Suisse

Miró sous le soleil de Majorque

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 3 septembre 2013 - 501 mots

La Fondation de l’Hermitage accueille 80 œuvres de Joan Miró réalisées dans son atelier majorquin pendant les trente dernières années de sa vie. Un univers peuplé d’images-signes.

LAUSANNE - L’œuvre de Miró (1893-1983) résiste à une traduction verbale. Pourtant, on est impressionné par la liste des poètes (Éluard, Prévert, Char, Leiris, Dupin…) qui font partie de la galaxie du peintre catalan. Fascination logique, tant cette production artistique, faite à partir de hiéroglyphes isolés et posés sur la surface comme des ponctuations, offre des affinités avec l’écriture. Mais, malgré la subtilité des expressions ou la richesse de métaphores employées pour les descriptions de la production plastique de Miró, l’image n’y est jamais prise au mot. Parfois, le titre nous offre des pistes. Ainsi, l’exposition s’ouvre sur une toile captivante, d’une taille imposante : Femme dans la nuit-Femme capturant un oiseau (1973). De larges traits qui sillonnent sur la surface font surgir des formes incertaines. Un visage ? Probablement. Des filets de pêche ? Certainement. Une étoile, un oiseau ? Peut-être. Les deux « personnages » évoqués par le titre participent à l’univers de l’artiste catalan, peuplé par des prototypes mythiques, intemporels, aux accents oniriques ou symboliques. À l’exemple de certains artistes comme Brancusi, Arp ou Moore, Miró prend ses distances avec les œuvres d’inspiration en travaillant sur des masses biomorphiques, des lignes courbes et souples, des volumes stylisés. L’empreinte d’un certain animisme se reflète dans ces formes suggestives, mais ambiguës.

Aux origines de la peinture
Fasciné par les origines, Miró fait appel aux sources les plus archaïques de la peinture. Ainsi, à l’instar de l’art pariétal, Poème (1966) présente une cascade d’empreintes de mains qui tournoient autour d’un tronc noir doté d’immenses yeux. Inquiétant ou comique, cette figure d’homme végétal n’est qu’un exemple dans la galerie des hybrides inventés par Miró. Accouplées, ces créatures résiduelles donnent naissance à des êtres à mi-chemin entre phénomènes biologiques et pictogrammes mystérieux.

Arrivé à une maîtrise absolue de ses moyens, Miró va ensuite déclarer la guerre à la tentation de virtuosité, à tout risque de gratuité, en modifiant radicalement son style, pour ne pas dire sa méthode. Avec les papiers collés, collages ou constructions en relief, ce sont les supports inusités et les matériaux ingrats ou déconsidérés (carton ondulé, contreplaqué…) qui permettent au peintre de se saisir directement de la réalité non sans une certaine violence. Provenant de la Fondation Miró à Palma de Majorque, où l’artiste possédait un atelier à partir de 1956, les œuvres illustrent toute cette diversité créatrice. L’exposition présente également des dessins préparatoires pour les travaux muraux, un autre domaine pratiqué par le peintre. Ainsi, face à la qualité des œuvres et à l’accrochage irréprochable, on oublie l’effet un peu étouffant de l’architecture classique de la Fondation.

Miró, Poésie et lumière

Jusqu’au 27 octobre, Fondation de l’Hermitage, 2 Route du Signal, Lausanne, Suisse, tél 4121 320 50 01, www.fondation -hermitage.ch, tlj sauf lundi 10h-18h, le jeudi jusqu’à 21h.

Commissaire : Maria Luisa Lax, conservatrice de la Fondation Miró à Palma.

Nombre d’œuvres : 70

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°396 du 6 septembre 2013, avec le titre suivant : Miró sous le soleil de Majorque

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