Samedi 16 février 2019

Photographie

Léger / Couturier

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2019 - 541 mots

BIOT

Le musée de Biot met en relief les affinités esthétiques entre Fernand Léger et Stéphane Couturier, lequel superpose les motifs du peintre moderniste à ses propres images.

Stéphane Couturier Sète
Stéphane Couturier, Sète #4, 2018, tirage jet d'encre
© Stéphane Couturier

Biot (Alpes-Maritimes). C’est une première pour le Musée national Fernand-Léger. Avant Stéphane Couturier, l’institution ne s’était jamais intéressée à la photographie. Le choix de ce photographe, Julie Guttierez, conservatrice du patrimoine au musée, l’explique par le souhait de rapprocher « les deux artistes, compte tenu de leurs liens forts tant sur le plan esthétique que formel, bien que Stéphane Couturier se soit plus intéressé à la peinture de [Robert] Delaunay qu’à celle de Fernand Léger ». De l’inédit donc aussi pour le photographe dont le travail déployé sur plus de trente ans de création dialogue à merveille avec la dizaine de toiles du peintre mises en écho dans l’exposition.

Les beaux volumes du musée donnent l’ampleur et la respiration nécessaires aux grands formats de Stéphane Couturier, qu’ils relèvent de la période argentique ou du numérique. L’argumentaire établi par Julie Guttierez et Anne Dopffer, directrice des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes, se révèle surtout porteur de correspondances toniques en ce qui concerne le traitement pour les deux artistes de l’esthétique industrielle et du progrès.

Intérêt commun pour Le Corbusier

À Biot, des grands formats de la série réalisée en 2004 par Stéphane Couturier à l’intérieur de l’usine Renault de Boulogne-Billancourt avant la démolition du site conversent avec la toile monumentale Les Constructeurs (1950) exposée dans la cantine de la même usine à la fin de l’année 1953. Ces œuvres développent leurs préoccupations communes. Certes les années 1950 ne sont pas les années 2000, synonymes d’une désindustrialisation à marche forcée et d’une robotisation sophistiquée. Ce qui porte Léger militant communiste n’est pas ce qui motive Couturier, né en 1957 : les ouvriers bâtisseurs ont disparu du champ. Il n’en demeure pas moins que les deux hommes partagent le même goût pour les trames géométriques de cet univers, la couleur et les fausses perspectives, traitées tantôt en plan élargi tantôt d’un point de vue resserré sur tel ou tel détail. La vision frontale et la superposition de plans respectifs rendent compte du « contraste entre l’homme et ses inventions », pour reprendre les termes de Fernand Léger quand il évoquait l’élaboration de ce thème dans les Constructeurs. La fascination de ces deux créateurs pour leur temps et ses profondes mutations imprime une dynamique porteuse de sens renouvelés de salle en salle. Leur intérêt pour l’architecture, en particulier pour celle de Le Corbusier, met ainsi en relief les fonctions similaires qu’ils attribuent à la couleur créatrice de nouveaux espaces et de nouvelles dynamiques, « fonctions » que l’on retrouve dans leur traitement de la ville moderne.

La découverte par Stéphane Couturier des collections du Musée Fernand-Léger, ajoutée à la résidence qu’il a réalisée dans le même temps à Sète dans le cadre du festival ImageSingulières, livre d’autres associations. Dans la lignée des séries « Melting Point » engagées en 2004 à partir de la superposition de photographies numériques, « Melting Point Sète » intègre des motifs de tableaux de Léger dont le Grand Remorqueur aux vues de la ville réalisées dans un esprit constructiviste chatoyant, l’usage de la technique du Cibachrome pour le pont Sadi-Carnot ou le port de commerce apportant une tonalité acidulée hors temps.

Stéphane Couturier,
jusqu’au 4 mars, Musée national Fernand-Léger, chemin du Val-de-Pôme, 96410 Biot

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°515 du 18 janvier 2019, avec le titre suivant : Léger/Couturier

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