Art ancien

SYMBOLISME, ART NOUVEAU

Mucha l’idéaliste

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2018 - 839 mots

PARIS

La Fondation Mucha de Prague présente une partie de sa collection au Musée du Luxembourg. Une rétrospective axée sur les trente dernières années, période la moins cotée de l’artiste.

Affiche de l'exposition Mucha au musée du Luxembourg à Paris
Affiche de l'exposition Mucha au musée du Luxembourg à Paris
© Musée Luxembourg / Fondation Mucha, Prague

Paris. En 2009, une importante exposition consacrée à Alfons Mucha (1860-1939) et présentée au Musée Fabre à Montpellier avait été organisée par le palais du Belvédère à Vienne et la Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung à Munich. Elle réunissait des œuvres de ces musées, de la Fondation Mucha de Prague, des musées d’Orsay et Carnavalet, entre autres. En France, elle avait été retravaillée par les commissaires Jean-Louis Gaillemin, historien de l’art, et Michel Hilaire, directeur du Musée Fabre. Elle avait permis au public d’admirer une reconstitution de la salle centrale du pavillon de la Bosnie-Herzégovine à l’Exposition universelle de 1900, ainsi que deux grandes toiles de la suite « L’Épopée slave ». En outre, une section complète consacrée à la collaboration de l’artiste avec Sarah Bernhardt avait été ajoutée lors de cette étape montpelliéraine.

L’événement présenté au Musée du Luxembourg marque, de ce point de vue, le changement intervenu en dix ans dans le monde des grandes expositions. Il est monté par une entreprise italienne spécialisée dans le genre, Arthemisia, et, sous le commissariat de Tomoko Sato, conservatrice de la Fondation Mucha, ne montre quasiment que des œuvres appartenant à cette institution (la Mucha Trust Collection). Après Rome et Madrid, Paris n’est qu’une étape parmi d’autres, ailleurs dans le monde. La Réunion des musées nationaux édite le catalogue et le « Journal de l’exposition », beaux objets à l’impression soignée pour lesquels des auteurs à l’expertise incontestable ont été réunis. Mais, alors que le Musée Carnavalet est fermé pour travaux, on aurait pu s’attendre à voir ici des éléments de la boutique du bijoutier Georges Fouquet dont le décor, imaginé par Mucha, est conservé là. Seul un Buste de femme, en provient. Quant au Musée d’Orsay, très riche en dessins de Mucha, il n’a pu placer que deux grandes feuilles, Deux jeunes filles accroupies près d’un trépied avec amphores et Couple de l’Antiquité. Ce sont les seules contributions locales à cette exposition « clés en main ».

Servie par une élégante scénographie, c’est une rétrospective en presque 200 œuvres, qui ne couvre cependant pas l’ensemble de la vie de l’artiste. Ainsi, rien n’est montré de la formation de Mucha et de ses premières réalisations dans ces creusets artistiques qu’étaient Prague, Vienne et Munich ; son arrivée à Paris à l’automne 1887 marque le début de l’exposition. La sphère dans laquelle il évolue alors est évoquée par des photographies de Gauguin, artiste qu’il hébergea dans son atelier. Cependant, pour appréhender l’importance du symbolisme dans les œuvres Art nouveau qui ont fait sa célébrité en France, il faut se reporter à la contribution de Jean-David Jumeau-Lafond au catalogue.

Sa rencontre avec Sarah Bernhardt et la collaboration qui en a découlé sont illustrées par des affiches et dessins, tandis que la salle consacrée à l’« inventeur d’images populaires » met l’accent sur la conviction de l’artiste selon laquelle il fallait mettre de la beauté dans la vie quotidienne, répandant le « style Mucha » et une image très personnelle de la femme idéale.

Viennent ensuite des dessins et photographies préparatoires au décor du pavillon bosniaque de l’Exposition universelle de 1900, son travail avec le joaillier Georges Fouquet pour la conception de sa boutique et la création de bijoux (1899-1901), des projets de costumes de théâtre et du matériel publicitaire. Un emballage et un cartonnage du « Savon Mucha » ont été réalisés pour Armour & Co. à Chicago : à l’exception de Noël en Amérique (1919), qui célèbre l’aide obtenue de Charles Crane pour le financement de son cycle slave, c’est la seule évocation des séjours effectués par Mucha de l’autre côté de l’Atlantique. Ils ont pourtant été importants dans la production de l’artiste, qui y exécuta des portraits de membres de la bonne société pour lesquels il se faisait grassement payer. Le genre est d’ailleurs absent de cette rétrospective, à l’exception d’autoportraits et de dessins préparatoires (Sarah Bernhardt, Maude Adams, Halide Edip Adivar…).

Chantre de l’indépendance du peuple slave

La seconde moitié de l’exposition s’intéresse aux convictions de Mucha. La cinquantaine passée, ce catholique fervent et franc-maçon, imprégné de spiritualité symboliste, devint exclusivement le chantre d’un peuple slave indépendant et l’apôtre de l’entente entre les peuples pour un avenir radieux. Après une salle consacrée à ses recherches symbolistes sont présentées des esquisses peintes de « L’Épopée slave » (1911 à 1926), dont les toiles géantes, restées à Prague, sont montrées en projection numérique. Entre l’Affiche du 6e Festival de Sokol (1911) et celle du 8e Festival de Sokol (1925), le peintre passe d’un Art nouveau folklorique à un symbolisme échevelé mêlé de réalisme socialiste. Quant à La France embrasse la Bohême (1919), c’est une allégorie si grandiloquente qu’elle prête à sourire. La dernière salle, crépusculaire, raconte les tentatives désespérées de l’artiste pour exprimer des idéaux de paix et d’entraide, de plus en plus utopiques. Le prélude à la fin d’un vieil homme qui succomba, dans sa patrie occupée, à un long et dur interrogatoire infligé par les nazis.

Alphonse Mucha,
jusqu’au 27 janvier 2019, Musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, 75006 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°507 du 21 septembre 2018, avec le titre suivant : Mucha l’idéaliste

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