Mercredi 21 février 2018

À l’étranger

Rétrospective : Struth en série

Kunsthaus, Zurich. Jusqu’au 12 septembre 2010

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 18 juin 2010

« Tout ce qui touche à la fabrication des images peut être artistique. » La citation est de Hilla Becher, épouse de Bernd, elle signifie que même le projet documentaire le plus austère peut revêtir une valeur artistique.

Thomas Ruff, Candida Höfer, Andreas Gursky ou Axel Hütte, tous d’anciens étudiants des Becher à la fameuse École de photographie de Düsseldorf, un cours animé par le couple de photographes à partir de 1976 au sein de l’Académie des beaux-arts où avait déjà étudié puis enseigné Beuys, peuvent en témoigner. S’ils ont dû attendre la fin des années 1980 pour voir leur travail consacré par les institutions et leur cote s’envoler en galerie, ils ont désormais gagné leur fauteuil d’artiste devant celui de photographe. Et pourtant…

Et pourtant, la photographie, ils connaissent, comme le montre la rétrospective zurichoise de Thomas Struth (né en 1954), devenu élève des Becher en 1976 après avoir étudié dans la classe de Richter. Le Kunsthaus présente les quatre séries qui forment l’œuvre en cours, puisqu’ininterrompue, de Struth : les salles des musées [ci-dessous], les portraits, la ville [ci-dessus] et la nature. Toutes les images sont prises avec un appareil à plaque grand format qui donne cette netteté et cette profondeur de champ étourdissantes.

Ces séries s’enrichissent et évoluent au gré des envies de l’artiste. Ainsi les rues de Berlin et de New York enregistrées en 1978-1979 dans de petits formats noir et blanc ont-elles gagné en dimensions et en couleurs dans les années 1990. Mais peu importe, ce sont les typologies qui intéressent Thomas Struth, comme avant lui les Becher : établir des ensembles de comparaisons pour dégager ici une identité de la ville et définir ailleurs les comportements de consommation culturelle. Ces enfants sont-ils trop concentrés à remplir leur questionnaire et cette femme trop attachée à rapporter la preuve numérique de son passage au musée pour seulement regarder Les Ménines du Prado ? Seul cet homme les bras croisés, près du guide grimaçant, semble contempler le chef-d’œuvre de Vélasquez.

 Faut-il voir pour autant une critique sociale ou urbanistique dans les images de Struth ? Non, mais une série de constats doublés d’une science maîtrisée de l’image fixe. Et une approche conceptualiste qui fait assurément une œuvre artistique.

« Thomas Struth », Kunsthaus, Heimplatz 1, Zürich (Suisse), www.kunsthaus.ch, jusqu’au 12 septembre 2010.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°626 du 1 juillet 2010, avec le titre suivant : Rétrospective : Struth en série

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