Le peps de Rogers

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 28 janvier 2008

En 1971, c’est un duo de jeunes architectes étrangers qui remporte le concours pour la construction du Centre Pompidou, sur le plateau Beaubourg : Renzo Piano, l’Italien, et Richard Rogers, le Britannique. Duo improbable digne d’Amicalement vôtre. Peu de temps après l’inauguration de ce nouveau navire amiral de la culture parisienne, chacun prendra un chemin différent. L’un préférera des projets plus modestes, l’autre poursuivra dans cette voie de l’échelle monumentale. Mais si le premier est désormais bien connu des Parisiens, pour avoir notamment élu domicile dans le Marais, le second l’est nettement moins.

Alors qu’il fête cette année son trentième anniversaire, le Centre Pompidou a donc enfin décidé de rendre hommage à l’un de ses géniaux concepteurs : sir Richard Rogers, aujourd’hui à la tête de l’une des plus importantes agences britanniques. Rogers est souvent considéré comme l’un des maîtres de l’architecture « high-tech », peut-être l’inspirateur de l’exubérance du Centre Pompidou. L’exposition ne le dément pas vraiment, prouvant à quel point l’architecte britannique a perpétué ce goût pour une architecture exaltant les prouesses techniques et structurelles. Lisibilité et transparence sont en effet les deux maîtres mots de ses bâtiments. L’une de ses constructions londoniennes les plus connues, l’immeuble de la Lloyd’s (1978-1986), en est la parfaite illustration.

Pourtant, cette rétrospective pimpante prouve aussi à quel point son architecture est plurielle. S‘il excelle dans le maniement des grandes échelles, notamment avec ses terminaux aéroportuaires, Rogers sait aussi renouveler des programmes ancestraux, tel celui du palais de justice de Bordeaux (1992-1998), qui met à bas les clichés de la construction judiciaire. Imposante, son architecture peut aussi être sensuelle, comme l’est l’utilisation du bois sur l’impressionnante voûte du Parlement de Cardiff (1999-2005).

La scénographie, ludique, colorée et aérée, contribue pour une large part à la réussite de cette monographie. Une grande trame chronologique permet au visiteur d’embrasser les quarante
années d’une riche carrière, alors que de grandes maquettes, présentées sur de larges tables thématiques, permettent de scruter les moindres détails de ses bâtiments. On aimerait tant que
toutes les expositions d’architecture soient aussi plaisantes !

Voir « Richard Rogers Architectes », Musée national d’art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris IVe, www.centrepompidou.fr, jusqu’au 3 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°599 du 1 février 2008, avec le titre suivant : Le peps de Rogers

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