Nostalgie

Paris à l’heure universelle

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 3 février 2009 - 691 mots

Huit grandes expositions internationales, dont l’histoire est retracée à la Conciergerie, ont marqué l’imaginaire patrimonial parisien.

PARIS - Un tas de gravas qui s’apparente à un champ de ruines. Voilà ce qu’il restait, à la fin de l’année 1925, de l’exposition internationale des Arts décoratifs. Filmée par l’opérateur Camille Sauvageot, la démolition de ces pavillons reste une image frappante et symbolique de ce type d’événements marqués du sceau de l’éphémère. De 1855 à 1937, Paris a, en effet, vécu au rythme des grandes expositions internationales, associant célébration du pouvoir et fête populaire, jouant sur les registres politiques, économiques, industriels et artistiques. Huit événements se sont ainsi succédé, dont cinq expositions universelles drainant, pour la plus populaire d’entre elles, celle de 1900, quelque 51 millions de visiteurs ! Une présentation documentaire en quelque deux cents clichés, proposée dans la vaste salle de la Conciergerie, permet aujourd’hui au public de redécouvrir la débauche d’architectures construites à l’occasion de ces manifestations.
La saga démarre en 1855 lorsque le Second Empire triomphant veut riposter à l’exposition londonienne de 1851. L’accent est mis sur les beaux-arts, avec l’ouverture d’une grande exposition de cinq mille œuvres dans le Palais des beaux-arts de l’avenue Montaigne, qui sera l’occasion d’une confrontation entre Ingres et Delacroix. En 1867, alors que le règne de Napoléon III ne va pas tarder à vaciller, la fête bat son plein grâce à l’installation de l’électricité. L’incroyable palais Omnibus du Champ-de-Mars, avec son plan ovale réunissant cinq anneaux concentriques de 500 mètres de long, conçu par le théoricien social Frédéric Le Play, illustre parfaitement l’esprit de compétition pacifique entre les nations, alors que la grande salle des machines témoigne de l’exaltation du culte de la modernité. En 1878, les débuts chancelants de la IIIe République voient la construction, à la hâte, du Palais du Trocadéro. 1889 célèbre le centenaire de la Révolution française et exalte les prouesses techniques, avec la construction de l’inévitable « Dame de fer », mais aussi d’une incroyable galerie des machines, d’une portée record de 110 mètres sans appui intermédiaire. L’acmé est atteinte avec l’exposition de 1900 et sa centaine d’édifices de style éclectique, qui s’étend sur 216 hectares, soit dix fois plus qu’en 1855. Les trois derniers événements, montés entre les deux tempêtes mondiales, n’auront pas la même ampleur. En 1925, l’heure est à l’avant-garde architecturale avec des pavillons conçus par Le Corbusier, Behrens, Mallet-Stevens, Perret ou Melnikov. Le pittoresque et l’exotisme seront de nouveau brièvement à l’honneur lors de la grande exposition coloniale de 1931, destinée à célébrer l’impérialisme français. En 1937, en pleine veillée d’armes européenne, l’exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne prend des allures d’exposition universelle sans en porter le nom. Organisée en pleine crise économique, elle doit fournir du travail à une main-d’œuvre frappée par le chômage, mais aussi aux architectes et aux artistes.
Au-delà d’un agréable parcours nostalgique à la découverte d’un patrimoine disparu, cette exposition – très didactique – permet aussi de s’interroger sur les traces laissées par ces événements sur le tissu urbain de la capitale. Outre le legs de quelques monuments emblématiques, c’est aussi le cœur de Paris, autour de la colline de Chaillot, du Champ-de-Mars et des Invalides, qui en a été durablement façonné. « Des expositions comme moteur de rénovation urbaine ? », s’interroge l’architecte André Lortie, l’un des auteurs du catalogue. Contrairement à d’autres villes, Paris a toujours privilégié « les grandes compositions centrales, conformément à la singularité urbaine parisienne ». L’idée d’une candidature de Paris pour l’organisation d’une exposition universelle en 2020 est aujourd’hui évoquée. Espérons qu’elle soit l’occasion de tourner la page de ce centralisme, au profit d’une prise en compte de la périphérie.

PARIS ET SES EXPOSITIONS UNIVERSELLES, ARCHITECTURES, 1855-1937, jusqu’au 12 mars, Conciergerie, 2, boulevard du Palais, 75001 Paris, tél. 01 53 40 60 80, www.la-concier gerie.monuments-nationaux.fr. Cat., collectif, 104 p., 22 euros, ISBN 978-2-7577-0025-9.

Paris et ses expositions universelles
Commissariat : Sylvie Clavel, administratrice de la Conciergerie, de la Sainte-Chapelle et des tours de Notre-Dame de Paris ; Isabelle Chalet-Bailhache, commissaire de l’exposition, chargée de l’offre culturelle de la Conciergerie et de la Sainte-Chapelle
Scénographie : Crusson & Barneoud, architectes

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°296 du 6 février 2009, avec le titre suivant : Paris à l’heure universelle

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