Mardi 17 septembre 2019

Le supplément d’âme du nouveau LaM

Par Manou Farine · L'ŒIL

Le 29 septembre 2010 - 675 mots

Le musée de Villeneuve-d’Ascq rouvre enfin ses portes dans un bâtiment rénové et agrandi tout en changeant de nom pour mieux s’ancrer dans son territoire : le LaM – Lille Métropole musée d’Art moderne, d’Art contemporain et d’Art brut. Visite.

Villeneuve-d’Ascq, on connaissait le parc du Héron aux doux dénivelés, peuplés de Calder, Picasso, Lipchitz, Barry Flanagan et Richard Deacon. Un musée à ciel ouvert entre forêt et canal, placé en regard d’œuvres exposées à l’intérieur du bâtiment de Roland Simounet. Il faudra désormais compter avec l’extension « à plis » du musée que signe l’architecte Manuelle Gautrand. À elle, la riche collection d’Art brut offerte à l’institution en 1999. Au bâtiment de briques à modeste silhouette, la collection d’art moderne et contemporain. Un coup de frais doublé d’un coup de neuf dans l’histoire d’un musée qui aura connu un parcours hésitant, entre atermoiements et ambitions internationales. Le voilà désormais écrin à trois têtes : art moderne, contemporain et Art brut. 

Point de départ : la collection privée de Roger Dutilleul
L’histoire commence avec Roger Dutilleul (1873-1956), collectionneur dont l’œil gourmand et instinctif se forme dès 1905 auprès de Vollard et Kahnweiler. Aux murs de son appartement parisien se bousculent bientôt les cubistes – Juan Gris en moins, jugé trop sec – Derain, Van Dongen, Lanskoy, Léger, Miró, figures de la peinture naïve et maîtres du Nord. Parmi les trésors rassemblés, le tardif Maternité (1919), de Modigliani, apparition de Jeanne Hébuterne enveloppée d’un châle de laine sombre, mince silhouette à long cou au regard bleu trouant un visage en masque étiré, portant dans ses bras distendus le fruit de ses amours avec le peintre. 

Dans les années 1920, Dutilleul forme à son tour son neveu, Jean Masurel (1908-1991), qui complète et prolonge la collection. Au rayon complément, Léger toujours, mais aussi L’Homme nu assis de Picasso, le crépusculaire assemblage d’aplats colorés Abendliche Figur que peint Paul Klee en 1935 alors que le nazisme l’a ramené en Suisse. Au rayon prolongement, une attention particulière portée aux artistes du Nord, parmi lesquels le sculpteur Eugène Dodeigne dont la figuration rugueuse tout entière tendue dans la pierre brute a aujourd’hui trouvé refuge dans le parc du musée. 

En 1979, Jean Masurel et sa femme Geneviève transmettent la collection à la communauté urbaine de Lille, signant l’acte de naissance du musée. Sortie de terre en 1983, la structure agrège au fil du temps une collection d’art contemporain, d’abord vigoureusement orientée du côté de l’abstraction lyrique et de la Figuration narrative, puis emprunte des chemins plus sinueux, par percées monographiques (Dezeuze, Oppenheim, Sanejouand). 

Aujourd’hui rafraîchi, agrandi et rationalisé dans la progression de son parcours, le LaM, confié à Sophie Lévy, porte un projet tripartite aux accents de supermusée (4 000 m2 de surface d’exposition) auquel il va falloir trouver rythme et fluidité. À l’image du tracé ferme des bâtiments de Manuelle Gautrand enserrant doucement la structure originelle. Pour l’heure, c’est par une promenade historico-poétique que s’inaugurent les lieux. Au programme : une exposition en forme de démonstration de cohérence qui devrait brasser large et repérer des liens entre les trois axes des lieux. Sous le signe de Höderlin à qui le parcours emprunte son titre défilent Robert Walser, Mallarmé, Doisneau, Michaux, Absalon, Larry Clark ou Jiri Kovanda. Habiter, parcourir, dériver, l’exposition met le quotidien au programme. À condition qu’il s’occupe d’« habiter poétiquement le monde ».

Autour des collections

Informations pratiques. LaM, Villeneuve-d’Ascq. Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h. Fermé les 25 décembre, 1er janvier et 1er mai. Tarifs : 5 à 10 e. www.musee-lam.fr

Les actions culturelles du LaM.
L’agrandissement du LaM permet une présentation plus claire et plus didactique des collections qui sont ponctuées de tables multimédias et d’espaces de documentation. Autre nouveauté : en dehors de l’exposition temporaire principale, des expositions-dossiers ont lieu dans chaque espace permanent (art moderne, art contemporain, Art brut) afin d’approfondir des problématiques. Et parmi les très divers workshops, ­conférences, films et rencontres adaptés à chaque public, une place nouvelle est accordée au multimédia au sein d’ateliers pour les adolescents.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : Le supplément d’âme du nouveau LaM

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