Art moderne

IMPRESSIONNISME-SYMBOLISME

Monet et Auburtin, même inspiration, tempéraments différents

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 9 mai 2019 - 509 mots

Si la mise en regard des toiles des deux peintres représentant les mêmes paysages est passionnante, les œuvres du symboliste souffrent d’être moins brillantes.

Giverny (Eure). Oublié pendant plus de cinquante ans, le peintre Jean Francis Auburtin (1866-1930) a bénéficié, depuis 1990, d’expositions qui ont remis au goût du jour ce symboliste auteur de grands décors exécutés pour la Sorbonne ou le Conseil d’État. Ses paysages ont ainsi été plusieurs fois mis en lumière. Il revenait au Musée des impressionnismes de comparer cet aspect du travail de l’artiste aux œuvres de son aîné, Claude Monet (1840-1926), réalisées sur les mêmes côtes de Bretagne, de Normandie ou de Méditerranée. Sachant cependant que l’art d’Auburtin reste méconnu, la commissaire scientifique, Géraldine Lefebvre, expose en introduction un aperçu de ses talents de portraitiste, dont témoigne l’étonnant Portrait de Pascaline Mallet (vers 1909), déjà présenté dans l’exposition monographique au Havre en 2006, puis plusieurs études pour les décors qu’il a imaginés ou réalisés, révélant une grande attention au paysage dans ses compositions symbolistes.

La première salle juxtaposant des Monet et des Auburtin est consacrée à la côte méditerranéenne. Bien qu’ils aient fréquenté les mêmes cercles, les deux peintres ne se sont peut-être pas connus. Ils n’étaient en tout cas pas intimes et, si Auburtin a posé son chevalet devant les mêmes motifs que Monet, c’est à une dizaine d’années d’écart. Cependant, il est vraisemblable qu’il a visité les expositions organisées régulièrement par Monet, et certain qu’il a vu sa grande rétrospective commune avec Rodin à la galerie Georges Petit, en 1889, car Auburtin était lié au sculpteur. À cette fameuse exposition de 145 toiles était présentée Au cap d’Antibes (1888), [voir ill.]. Cette vue japonisante du rivage est accrochée auprès de Cap des Mèdes (Porquerolles) d’Auburtin (1896) [voir ill.], reprenant le thème du pin planté en surplomb de l’eau, dont le japonisme est encore plus accentué par le cadrage et la simplification des formes. Auburtin, comme Monet, collectionnait les estampes japonaises. Lorsque ce fut son tour de créer l’invitation pour le dîner annuel des Amis de l’art japonais, le 18 juin 1910, il utilisa un thème qu’il avait travaillé plusieurs fois à Porquerolles : une rangée de pins sur fond de coucher de soleil sur la mer.

La salle suivante, consacrée à Belle-Île, montre encore cette inspiration commune. Trois somptueuses toiles de Monet (1886) y figurent. Avec les gouaches d’Auburtin – médium qui correspond à son goût pour la peinture mate –, la différence de traitement pictural est manifeste. Lumière papillotante, vent furieux, embruns : Monet éblouit. Son cadet synthétise, recherche l’essence du paysage dans les masses colorées sculptées par la lumière. Les mêmes divergences se retrouvent dans les vues d’Étretat, de Varengeville et de Pourville. La comparaison est une leçon pour l’œil, même si elle est finalement préjudiciable à Auburtin. Auprès de Plage et falaises de Pourville, effet du matin (1882) de Monet, une huile d’une finesse admirable, une gouache d’Auburtin comme Marée basse, Varengeville (s.d.), à la composition proche bien que moins radicale, paraît plus terne, moins audacieuse, et en pâtit.

Monet-Auburtin, une rencontre artistique,
jusqu’au 14 juillet, Musée des impressionnismes, 99, rue Claude-Monet, 27620 Giverny

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°523 du 10 mai 2019, avec le titre suivant : Monet et Auburtin, même inspiration, tempéraments différents

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