Art ancien

Vincent Delieuvin

« Le Louvre va présenter le summum de ce que Léonard a pu faire »

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 26 septembre 2019 - 475 mots

PARIS

Entretien avec le conservateur en chef du Patrimoine, département des Peintures du Musée du Louvre, co-commissaire de l’exposition « Léonard de Vinci ».

Le Louvre organise la première grande rétrospective Léonard : quelle est son ambition ? Que va-t-on y voir ?

C’est la première exposition qui a vraiment l’ambition de raconter l’ensemble de la vie de Léonard. À ce jour, la liste d’œuvres compte 163 pièces ; il s’agit presque exclusivement d’originaux de Léonard, à l’exception de quelques copies quand le prototype n’existe plus et de quelques œuvres de contexte. Par exemple, nous présentons une œuvre exceptionnelle, inédite en France, L’Incrédulité de saint Thomas sculptée par son maître, Verrocchio. Il y aura tous les tableaux de Vinci du Louvre, sauf la Joconde qui reste dans le parcours des collections, mais aussi de nombreux prêts dont le Saint Jérôme, La Scapigliata, le Portrait de musicien et les deux Vierge au fuseau. Nous rassemblerons également onze des quinze Draperies, de prodigieuses études peintes par Léonard durant sa formation. L’Institut de France nous prête par ailleurs la totalité de ses quatorze manuscrits et nous présentons quatre-vingt-huit dessins provenant, entre autres, du Codex Arundel, du Codex Atlanticus ainsi que du Codex Leicester. Sans oublier la collection royale d’Angleterre qui nous prête vingt-quatre dessins – nos confrères ont été d’une extrême générosité, d’autant qu’ils nous ont laissés choisir les feuilles que nous voulions. Nous pouvons ainsi présenter le summum de ce que Léonard a pu faire aux différentes époques de sa carrière.

Cette rétrospective clôt une décennie de recherche et de restauration : en quoi apporte-t-elle un regard nouveau sur l’artiste ?

Depuis une dizaine d’années, nous avons fait passer nos Léonard au laboratoire, ce qui nous a notamment permis d’analyser le dessin sous-jacent, c’est-à-dire la première pensée posée sur le panneau, mais aussi de mieux comprendre son exécution picturale. Ces études, ainsi que le travail sur la généalogie des copies, et la complète remise à plat des archives par mon collègue Louis Frank, nous permettent de proposer une synthèse nouvelle et très informée sur les œuvres de Léonard, et d’avoir enfin une vision globale et cohérente de l’artiste.

Quels lieux communs cette démarche vous a-t-elle permis d’infirmer ?

Plusieurs. Mais le plus important est son rapport à la peinture. Pour encenser Léonard, les historiens ont toujours eu besoin de le présenter sous de multiples étiquettes. Il s’est ainsi imposé l’idée que finalement la peinture ne l’intéressait pas tant que ça, et que c’est pour cela qu’il a peint peu d’œuvres. Or, la rareté n’est pas un signe de désintérêt, mais, au contraire, celui d’une exigence inouïe, car ses tableaux sont des sortes de miroirs de la nature qui exigent un vaste travail d’enquête et de compréhension du monde. En reprenant les sources et en étudiant ses œuvres, on comprend que la peinture est fondamentale et qu’il a cherché à être le plus grand des peintres.

« Léonard de Vinci »,
du 24 octobre 2019 au 24 février 2020. Musée du Louvre, rue de Rivoli, Paris-1e. De 9 h à 18 h tous les jours sauf le mardi et jusqu’à 21 h 45 le mercredi, le vendredi et le premier samedi de chaque mois. Tarif :17 €. Commissaires : Vincent Delieuvin et Louis Frank. www.louvre.fr

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°727 du 1 octobre 2019, avec le titre suivant : « Le Louvre va présenter le summum de ce que Léonard a pu faire »

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