Surréalisme

Miró sous tous les angles

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2014 - 710 mots

La Fondation Miró, à Palma de Majorque, confronte le monde onirique du peintre aux abstractions de Joseph Albers tandis que Sète produit une exposition moins ambitieuse.

PALMA DE MAJORQUE/SÈTE Pourquoi pas ? Les expositions récentes telles « Formes simples » au Centre Pompidou-Metz ou « Le Mur » à la Maison Rouge ont choisi une approche thématique ou formelle qui, au-delà des limites temporelles ou spatiales, permet des découvertes imprévisibles, des « jaillissements d’étincelles » pour employer le langage surréaliste. C’est justement un peintre surréaliste, Joan Miró, qui dans le cadre de la Fondation Pilar et Joan Miró à Palma de Majorque, est présenté aux côtés du prestigieux maître du Bauhaus, Josef Albers. Organisée par Nicholas Fox Weber le conservateur américain de la Fondation Josef and Anni Albers de Bethany (Connecticut), la manifestation tente de trouver des passerelles entre ces deux créateurs que tout semble séparer. De fait, Albers, qui enseigne par la suite au Black Mountain College (Caroline du Nord), considéré comme le berceau de l’avant-garde américaine, exerce une influence décisive sur les plasticiens de ce pays.

Sa série la plus connue, « Hommage au carré » – plus d’un millier d’œuvres –, est une recherche complexe sur la couleur et ses interactions visuelles. Par son aspect géométrique et par son principe sériel, cette production picturale annonce déjà le minimalisme. Clairement, les travaux de Miró, insaisissables dans leur légèreté, appartiennent à un registre bien différent. Le peintre catalan décline les formes condensées d’une poésie personnelle et universelle, faites à partir de signes hiéroglyphes isolés et posés sur la surface comme des ponctuations. L’histoire de l’art associe le peintre avec le surréalisme mais, plus que d’influences, c’est d’affinités sélectives dont il faut parler. Pour Miró, il s’agit, avant tout, d’envisager la réalité dans sa version onirique, transfigurée par l’imaginaire, proche de la reconstruction d’un rêve où d’une émotion érotique.

La rencontre difficile d’œuvres très différentes
Peut-on parler d’une rencontre entre ces deux univers si éloignés ? Le rapprochement semble problématique et le titre « générique » de la manifestation, « Fascination du visible », n’arrange par les choses. Toutefois, l’intelligence de Nicholas Fox Weber, qui connaît parfaitement la peinture d’Albers, est de se saisir des œuvres non typiques de l’artiste américain qui entrent en résonance avec les travaux de Miró. Ainsi, L’étude d’une feuille VIII (1940), qui met en scène des formes horizontales flottantes, mi-poissons-mi-feuilles, est comparée à une aquarelle de Miró, où des configurations suggèrent des oiseaux ou des poissons volants (Sans titre, 1974). Ailleurs, un dessin d’une chouette d’Albers (The Owl, 1917) est proche du torse d’une femme, une petite sculpture de Miró (Torse de Femme, 1981). De même, une série d’esquisses d’Albers des années 1940, étonne par sa liberté et tranche sur la vision austère qu’on a de ce créateur.

Pour autant, même si ce chassé-croisé entre les deux peintres reste plaisant, parfois même étonnant, grâce à la qualité du choix effectué, la démonstration n’est pas convaincante. D’une part, les exemples choisis restent en marge de la production de ces deux artistes. D’autre part, si Albers se permet (rarement) de petites escapades dans l’univers des lignes serpentines ou des formes biomorphiques, l’aversion de Miró pour l’abstraction géométrique, qu’il qualifie de « maison déserte » est notoire. Autrement dit, l’exposition vaut plus pour la rare occasion qu’elle propose de voir les travaux de l’artiste américain que par sa convergence avec Miró.

Le hasard a fait que la Fondation Pilar où se trouve le très attachant atelier de l’artiste catalan, gardé en l’état, a prêté des œuvres pour une exposition qui se tient au Musée Paul Valéry de Sète. Ici, pas de rétrospective, la mise en scène permet plutôt de dégager deux aspects de Miró. Le premier ensemble qui date essentiellement de 1936 montre  son engagement dans la lutte du peuple espagnol, avec des tableaux sombres, aux tâches goudronnées, des « paysages en ruine » (Rémi Labrusse). L’autre s’attache à la fascination de Miró pour la cosmogonie, une attirance astrale qui trouve sa meilleure illustration avec des toiles qui évoquent à l’aide de mille feux chromatiques des constellations. Plus qu’ailleurs, l’artiste y fait l’usage de sa poésie picturale au profit du vertige de l’envolée.

Albers/Miró

Commissaire : Nicolas Fox Weber
Nombre d’œuvres : 200

Miró

Commissaire : Maïthé Vallès-Bled
Nombre d’œuvres : 70

MIRÓ, VERS L’INFINIMENT LIBRE, VERS L’INFINIMENT GRAND

Jusqu’au 9 novembre, Musée Paul Valéry, 148 rue François Desnoyer, 34200 Sète, tél 04 99 04 76 16, www.museepaulvalery-sete.fr, tlj sauf mardi 9.30-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°418 du 5 septembre 2014, avec le titre suivant : Miró sous tous les angles

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