Mercredi 21 février 2018

Grand Siècle

Le cas Mansart

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 26 mai 2009

L’auteur du dôme des Invalides a anticipé les qualités de l’architecte moderne.

PARIS - La première salle de l’exposition donne le ton. Le visiteur y est accueilli par le portrait très officiel de « Monsieur Mansart » (1685, Musée du Louvre, Paris). La peinture est signée Hyacinthe Rigaud, portraitiste officiel de Louis XIV. Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) y est représenté tel un courtisan de la plus haute importance, devant son grand œuvre, l’église des Invalides, à Paris. Dans l’angle gauche du tableau, l’équerre et le compas, attributs classiques de l’architecte, sont écrasés par un épais livre. Le message est sans ambiguïté : Hardouin-Mansart n’est pas un homme du milieu du bâtiment, mais un homme du livre, de la théorie. Image trop flatteuse ? D’extraction modeste, Jules Hardouin-Mansart est bel et bien devenu l’un des premiers architectes à animer une agence au sens moderne du terme, c’est-à-dire un atelier dirigé par un patron ne maniant guère le crayon et encore moins la truelle. Les bustes exécutés par Antoine Coysevox et Jean-Louis Lemoyne, artistes de la cour royale, présument à leur tour d’une carrière brillante. Et celle-ci a été fulgurante. Fils d’un peintre au talent relatif, Jules Hardouin a eu la chance d’être le petit-neveu de François Mansart (1598-1666), grand architecte du début du XVIIe siècle, auteur notamment du château de Maisons (Maisons-Laffitte, Yvelines), chantier sur lequel a été formé le jeune Jules. François Mansart jouissait d’une solide réputation. Son portrait gravé d’après Louis de Namur (vers 1697, Musée Carnavalet, Paris) contraste pourtant, par sa simplicité – voire son caractère janséniste –, avec ceux de son petit-neveu. Dès 1666, François lui lègue son nom, plus prestigieux que celui d’Hardouin, ainsi qu’une partie de ses dessins. Jules saura en faire bon usage. Architecte du roi dès 1673, il finira par cumuler les charges de premier architecte du roi (1686), inspecteur général des bâtiments du roi (1691) et sur-intendant des Bâtiments du roi (1699). Aucun grand chantier du Grand Siècle, de Versailles à Paris, n’a donc pu lui échapper.

L’art de la coupe
Montée dans les salles exiguës du Musée Carnavalet, l’exposition privilégie un parcours thématique plutôt qu’une monographie, laquelle aurait été inévitablement pléthorique. Elle permet toutefois de mesurer le talent de l’homme et offre la possibilité de confronter de visu quelques documents clefs pour la compréhension de la genèse de son travail à travers des pièces rarement montrés au public. Ainsi du projet majeur de l’église des Invalides, traduit par une belle maquette en écorché, traditionnellement exposée in situ. Un projet également évoqué par un dessin pour un mausolée des Bourbons (non construit) reçu en héritage de François Mansart et qui a manifestement inspiré Hardouin. Le parcours fait aussi revivre de nombreuses résidences disparues, telle celle de Clagny, construite pour la favorite, Mme de Montespan, ou encore Marly et ses satellites, illustrés ici par une imposante maquette. Le décor en carton-pâte conçu par le scénographe Philippe Pumain nous éclaire au passage sur les raisons pour lesquelles Jules Hardouin a toujours été considéré comme un maître de l’architecture classique française. Celle-ci est caractérisée, tout du moins au nord de la Loire, par son usage de la pierre de taille. Or Jules Hardouin était réputé pour sa maîtrise de l’art de la stéréotomie, ou art de la coupe et de l’assemblage des pierres. Une maquette réalisée par Luc Tamborero, compagnon du Tour de France, illustre l’un des chefs-d’œuvre qui a contribué à sa notoriété, la vaste voûte plate de l’Hôtel de Ville d’Arles (1673-1675).
Le public parisien a pourtant failli être privé de cette rare exposition d’histoire de l’architecture. Prévue pour le château de Versailles, elle a provoqué des rivalités entre chercheurs, avant d’être finalement accueillie à Carnavalet. Le conflit aura toutefois été salutaire. En un an, les historiens de l’architecture auront été gratifiés de deux ouvrages sur l’architecte, dont la bibliographie était jusque-là inexistante : la thèse, restée trop longtemps inédite, de Bertrand Jestaz, ainsi qu’une épaisse monographie dirigée par Alexandre Gady, commissaire de cette exposition, dont la sortie est prévue pour juin.

BÂTIR POUR LE ROI. JULES HARDOUIN-MANSART, jusqu’au 28 juin, Musée Carnavalet, 23, rue de Sévigné, 75003 Paris, tél. 01 44 59 58 58, tlj sauf lundi 10h-18h, www.carnavalet.paris.fr
Monographie à paraître en juin, sous la direction d’Alexandre Gady, éd. Maison des sciences de l’Homme, 89 euros, ISBN 102-7351-1187-3. Et aussi : Bertrand Jestaz, Jules Hardouin-Mansart, éd. Picard, 2 vol. sous coffret, 400 et 256 p., 79 euros.

MANSART

Commissariat : Alexandre Gady, maître de conférences à l’université Paris-IV (commissaire scientifique invité) ; Jean-Marie Bruson, conservateur en chef, Musée Carnavalet
Scénographie : Philippe Pumain, architecte

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°304 du 29 mai 2009, avec le titre suivant : Le cas Mansart

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