Samedi 7 décembre 2019

Musée du Luxembourg, Paris 6e

Paul Cézanne en lettres capitales

Jusqu'au 26 février 2012

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 17 novembre 2011 - 399 mots

En 1861, Paul Cézanne (1839-1906) quitte Aix pour Paris où son ami Zola l’attend. Que vient-il chercher dans la capitale ? La liberté, les retrouvailles avec ses amis aixois au café Guerbois, le plaisir des visites du Louvre où il copiera longtemps les maîtres anciens et la tentation de la notoriété. Sur ce dernier point, les désillusions seront à l’aune des rêves de jeunesse.

La conquête de la capitale restera difficile et le chemin long à parcourir. À l’évidence, Paris n’aime pas Cézanne. Et Cézanne aime provoquer Paris. Il est l’éternel exclu des plus importantes manifestations : refusé au Salon officiel et raillé au Salon des refusés, le ton bravache de sa répartie masque la déception : « Eh bien, on leur en foutra comme cela dans l’éternité avec plus de persistance. » Cézanne n’obtient qu’une gloire de scandale.

Mais la capitale est la seule qui consacre définitivement les réputations, voilà pourquoi, pendant 40 ans, le peintre de la Sainte-Victoire fera à intervalles réguliers le chemin d’Aix à Paris, et cela jusqu’en 1905, alors même que son œuvre triomphe enfin. Cézanne séjournera autant de temps en région parisienne qu’en Provence, c’est dire l’importance de l’œuvre parisienne.

À travers soixante-dix-sept œuvres, l’exposition du Luxembourg offre une promenade picturale aux côtés d’un génie indépendant qui pratiqua avec les impressionnistes la peinture de plein air. Pissarro, Monet, Guillaumin et Manet, dont la modernité de l’Olympia, à l’érotisme voluptueux, se retrouvera dans les pommes des natures mortes, fruits du désir aux tons ardents à la fois étranges et réels. À l’instar des maîtres anciens, Rubens, Titien, Rembrandt, Cézanne s’inscrit dans la tradition du nu féminin dont il invente un nouveau langage : Bethsabée au bain trouve un écho dans les courbes corporelles de la nature tandis que Les Grandes Baigneuses, purifiées des scories érotiques, deviennent des éléments structurant du paysage. Une représentation du réel toute personnelle où la figure et la nature sont traitées dans un même geste pour former une matière singulière : épaisse dans La Maison du pendu, vibrante pour Le Pont de Maincy, superbement fluide dans le portrait de Madame Cézanne à la jupe rayée qui constitue l’acmé du genre. Une manière initiatrice qui vint trop tôt pour son époque et fit de lui un incompris, mais dont le talent influencera la génération suivante de peintres.

Voir « Cézanne et Paris »

Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris-6e, www.museeduluxembourg.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°641 du 1 décembre 2011, avec le titre suivant : Paul Cézanne en lettres capitales

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