Art contemporain

Olivier Mosset, la peinture à son degré zéro

Une rétrospective à Genève balaie les cinq décennies de travail de cet artiste suisse, figure historique de l’art contemporain. À voir ou revoir après le confinement.

Vue de l'exposition Olivier Mosset au Mamco de Genève, à gauche : A Basso, 1990, à droite : Wager, 1990. © Photo Annik Wetter/MAMCO Genève.
Vue de l'exposition Olivier Mosset au Mamco de Genève, à gauche : A Basso, 1990, à droite : Wager, 1990.
© Photo Annik Wetter/MAMCO Genève

Genève. C’est une relation de longue date qui lie Olivier Mosset au Musée d’art moderne et contemporain de Genève (le Mamco), régulièrement exposé depuis son ouverture en 1994. Visitée avant fermeture pour cause de crise sanitaire à la mi-mars, cette rétrospective sera prolongée cet été et une bonne partie de l’automne 2020. Pour Lionel Bovier, directeur du Mamco, « l’exposition est la plus grande rétrospective jamais consacrée à cet artiste. Les premiers jours d’exploitation montraient une très bonne fréquentation. Ce serait évidemment une réelle frustration, tant pour le public que pour les commissaires et l’artiste, que cette exposition n’ait été visible qu’une dizaine de jours. » Le musée offre un parcours en trois temps pour embrasser le cheminement de cet artiste singulier, né en 1944 à Berne, s’échappant pour Paris à l’âge de 20 ans, avant de prendre la route des États-Unis où il réside toujours, à Tucson en Arizona.

Paris 1964. Point de départ de l’exposition, premiers pas d’Olivier Mosset dans le monde de l’art. D’abord assistant du créateur de machines en mouvement, le Suisse Jean Tinguely, Mosset s’éloigne rapidement du mouvement du Nouveau Réalisme pour se consacrer à la peinture, un genre dont la mort est alors annoncée. Premières toiles monochromes où s’affichent d’abord des lettres majuscules, puis un motif du cercle noir sur fond blanc. Environ deux cent toiles « qui mettent à mal la notion de sujet, de message et de progression », d’après Lionel Bovier, sont produites selon ce schéma répétitif pendant dix ans, ce que deux salles entières du musée tentent de reconstituer. Dans ces mêmes années, l’aventure BMPT – les performances artistiques avec Daniel Buren, Niele Toroni et Michel Parmentier – bien documentée dans l’exposition accompagne les tentatives d’« appropriationnisme » de Mosset avec les tableaux rayés de Buren. Autant d’expérimentations au nom d’une pratique radicale et sans concession de la peinture qui font écho aux bouleversements politiques de Mai 68, un moment clé pour l’artiste : « Évidemment, pour moi, la fin des années 1960 et le début des années 1970 ont été importants. D’ailleurs, j’ai eu l’impression rétrospective que ma première exposition à Paris était un peu comme une exposition d’avant 1968. Alors qu’en 1969, lors de ma deuxième exposition dans cette même galerie, avec d’autres toiles, mais similaires, c’était une exposition d’après 1968. »

La nouvelle patrie américaine

Au deuxième étage du Mamco, s’ouvre le second chapitre de la carrière artistique de Mosset, le plus dense et le plus productif. Quittant Paris, c’est l’Amérique, patrie du pop art et d’Andy Warhol, mais aussi celle du minimal art qu’il choisit comme destination. À l’évidence, le gigantisme des États-Unis semble avoir agi comme un révélateur sur sa création ; on y sent le peintre à son aise et décomplexé. Les formats de ses peintures augmentent sensiblement ; les couleurs sont éclatantes ; les échanges avec les artistes de son époque (Steven Parrino, Cady Noland, John Armleder), nombreux et inspirants. Pour Olivier Mosset, ces réactualisations de confrontation avec des artistes ont été riches d’enseignement : « Je me suis rendu compte qu’elles aident à définir ce à quoi se confronte tout ce qu’est l’art d’aujourd’hui. » L’exposition fait la part belle à ces dialogues qui nourrissent sa peinture placée sous le signe d’un unique leitmotiv : le monochrome. Les cinq monumentales toiles colorées présentées au Pavillon suisse de la Biennale de Venise en 1990 apparaissent alors comme le point d’orgue de ses recherches, comme de l’exposition, incarnant sa quête sans compromis d’une peinture réduite à sa plus simple expression : une toile et des couleurs.

La dernière étape de l’exposition opère un retour sur les dernières vingt années de création. Le monochrome toujours au centre des réflexions de Mosset se fait encore plus coloré, plus ludique et s’orne même de motifs, jouant parfois avec des textures, comme en témoigne une œuvre de 2016 réalisée avec du goudron, et détournant même parfois des codes précédemment utilisés.

Surgissent alors une impression de déjà-vu, un certain essoufflement, un monologue qui aurait remplacé le dialogue fructueux des années précédentes. Olivier Mosset l’admet : « Je suis resté un peu bloqué au XXe siècle. D’autres, heureusement, font des choses qui m’intéressent, même si je ne les comprends pas toujours. Aujourd’hui, pour dire la vérité, je suis un peu déconnecté de ce monde virtuel. » C’est là, dans ce XXe siècle, que réside finalement tout l’intérêt de cette rétrospective : comme une immersion au cœur des expérimentations des décennies 1960-1990 où s’élaborait un art contemporain qui mérite d’être d’ores et déjà qualifié d’« historique », mais qui n’a encore rien perdu de sa portée subversive.

Olivier Mosset,
Fermée pendant le confinement, puis rouverte sans doute jusqu’à l’automne, Musée d’art moderne et contemporain, 10, rue des vieux grenadiers, 1205 Genève.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°544 du 24 avril 2020, avec le titre suivant : Olivier Mosset, la peinture à son degré zéro

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