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Saura ascétique

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 décembre 2001 - 231 mots

A l’instar de ses aînés et compatriotes que sont Picasso et Miró, le peintre Antonio Saura (1930-1998) a laissé une œuvre imprimée qui ne compte pas moins de 632 pièces. Le catalogue raisonné qui en fait l’inventaire, établi en 2000 par Olivier Weber-Caflisch et Patrick Cramer, témoigne de l’insatiable curiosité de l’artiste pour les techniques de l’estampe. De fait, il comprend aussi bien des gravures que des lithographies et des sérigraphies. Rien n’intéresse plus Saura que d’explorer les possibilités plastiques de ces différents modes et de les confronter aux mêmes problématiques formelles que celles de la peinture afin d’en formuler des réponses totalement inédites. S’il reprend les mêmes thèmes, dont celui de la Crucifixion, poursuit son dialogue avec les maîtres hispaniques, notamment avec Goya, multiplie les portraits imaginaires, les autoportraits et les images de foule, la pratique de l’estampe est pour lui l’occasion d’une « salutaire désintoxication, une ascèse de couleur en plein délire de noir et de blanc ». Fidèle à sa manière qui mêle un expressionnisme abstrait et une figuration violente, son écriture plastique se nourrit dans certaines œuvres imprimées d’une débauche chromatique inattendue tandis que son horreur du vide l’entraîne parfois sur le terrain d’une abstraction résolue. L’art de Saura vérifie ainsi combien l’estampe est le lieu par excellence de toutes les expérimentations.

- CAEN, Musée des Beaux-Arts, Château, tél. 02 31 30 47 70, 1er décembre-4 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°532 du 1 décembre 2001, avec le titre suivant : Saura ascétique

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