir en 1925 à Rueil-la-Gadelière, en Eure-et-Loir, près de Dreux. Il cultiva l’amitié et les vertus familiales dans sa maison de la Tourillière à laquelle il adjoignit la ferme de la Haute-Folie.

Sous le commissariat de Damien Chantrenne, directeur du Musée d’art et d’histoire de Dreux, et de Pascale Krausz, spécialiste du peintre, un ensemble de vingt-deux œuvres restées dans la famille raconte cette histoire. Elles sont réunies autour de La Baie des trépassés (1937), appartenant au musée, une toile lyrique où il a mis sur la toile la terreur que lui a inspirée la tempête sur l’océan. La plupart des œuvres du Vlaminck de la maturité sont cependant des bouquets ou des vues de la campagne, « exprimant le sentiment à la fois serein et tragique, fugitif et éternel dont ces choses sont universellement empreintes »,écrivait-il dans Le Ventre ouvert (1937). Cette peinture agitée, très noire malgré ses couleurs acides, à la matière épaisse, évoque autant Le Greco que les maîtres hollandais.

À la fin de sa vie, rattrapé une fois encore par la vie moderne, Vlaminck peignait avec la même âpreté les routes asphaltées, les tracteurs et les stations-service. Une capitulation qui a donné vie à quelques-unes de ses plus belles œuvres.

Vlaminck, le tumulte de la matière,
jusqu’au 20 décembre, Musée d’art et d’histoire, 5, place du Musée, 28100 Dreux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°549 du 3 juillet 2020, avec le titre suivant : Vlaminck au-delà du fauvisme

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