Mercredi 28 octobre 2020

Réouverture

Le Musée Olympique de Lausanne arrondit les angles

Retour de flamme

Le Journal des Arts

Le 12 février 2014 - 760 mots

À Lausanne, le Musée olympique rouvre ses portes, présentant histoire olympique et exploits sportifs, tout en évitant les sujets qui fâchent.

LAUSANNE - Raconter l’olympisme et ses valeurs, comprendre et faire partager l’« idée olympique » : en 1993, Juan Antonio Samaranch, alors président du Comité international olympique, réalise un projet né dans la tête de Pierre de Coubertin (1863-1937) en inaugurant le Musée olympique sur les bords du lac Léman. « C’est le seul musée consacré à l’olympisme qui aborde les Jeux de manière universelle », souligne fièrement Francis Gabet, directeur du musée.

En 2007, le projet de rénovation est mis sur les rails : il faut moderniser et agrandir, pour attirer davantage de visiteurs internationaux. Après près de deux ans de travaux, un budget de 55 millions de francs suisses (45 millions d’euros), le musée dans sa nouvelle mouture a rouvert en décembre dernier, pour fêter le 150e anniversaire de la naissance du fondateur des Jeux modernes, Pierre de Coubertin. Une surface de 3 000 m2 contre 2 000 m2 auparavant, 1 500 objets exposés (sur les 40 000 de la collection) sur trois niveaux, 50 écrans interactifs et 53 projecteurs vidéo : l’institution a clairement misé sur le multimédia.

Trois thèmes se développent à chaque étage, déclinant les enjeux de l’olympisme. La tâche n’a pas été aisée : le musée se veut global, ni musée d’histoire, ni musée sportif, mais un musée d’idées en constante évolution, au fil des ans et des éditions successives.

Pour évoquer le « Monde olympique », le parcours commence sur les pentes d’Olympie, grâce à une reconstitution en 3D du temple de Zeus et des vases antiques à figures rouges pour illustrer la dimension des Jeux originels. Puis vient la figure de Pierre de Coubertin : laïc, œcuménique, républicain et convaincu de la force sacrée du sport, c’est également lui qui conçoit une véritable liturgie des Jeux, mêlant arts et décorations à l’enjeu proprement sportif, dès les deuxièmes Jeux modernes organisés à Paris en 1900, à l’occasion de l’Exposition universelle. Les flambeaux, les maquettes de bâtiments et les costumes des cérémonies d’ouverture rassemblés au musée témoignent de cette dimension : artistes, architectes et designers sont convoqués à chaque édition, à l’image de Philippe Starck et de Philippe Découflé pour les JO d’Albertville en 1992.

Effet d’immersion
L’étage dévolu à « L’esprit olympique », sans doute le plus faible du parcours, a pourtant le mérite de mettre en avant les figures anonymes qui contribuent à chaque édition au déroulement des Jeux.
Le niveau consacré aux sports dans les Jeux est quant à lui conçu autour d’un écran à 180° projetant des séquences vidéo au rythme d’une bande sonore aux accents épiques : l’effet d’immersion est particulièrement réussi. On revoit avec émotion le sprinteur Jesse Owens victorieux aux JO de Berlin en 1936 : 1 000 séquences vidéo ponctuent les rassemblements d’objets thématiques, permettant plusieurs niveaux de lecture qui englobent simples amateurs et passionnés : « Il a fallu écrire une véritable partition pour prétendre parler à tout le monde, des enfants aux plus âgés », note Francis Gabet.
« On ne voulait pas construire un musée sur les polémiques, mais sur les aspects positifs que l’esprit olympique peut apporter », justifie de son côté le directeur du musée : de fait, certaines informations sur les jeux font défaut. Le traumatisme causé par la prise d’otages et l’assassinat de onze sportifs israéliens à Munich en 1972 est à peine évoqué, les remises en question des valeurs olympiques lors des JO de Moscou en 1980 sont passées sous silence, et la question du dopage se trouve reléguée dans une petite vitrine au coin d’une salle.

L’exposition temporaire réconciliera les esprits sur ce point : très pointue et conçue en partenariat avec le Musée de l’Élysée, à Lausanne, elle interroge le regard porté par les avant-gardes russes sur le sport, dans l’Union soviétique alors en pleine euphorie après la révolution d’Octobre, en 1917. Dans les années 1920, la vision hygiéniste et éducative du sport, à l’adresse des masses, est sublimée par les photographes, peintres, cinéastes russes, venus capter le mouvement sportif pour en donner toute la dimension plastique. « Les avant-gardes russes et le sport » est ouverte jusqu’au 11 mai. D’ici là, les Jeux de Sotchi en Russie contribueront à alimenter le musée et à raconter d’autres histoires olympiques.

Musée olympique

Quai d’Ouchy 1, Lausanne, Suisse, tél. 41 21 621 65 11, www.olympic.org/musee, du 1er mai au 14 octobre : tlj 9h-18h (ensuite horaires d’hiver). À voir, « Les avant-gardes russes et le sport », jusqu’au 11 mai.

Légende photo

Vue de l'exposition « Les avant-gardes russes et le sport », Musée olympique, Lausanne. © Photo : Milo Keller.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°407 du 14 février 2014, avec le titre suivant : Le Musée Olympique de Lausanne arrondit les angles

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